Etudiants morts à l’Unikin : funérailles problématiques

0
82

Une semaine après l’assassinat maquillé en pendaison de l’étudiant Fiston Nzomambu et la répression policière ayant causé plusieurs morts dans les rangs des étudiants de l’Université de Kinshasa, une nouvelle source de tension est en train de se développer. Il s’agit de la controverse entre la communauté universitaire et les officiels politiques au sujet des modalités d’organisation des funérailles des victimes. La méfiance s’est installée depuis que s’est répandue la nouvelle de l’inhumation, à l’insu de ses camarades, le dimanche 16 janvier, de l’étudiant, Michel Mbayi Ntumba de 2me doctorat/médecine, assassiné dans la nuit du 4 au 5 janvier 2011. Bien que le principe de la prise en charge des obsèques soit acquis, les étudiants continuent de poser une question de fond. C’est celle de savoir pourquoi les cadavres de leurs compagnons tombés sous les balles de la police ont été emportés et consignés ailleurs alors qu’il existe une morgue moderne aux Cliniques Universitaires de Kinshasa.

Certains d’entre eux interprètent l’absence de transparence dans la gestion des morts comme une volonté délibérée de maquiller la vérité sur le bilan global des victimes et de chercher à les enterrer clandestinement. D’où, la seconde question à laquelle ils attendent une réponse précise est celle concernant le nombre exact d’étudiants ayant trouvé la mort le jeudi 13 janviers 2011, à la suite de l’intervention musclée de la police à l’Unikin. Ils émettent à cet effet un épais doute au sujet du bilan de deux morts dans leurs rangs livré par le gouvernement, surtout que des sources indépendantes ont fait état d’un chiffre supérieur à 10 morts.

La communauté estudiantine est d’autant inquiète que depuis les événements malheureux du jeudi 13 janvier 2011, plusieurs de leurs camarades continuent de manquer à l’appel. Les « absents » seraient-ils morts, arrêtés ou disparus ? Ils aimeraient bien savoir.

A défaut d’être fixés sur la comptabilité des étudiants morts, ils exigent d’être pleinement informés et associés, ainsi que les membres de leurs familles biologiques, aux funérailles de leurs camarades afin de leur rendre, à leur manière, les derniers hommages qu’ils méritent sur le site même de l’Unikin, où ils ont perdu leur dernier souffle et où ils se préparaient à leurs charges de bâtisseurs de la patrie pour le futur.

Le constat amer qu’ils font, depuis une semaine, est que des réponses précises tardent à venir balayer leurs inquiétudes au sujet du sort à réserver aux dépouilles de leurs copains. Au regard du climat malsain qui risque de se réinstaller à l’Université de Kinshasa, où les images des étudiants morts se bousculent dans les esprits, les observateurs pensent que les décideurs politiques, nationaux et urbains, feraient œuvre utile s’ils pouvaient clarifier rapidement la situation.

Car, au rythme où s’accroît la spéculation autour du nombre des morts, du site d’accueil des cadavres et du programme d’organisation des obsèques, ces rumeurs affolantes sont de nature à déboucher sur une nouvelle implosion de violence sur la colline du Mont-Amba. On espère que ce qui s’est passé jeudi le 13 janvier 2011 à l’Unikin n’est pas la droite ligne d’une version corrigée du « Lititi mboka » de triste mémoire (9-10 mai 1990) à l’Université de Lubumbashi. Bien que plusieurs sources, notamment politiques et diplomatiques, aient soutenu à l’époque la thèse du massacre d’étudiants, le régime Mobutu n’avait reconnu qu’un seul mort, l’étudiant Elombe.

Le doute devrait être ôté des esprits le plus tôt possible, afin que le souvenir de « Lititi mboka » cesse de hanter de nouveau la communauté universitaire congolaise.

On vient d’apprendre, aux dernières nouvelles, que les autorités académiques de l’Unikin, s’emploient à ramener l’ordre sur ce site universitaire. Pour ce faire, il a été décidé que dorénavant, seuls les étudiants régulièrement inscrits et enregistrés comme ayant droit au logement seront autorisés à passer leur nuit dans les homes. Les «maquisards» ainsi que les personnes étrangères à l’Unikin devraient évacuer dès la tombée de la nuit.

L’objectif de cette opération d’assainissement est de tenir les «clandestins» à l’oeil, car souvent responsables des incidents malheureux qui affectent l’Unikin.

Jacques Kimpozo

 

LEAVE A REPLY

*