Face à la presse hier : Kabila annonce sa victoire

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Mercredi, 19 Octobre 2011 16:24

C’est un Joseph Kabila très offensif qui s’est présenté hier devant la presse nationale et internationale au Palais de la Nation pour un point de presse qui, de toute évidence, le fait déjà entrer en campagne électorale. Pendant plus de deux heures, il s’est employé à démontrer qu’il a l’étoffe de l’emploi et que la place qu’il occupe pour un peu plus d’un mois encore ne serait pas à prendre. Tranchant sur les matières qui fâchent comme les droits de l’homme et les manifestations pour l’audit du serveur de la Ceni, railleur sur les capacités de l’Opposition à bouleverser les montagnes, il a affirmé haut et fort qu’il battra tout candidat qui se placera sur sa route, qu’il y ait unité ou non de l’Opposition. Et justifiant déjà le choix qui sera, il en est certain, porté sur sa personne, Joseph Kabila souligne qu’il s’agira d’un choix de la raison parce que le peuple est bénéficiaire et témoin de son action. Le candidat à la Présidentielle 2011 ne doute donc point de ses chances dans la bataille du 28 novembre 2011, et il le dit haut et fort en réponse à la question de savoir « qui va gagner les élections ? ». Réponse : « C’est difficile de le dire mais une chose est sûre : je ne vais pas les perdre » .

Face à la récurrente préoccupation sur le respect des droits humains, le Président de la République a préfèré donner une leçon d’histoire. Il rappelle ainsi qu’il y a trois cents ans, des millions d’africains avaient été déportés en Amérique comme esclaves, et que pendant cinquante à cent ans, les pays africains avaient été soumis à la colonisation marquée notamment par le sang versé avec ces bras qu’on coupait etc. Et jusqu’il y a vingt ans, l’apartheid sévissait en Afrique du Sud avec le soutien de ceux qui nous parlent aujourd’hui des droits de l’homme. Conclusion : circulez, il n’y a rien à voir.

Les 5 chantiers

L’action dont parle Joseph Kabila tourne autour de son programme de cinq chantiers. Il le présente lui-même comme une vision de développement de la République Démocratique du Congo, une fondation solide pour la modernisation de notre pays.
L’initiateur des 5 chantiers est fier de son œuvre. Mais face aux doutes qui s’expriment ici et là, il invite les gens à remonter dans le temps pour faire une meilleure évaluation. Il prend pour exemple la Province Orientale, plus précisément la ville de Kisangani. En 2001 voire 2005, rappelle-t-il, Kisangani était complètement enclavé et la seule voie d’accès était la voie aérienne. Aujourd’hui, précise-t-il, on peut prendre la route pour se rendre à Kisangani à partir de Bunia, Bukavu, etc. Et ce n’est pas tout, il y a actuellement des travaux de voirie qui sont menés et c’est toute une vie qui recommence à Kisangani et dans l’ensemble de la Province Orientale.

Le chantier électricité est évoqué avec insistance compte tenu du chaos qui prévaut dans ce secteur non seulement à Kinshasa mais dans toutes les provinces du pays. Joseph Kabila explique son projet non sans lancer quelques piques aux gestionnaires passés. « Nous avons des problèmes aujourd’hui parce que depuis 1960, il y avait manque de planification et absence d’investissements. On a perdu une quarantaine d’années avec les coups d’Etat, les rébellions, la dictature. Et tout ce qu’on est en train de faire aujourd’hui, c’est rattraper le temps perdu ».
Détaillant son projet, Joseph Kabila annonce la construction de trois barrages cette année : Zongo II, Katende et Kakobola. Il parle des études qui sont aussi en cours pour la construction d’un barrage au Katanga en vue de faire face à la demande des compagnies minières et rappelle que la réhabilitation des barrages existants est également à l’ordre du jour. Bref, on a déjà commencé à investir dans l’énergie, et avec l’énergie, c’est la question de l’eau qui va trouver des solutions.

