Exetat : la «fête» dérape et fait 4 morts

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Quatre jeunes gens tués avant-hier lors des accidents dus à la vitesse ou ivresse dans l’une des caravanes motorisées pour fêter la proclamation des résultats de l’Examen d’Etat édition 2010. D’autres ont été fauchés par des véhicules roulant à vive allure au moment où ils  traversaient l’avenue ou la rue. La pratique des caravanes est de mise depuis une dizaine d’années, ce qui met souvent la ville sens dessus sens dessous, provoquant des embouteillages monstres la nuit comme le jour car la proclamation de ces résultats n’a pas d’heure fixe. Depuis deux ans, cette tâche a été confiée à la société de téléphonie cellulaire VODACOM, en exécution d’un contrat intervenu avec le ministère de l’Enseignement Primaire, Secondaire et Professionnel. 

            La société VODACOM a trouvé une astuce : il suffit d’envoyer un SMS à une série des numéros en donnant le ou les noms des candidats ayant présenté l’Examen d’Etat et la réponse sort dans les cinq minutes suivantes. C’est comme cela que l’on assiste à des explosions de joie et la fête peut alors commencer. Certaines familles fortunées organisent immédiatement des fêtes en l’honneur de lauréats qui en profitent pour effectuer une descente dans leurs écoles respectives pour se réjouir et au passage déverser de la poudre ou de la farine blanche sur leurs enseignants. Les plus audacieux ne se gênent pas de s’en prendre aux paisibles passants rencontrés par hasard dans les rues.

            Les avenues et rues de toutes les communes de la capitale ont vivent des de réjouissance caractérisées particulièrement par des scènes attentatoires à la pudeur et aux bonnes mœurs et surtout des carnavals motorisés qui comme par le passé se sont terminés par des drames. Les rues et les débits des boissons sont pris d’assaut par les fêtards. Le bilan à ce jour est lourd : quatre jeunes gens fauchés et le plus pathétique, c’est le cas de deux d’entre eux qui n’étaient pas des lauréats mais se sont mêlés à cette fête soit pour se défouler soit pour accompagner leurs amis, connaissances, membres de famille. Deux jeunes gens qui sont morts suite à des accidents. On imagine à peine la douleur que ressentiront pour longtemps les parents de ces jeunes gens non concernés par l’Examen d’Etat. Mais hélas ! Le pire est arrivé et l’on n’en peut rien. 

Le pays n’est pas administré   

            La première session de l’Examen d’Etat avait démarré en 1967. Des décennies durant, l’on n’avait pas connu de telles pratiques parce que l’administration était encore efficace. Certes, certaines familles organisaient des réceptions en l’honneur de leurs rejetons ayant satisfait à cet examen mais cela se faisait dans un cadre serein et respectable. C’est depuis cinq à six ans que des malins ont imaginé ce genre des réjouissances qui ont alors débordé le cadre familial pour embrasser les rues et avenues de la ville. Les autorités politiques et administratives n’ont pas levé le petit doigt car occupées à d’autres chats plus juteux à fouetter. Voilà pourquoi le mal s’est enraciné dans les mœurs de la société jusqu’à paraître comme des pratiques normales et indispensables aux yeux de certains parents et formateurs. Aussi, faut-il rappeler que ce n’est pas la première fois que l’on dénombre des cas de décès lors de ces réjouissances caractérisées par des atteintes à la pudeur et aux bonnes mœurs. Et cela, au su et au vu non seulement des parents mais surtout des autorités administratives et politiques. Et la question : où sont les autorités de la police et celles du parquet ?

            On observe depuis une dizaine d’années un phénomène assez particulier à Kinshasa : c’est la présence fort remarquable des débits des boissons  aux alentours des écoles primaires, secondaires et universitaires. Pire, on retrouve même des débits des boissons alcoolisées dans les homes des étudiants. Or, les tenanciers de ces débits des boissons alcoolisées sont soumis à une réglementation administrative, notamment pour l’obtention des attestations de salubrité dénommées « commodo et incommodo » délivrées, après contrôle, par des agents qualifiés des services des ministères de l’Environnement, de la Santé et de l’Intérieur. En plus de ceux des communes. Comment l’administration publique peut-elle délivrer des autorisations d’ouverture des débits des boissons alcoolisées autour des écoles et universités ? Que signifie le silence des Bourgmestres, des magistrats des parquets, des autorités de la police nationale ? Existe-t-il encore un Etat dans ce pays ? Y a-t-il encore un Code Pénal ?             

La société congolaise corrompue  

            Certes, il faut condamner le silence et la complicité de l’autorité administrative et politique. Cependant, par souci d’honnêteté intellectuelle, il faut admettre que ce sont les parents qui sont les plus à  à blâmer. Ils ont carrément démissionné de leur responsabilité principale qui est celle de veiller à l’éducation de leurs enfants, notamment leur inculquer la discipline, la pudeur et les bonnes mœurs. Des parents se sont même investis dans l’organisation et la tenue des Kermesses dans les cours principales des écoles. L’Ong « SOS touche pas à mon école » animée par Lenny ILONDO se bat avec des moyens limités pour sauver les terrains des écoles menacées par des hommes d’affaires étrangers et particulièrement venus de l’Orient qui ont tout de même réussi à morceler le terrain de l’ex-Athénée de la Gare en y construisant un complexe commercial. Tout comme celui de l’Athénée de la Gombe envahi par des hôtels et des villas cossues appartenant aux intouchables de ce régime. Cela, aux yeux et à la barbe des autorités administratives et politiques.

F.M.  

 

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