Evaluation de l’Accord du 31 décembre 2016 : l’UA cherche à pousser F. Tshisekedi à la faute

0
4106
Felix Tshisekedi, cadre de l’UDPS et membre du Rassemblement lors de travaux du dialogue national inclusif à Kinshasa, le 13/12/2016. Radio Okapi/Ph. John Bompengo
Felix Tshisekedi, cadre de l’UDPS et membre du Rassemblement lors de travaux du dialogue national inclusif à Kinshasa, le 13/12/2016. Radio Okapi/Ph. John Bompengo

Un chassé-croisé de personnalités politiques congolaises de l’opposition (toutes tendances confondues), de diplomates accrédités à Kinshasa ainsi que des envoyés spéciaux de l’ONU, de l’Union Européenne, de l’Union Africaine, de la SADC (Communauté de Développement de l’Afrique Australe et de la Conférence Internationale pour la Région des Grands Lacs, est observé, depuis le lundi 29 mai 2017, au siège de la représentation de l’Union Africaine à Kinshasa, sur le boulevard du 30 Juin, non loin du cimetière de la Gombe. A en croire des indiscrétions, le menu tournerait autour de l’évaluation de
la mise en œuvre de l’Accord du 31 décembre 2016 et de son Arrangement
Particulier.

On a remarqué un grand ballet diplomatique du côté de l’antenne
kinoise de l’Union Africaine, avec notamment Maman Sidikou, Représentant Spécial du Secrétaire général de l’ONU en RDC et patron de la Monusco (Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation au Congo), Said Djinnit, Envoyé Spécial des Nations Unies dans les Grands Lacs, le ministre angolais des Relations Extérieures, l’ambassadeur d’Angola à Kinshasa, l’Ambassadeur des USA à Kinshasa, l’Envoyé Spécial du président américain Donald Trump dans les Grands Lacs,  le Représentant de l’Union Européenne en RDC, etc.

Dieu seul sait si les uns et les autres ont pu accorder leurs violons
au sujet de la lecture des modalités d’application de l’Accord du 31
décembre 2016 et de son Arrangement Particulier.

Nul n’ignore que l’UA et la SADC déploient la grande artillerie diplomatique pour faire croire à l’opinion tant nationale qu’internationale que le train de la transition serait déjà en marche depuis la signature de l’Arrangement Particulier réaménagé à la sauce de la Majorité Présidentielle le 27 avril 2017 et l’investiture du Gouvernement Tshibala, le 16 mai 2017. Par contre, du côté des Nations
Unies et de l’Union Européenne, on persiste à soutenir qu’il y a eu
violation du compromis politique de la Saint Sylvestre et que, pour
favoriser une sortie apaisée de la crise institutionnelle en RDC, il
faut revenir aux fondamentaux du dialogue piloté par la CENCO
(Conférence Episcopale Nationale du Congo).
Ainsi que cela se sait, l’idée que veut faire passer l’UA auprès des
leaders du Rassemblement est qu’ils ont intérêt à rejoindre ce train
déjà en marche, notamment en favorisant la mise en place rapide du
Conseil National de Suivi de l’Accord de la Saint Sylvestre, afin de
permettre au peuple congolais d’aller aux urnes avant la fin de
l’année 2017. C’est dans cette optique que Félix Tshisekedi, que l’on
reconnaît encore comme président de cette méga-plate forme politique,
y a été invité, en compagnie de Martin Fayulu et Christophe Lutundula.
On laisse entendre que le trio a rappelé à ses interlocuteurs de
l’Union Africaine que les termes de l’Accord de la Saint Sylvestre ne
prêtent à aucune équivoque en ce qui concerne la désignation, par le
Rassemblement, du Premier ministre et du Président du Conseil National
de Suivi de l’Accord du 31 décembre. Il n’est fait état, nulle part,
d’une quelconque concertation préalable entre cette méga-plate forme
politique avec une obscure frange de l’Opposition ou la Majorité
Présidentielle. La délégation du Rassemblement, consciente du piège
lui tendu, a fait savoir à ceux qui cherchent à cautionner la
violation de l’Accord de la Saint Sylvestre et de l’Arrangement
particulier qu’elle n’entend pas se laisser entraîner dans cette voie,
d’autant que la Résolution 2348 du Conseil de Sécurité des Nations
Unies a entériné le compromis politique global fixant les modalités de
gestion consensuelle de la période de transition jusqu’à la tenue
d’élections transparentes, démocratiques et apaisées. L’on se demande
ce qui visent l’Union Africaine et la SADC avec le round des
consultations en cours, dès lors qu’elles soutiennent ouvertement la
Majorité Présidentielle dans son envolée vers un « glissement » à
durée indéterminée.

Kamerhe, Babala et autres pour brouiller les pistes

On a signalé aussi la présence, au siège de la Représentation de
l’Union Africaine à Kinshasa, des délégués de l’Opposition signataire
de l’Accord tant décrié de la Cité de l’Union Africaine. Vital
Kamerhe, dont le parti était déjà représent dans le gouvernement
Badibanga avec deux délégués et qui se retrouve cette fois avec un
seul ministre dans le cabinet Tshibala, a déjà choisi son camp de
longue date. Il ne peut que trouver des avancées dans la mise en œuvre
de la Transition. C’est la même position pour le MLC, avec Fidèle
Babala, dont la plate- forme, à savoir le Front pour le Respect de la
Constitution, se dit non partant pour la gestion du gouvernement mais
se bat avec bec et ongles pour occuper la présidence du Conseil
National de Suivi de l’Accord du 31 décembre 2017, une institution de
la Transition dont la mise en place est en train de s’inscrire dans la
droite ligne de la violation du compromis politique de la Saint
Sylvestre. D’aucuns pensent que l’objectif visé par cette phase de
présumée évaluation de ce deal politique est de brouiller les pistes.
Kimp