Le locataire du Palais de la Nation ne se contente pas de décliner son bilan. Il l’exploite à son avantage même quand on lui fait remarquer que le peuple vit dans la misère, sans eau ni électricité et que ce ne sont pas des conditions idéales pour le pousser à choisir le président sortant. « Le peuple est éveillé », répond-il. « Il est conscient et témoin des actions menées en sa faveur », ajoute-t-il avant de poursuivre : « Il y aura certainement des explications à fournir sur ce qui n’a pas été fait, mais je suis confiant. Le peuple d’aujourd’hui n’est pas celui de 1970 ou de 2006. Il est témoin de nos efforts et nous témoignera de sa confiance ».
Pour Kabila, le match est déjà plié mais il n’empêche qu’on lui signale que même si en Afrique on n’organise pas les élections pour les perdre, il y a les cas de la Côte d’Ivoire et de la Zambie qui poussent à poser la question de savoir s’il est prêt à céder le fauteuil présidentiel en cas de défaite. La réponse c’est oui, dit-il car « la politique, c’est être au service de son pays ».

De la misère du peuple à la controversée annonce de 1600 dollars pour le magistrat, il n’y a qu’un pas. La question revient sur le tapis tant elle avait fait des dégâts après le discours-bilan de Kingakati. Joseph Kabila est-il déconnecté des réalités, s’interroge un confrère. Le Président de la République s’étonne qu’on n’ait retenu que le salaire des magistrats alors qu’il avait aussi parlé des professeurs et des médecins. Refusant toute dérobade, il maintient ses propos de Kingakati et précise qu’il s’agit d’une décision prise en 2010 même s’il y a eu des trous d’air dans son application. Au reste, les 1600 dollars ne sont pas suffisants. Si les moyens le permettaient, le gouvernement pouvait faire mieux.

La misère au Congo ne concerne pas que le petit peuple. Même les députés qui se sont si abondamment servis pendant la mandature crient aujourd’hui famine, au point de sécher les plénières de l’Assemblée Nationale et d’envisager même de déchoir le ministre des Finances. Au Palais du Peuple, la colère est visible sur tous les visages au motif que les membres du Gouvernement se sont comportés comme les cuisiniers qui se servent directement à la cuisine. « Les Ministres ont déjà touché leurs indemnités de sortie » affirme-t-on sur Boulevard Triomphal. Kabila prend la défense de ses ministres : l’information est inexacte. Mais cela suffira-t-il pour relancer la machine législative d’autant que l’on sait que la majorité des députés sont candidats à leur propre succession ? Joseph Kabila n’aborde pas cet aspect de la question et se contente de relever l’inflation des candidatures à la députation, un signe que ce n’est pas une fonction des misérables.

Interpellé sur les disparités qu’il y a au Congo, un pays où la classe moyenne a disparu et où les riches sont vraiment riches et les pauvres très pauvres , Joseph Kabila demande qu’on regarde d’où nous venons et de faire en sorte qu’on ait beaucoup d’investissements dans ce pays pour qu’il y ait création de nombreux emplois en vue de résorber l’épouvantable chômage des jeunes.

Relations avec Brazzaville

Quelques jours après l’affaire de Lukolela et la mission d’Adolphe Lumanu à Brazzaville, il était difficile de ne pas évoquer la question des relations entre Brazzaville et Kinshasa. Où est la vérité dans ce qui est révélé aux citoyens ? La réponse ne surprend pas. « Les relations sont bonnes, dit Joseph Kabila mais il y a eu deux ou trois incidents , à commencer par la petite rébellion de Dongo qui avait été vite maîtrisée mais son meneur, Udjani, s’est réfugié à Brazza. Son père qui avait été capturé se trouve à Lubumbashi ou ici. Nous avons demandé l’extradition de Udjani mais celle-ci a été refusée par les autorités de Brazzaville qui nous ont opposé le précédent de Mulele en 1968 ».

