Examen d’Etat 2014 : « Fête » des lauréats, nouveaux dérapages

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elevesOù sont passés les repères de la société congolaise ? Que sont devenues les valeurs morales, spirituelles et culturelles positives qui jadis réglaient les us et coutumes au sein de la société congolaise ? Nous sommes tous tentés de dire «ailleurs».

Les questions soulevées ici continuent de tarauder les têtes bien pensantes. Le spectacle offert depuis lundi soir dans les rues et places publiques de Kinshasa par les élèves finalistes de l’enseignement secondaire en constitue le principal point d’achoppement.

Hystérie collective des finalistes

 En effet, depuis la publication des résultats de l’examen d’Etat (équivalent du baccalauréat français), la capitale bouge aux rythmes des hordes de jeunes-gens poussés par une hystérie collective aux antipodes des règles de bienséance.

Tenues débraillées à la limite de la décence, graffitis sur tout le corps particulièrement sur le front, poitrines provocantes des jeunes filles,  dos et postérieure mis en évidence, ces jeunes bacheliers ne se gênent pas de tout bousculer sur leur passage.

Avec la tête peinte en blanc comme si la neige venait de s’abattre sur toute la capitale, parents, personnes âgées et proches des récipiendaires rivalisent d’ingéniosité pour célébrer chacun à sa manière la réussite de leur progéniture.

Dilemme des parents

Lundi, à des heures avancées de la nuit, avec la complicité des « Wewa » sur leurs motocyclettes, les diplômés sont allés tambouriner sur les portails des parcelles de leurs condisciples, provoquant des tapages nocturnes hors norme. Dans plusieurs coins de la capitale, les policiers commis au maintien de l’ordre ont eu du pain sur la planche jusqu’aux petites heures de la nuit pour canaliser les flots des « fêtards ».

Beaucoup de personnes ont passé la nuit à la belle étoile, la bière coulant à flots et sous le rythme endiablé d’une musique tonitruante. De nombreux parents médusés se sont trouvés devant un dilemme. S’incliner, d’une part, devant toutes ces vagues déferlantes dont les extravagances ressemblent à s’y méprendre aux incongruités des « shégués » dans les rues ou, d’autre part, s’imposer au risque de paraître anachroniques.

Tares de la société congolaise

 Malgré les rappels timides à l’ordre lancés par certaines autorités provinciales, les élèves finalistes ont, pour la plupart, fait la sourde oreille pour verser dans des pratiques qui énervent la société congolaise déjà fortement gangrénée par les antivaleurs.

Devant les établissements scolaires ayant aligné des candidats à l’examen d’Etat, un véritable tintamarre n’a cessé de s’élever. L’on a dû se frotter plusieurs fois les yeux pour se rendre à l’évidence. Il s’agissait bel et bien des débordements des futurs cadres du pays, auxquels les portes des universités et instituts supérieurs sont grandement ouvertes.

Faut-il s’en plaindre ? Disons-le sans ambages, le comportement des jeunes finalistes dans les rues est le reflet des tares de la société congolaise. Pendant de longues années, nous avons tous fermé les yeux devant cette gangrène qui s’est transformée en tumeur cancéreuse avec des métastases.

Responsabilité collective

 Pendant plusieurs années, nous avons laissé nos jeunes aller à la dérive, développant des comportements publics et incompatibles avec nos moeurs, qui ont fini par s’imposer  à nous. Nous sommes tous, individuellement et collectivement, responsables de tous ces dérapages qui avilissent notre société.

Et pourtant, il y a quelques décennies, lorsque les résultats de l’examen d’Etat étaient publiés dans les colonnes des quotidiens Salongo et Elima, avant que le ministre de l’Enseignement primaire, secondaire et professionnel ne récupère la manne du ciel, l’on assistait partout à des scènes de triomphe modeste.

C’était l’occasion pour les élèves finalistes dignes, disciplinés et responsables de porter pour la première fois  leur costume ou abacost, ou encore leur tenue de ville de dame. Le lendemain, les vainqueurs de l’épreuve se fixaient rendez-vous dans leurs établissements scolaires autour de leurs encadreurs pour les congratulations et des échanges fructueux sur leur avenir.

Nouveaux disciples de Bacchus

            Les encadreurs accompagnaient leurs protégés dans l’évaluation des chances de réussite en vue de procéder à des choix judicieux des facultés à suivre au vu des performances des uns et des autres. Qu’en est-il aujourd’hui ?

            Force est de constater que ces bonnes pratiques sont enfouies sous l’éteignoir depuis belle lurette dans de nombreuses écoles. Les rencontres entre finalistes et encadreurs tournent autour de l’alcool où les élèves s’exercent dans l’art des disciples de Bacchus. Les « highbrow » se rabaissent au niveau des « lowbrow ». Inquiétant. Le choix des facultés s’opère au « pifomètre ». Pour revenir à la publication des résultats de l’examen d’Etat, avec l’aval des anciens encadreurs, les finalistes ayant réussi se répandent dans toute la commune pour abandonner les mérites de leur «alma mater » et scander à tue-tête les pourcentages obtenus.

Conséquences déplorables d’actes irréfléchis

            Certains élèves mobilisent des véhicules et roulent à tombeau ouvert sur les voies publiques. Chaque année, des accidents mortels sont déplorés des suites de la mauvaise conduite des apprentis chauffeurs sous l’effet de l’alcool. Voilà comment des actes irréfléchis peuvent ruiner tant d’efforts consentis pendant plusieurs années par les parents et leurs enseignants pour tenter de façonner des produits de qualité.

            Est-il trop tard pour redresser la barre et inverser la tendance ? Tout est encore possible. Certes, au nom des droits humains et des libertés fondamentales, chacun peut arranger sa couche comme il l’entend. Mais chaque société a l’obligation d’ériger des garde-fous pour la sauvegarde de bonnes mœurs.

            Que gagne la société congolaise en laissant se développer ces pratiques perverses de la part des jeunes, l’avenir même de la Nation ? C’est le moment de prendre le taureau par les cornes au niveau du foyer, du quartier, des écoles, des confessions religieuses, des mouvements associatifs, des médias… pour conscientiser les jeunes, nettoyer les cerveaux et réinculquer les valeurs morales, spirituelles et culturelles positives. Un peuple sans éthique est voué à la déperdition.

Jean Ntela Nkanga

(CP)

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