Alors que le dossier Udjani est toujours pendant, voilà que surgissait Faustin Munene qui n’est plus, souligne Joseph Kabila, général de nos Forces armées depuis les élections de 2006. L’ex-général avait, à l’époque, demandé et obtenu de quitter l’uniforme pour se présenter à la députation. A la proclamation des résultats, il avait obtenu zéro pourcent, révèle Joseph Kabila. Depuis, il était suivi par les services de sécurité car il avait commencé à comploter contre la sécurité du pays. Il s’est enfui à Brazzaville au moment où on allait l’arrêter. Et c’est de là qu’il a organisé avec une centaine d’hommes une attaque contre des objectifs situés au Bas-Congo (Tshela, Inga…).

Le 27 février 2011, il y a eu mort d’hommes à Kinshasa et les assaillants étaient de nouveau venus de Brazzaville. Le cas enregistré à Lukolela il y a deux semaines est le dernier de la série d’incidents que Kinshasa déplore. Des anciens soldats ex-Faz ont débarqué à Lukolela en provenance de Brazzaville. Ils ont été maîtrisés par une unité de la Force navale et de nos forces de sécurité.
La mission gouvernementale qui s’était rendee à Brazzaville a demandé l’extradition de Munene et Udjani. L’essentiel à retenir est que nous sommes en contact avec les autorités de Brazzaville et que de notre côté, nous nous sommes bien préparés pour faire face à toute situation.

Tolérance Zéro

La mandature actuelle a été marquée par plusieurs engagements. Mais la fin de la récréation et la Tolérance Zéro prônées par le Chef de l’Etat ne semblent pas donner des effets. Joseph Kabila est convaincu du contraire et il demande, non sans humour, aux Saints Thomas d’apporter les preuves du contraire au Procureur Général en lui communiquant les éléments en leur possession. Pour Joseph Kabila, il ne faut pas confondre précipitation et efficacité. Il cite à ce sujet le cas de trois officiers jugés et condamnés à mort en 1999 à l’Equateur pour détournement des soldes et des effets militaires. Un mois après que la sentence ait été exécutée, on s’était rendu compte que l’un des officiers était innocent mais il était trop tard.
Il faut donc faire très attention avec les rumeurs mais ce qui est évident, c’est que la lutte contre la corruption doit s’inscrire dans la durée.

Le poids de la dette

Le peuple ne ressent pas le bénéfice de l’annulation de la dette. Joseph Kabila en est conscient et il précise tout de suite que l’annulation de la dette –qui est passée de 13 à 3 milliards de dollars US- permet de consacrer les sommes qui devaient être destinées au paiement de celle-ci au secteur social, c’est-à-dire à la santé, l’éducation des enfants et la réhabilitation des infrastructures. Ce travail là se fait déjà et on a ciblé les centres de santé (réhabilitation et équipement) ainsi que la réhabilitation des Universités (cas de l’Unikis) et des ISP. Il est important de préciser que ce qui est en jeu, c’est le bien-être de tous et non la distribution gratuite de l’argent.

Le climat des affaires

La question est sur toutes les bouches : il est difficile de faire des affaires en RDC à cause d’un climat délétère. Il y a trop de taxes dont Kabila connaît le nombre exact : 118 ! L’assainissement est en route, annonce Kabila qui signale l’introduction prochaine de la TVA qui permettra de fluidifier la situation. Mais devant la montagne de plaintes concernant le climat des affaires, Joseph Kabila invite les Congolais à faire attention et à faire la distinction entre les vrais investisseurs et les braconniers. Face à ces derniers, déclare-t-il, nous avons mission de protéger les intérêts de l’Etat congolais.

Droits de l’homme

La question est inévitable. Depuis plusieurs semaines, il y a une montée en puissance de l’insécurité dans le pays. A Kinshasa, les manifestations pacifiques sont réprimées dans la violence par la police et on assiste à un phénomène inédit avec la protection apparente accordée aux « kuluna », « pomba » et autres enfants de la rue communément appelés « shegués ». Les manifestants qui sont blessés ou tués chaque jeudi le sont uniquement parce qu’ils réclament l’audit du serveur de la Ceni et donc la preuve que les élections du 28 novembre seront réellement crédibles et transparentes. Comment arriver à des élections apaisées si cette question ne trouve pas de réponse ?

Joseph Kabila estime que la question du serveur est un petit problème et que la Ceni a déjà trouvé la réponse en acceptant la participation de l’Opposition et de la Majorité à cet audit. Le problème est que la réponse de la CENI est en réalité un refus de solution car on ne peut conditionner l’audit au bon vouloir d’une partie non plaignante. Pour Joseph Kabila qui fait confiance à la CENI, les manifestations de chaque jeudi sont sans objectif et ne nous empêcheront pas d’aller aux élections. Il relève au passage que la porte du dialogue reste ouverte au niveau de la Ceni et c’est là l’essentiel.
Le Président de la République se saisit de la question des droits de l’homme pour rappeler le passé exclavagiste et colonial des donneurs des leçons d’aujourd’hui. Il y a trois cents ans, des millions de noirs ont été déportés au Brésil et en Amérique, la colonisation qui a duré cinquante ans pour les uns et cent ans pour les autres s’est passée dans des conditions de violations massives des droits de l’homme, et l’apartheid qui a sévi en Afrique du Sud sont des situations qui ne devraient pas permettre à ceux qui nous critiquent de pousser le bouchon trop loin.

Kinshasa affirme régulièrement que la situation sécuritaire est sous contrôle. Cela ne devrait-il pas faciliter l’exécution du mandat d’arrêt international émis par la Cour Pénale Internationale à l’endroit de Bosco Ntanganda ? Rien n’a changé, répond Kabila. Pour les besoins de la paix, il n’est pas question d’exécuter le mandat de la CPI. C’est au nom de cette même paix que des contacts avaient été établis avec les FDLR non pas pour les délocaliser au Maniema mais pour les désarmer, déclare Joseph Kabila qui avoue que les discussions ont malheureusement échoué, ouvrant de nouveau le champ aux opérations militaires. Et le cas Laurent Nkunda ? Réponse précise : la RDC est en contact avec Kigali pour obtenir son extradition.

Puisqu’on évoque des opérations militaires, il est évident qu’il y a des soucis de sécurité dans le pays. Et sur ce point, il n’y a pas que Brazzaville qui nous inquiète mais aussi l’Angola dont les troupes viennent faire le feu jusque sur notre territoire contre les indépendantistes cabindais. Pourquoi, dans une telle situation, laisser la police et les services de sécurité aux mains des intérimaires ? Joseph Kabila reconnaît que la RDC a des problèmes, comme c’est le cas dans d’autres pays. Mais est-ce qu’il y a des problèmes d’ordre sécuritaire pouvant nous empêcher d’aller aux élections ? La réponse de Kabila est catégorique : c’est non ! Et d’expliciter : « la situation de 2006 était plus difficile mais nous avions organisé des élections libres et transparentes ».
S’agissant de l’Angola, une question pendante entre les deux pays concerne l’exploitation commune du pétrole ,dans la zone d’intérêt commun. Les discussions sont en cours sans autre précision.

La question de l’insécurité induit naturellement celle de la présence de la LRA et de la décision américaine de dépêcher une centaine de GI’s sur le terrain. Le Président congolais affirme tout ignorer du dossier. Officiellement, Kinshasa n’a pas été contacté . Et de s’interroger : « Est-ce qu’on a besoin de 100 marines pour attraper Koni ? Je ne sais pas. De toutes manières, Joseph Koni n’est plus en RD Congo. Il est en République centrafricaine. Nous avons déployé des unités le long de la frontière pour l’empêcher de revenir dans notre pays. Prié de dire s’il a trouvé des collaborateurs compétents, Joseph Kabila a répondu oui. A 80 pourcents.

Avant de conclure son point de presse par un appel à la vigilance, à la discipline et à la détermination du peuple pour qu’on aille aux élections et qu’on continue avec la reconstruction et la modernisation du pays, Josep Kabila a tenu à rassurer les Congolais victimes des exactions lors de leurs déplacements en Europe en révélant que des contacts sont pris avec les gouvernements concernés pour y mettre fin.

L.P.

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