ESU : encore et toujours ces dérives policières

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Des dégâts et des sanctions continuent de secouer – comme l’ont démontré les échauffourées vécues avant-hier à l’Université de Kinshasa (UNIKIN) et le 07 décembre dernier à l’Institut National des Bâtiments et Travaux Publics (INBTP) – le secteur de l’Enseignement Supérieur et Universitaire (ESU) à cause d’une instruction officielle prise précipitamment, sans concertation préalable avec les différentes parties prenantes. Cette instruction n’a qu’un seul objectif dans son collimateur : le respect d’une tradition, celle d’émettre une lettre circulaire pour baliser la rentrée académique 2017-2018 sans mécontenter les mandataires.

En outre, elle préconise le paiement en francs congolais et au taux budgétaire en vigueur des frais académiques fixés préalablement en dollars américains. Calcul fait, cette procédure favorise une hausse notable des frais académiques.

 

Cette situation a provoqué des contestations estudiantines et des dégâts sur les différents campus des universités et instituts supérieurs publics de la Rd Congo. Un bilan pénible qui comprend, outre la contestation estudiantine elle-même, plusieurs drames : des cours suspendus ; des résidences des étudiants pillés par les forces de l’ordre aussi bien ici à Kinshasa qu’à l’intérieur du pays comme à Mbuji-Mayi, à Bunia et ici et là à travers le pays ; des étudiants blessés et déguerpis de leurs homes à l’Institut Supérieur des Techniques Appliquées (ISTA), à l’Institut National des Bâtiments et Travaux Publics (INBTP); à l’Université de Kinshasa (UNIKIN), etc.

 

Utilisation disproportionnée des forces de l’ordre

 

A cet état de choses, il convient d’y ajouter le calvaire de certains administratifs et mandataires suspendus de leurs fonctions au motif de n’avoir pas respecté les instructions officielles. A ce sujet, le gouvernement, à l’issue d’une réunion hebdomadaire récente, avait fait le constat du désordre semé par cette circulaire de l’ESU portant l’instruction officielle n° 019 du 30 septembre 2017 sur le paiement des frais académiques fixés en dollars américains et payables en Francs congolais et avait suspendu son application. Et par conséquent, il avait reconduit les frais académiques et le taux de change appliqué durant l’année académique dernière 2016-2017. Parallèlement à cette mesure, diverses sanctions ont accompagné la volonté des autorités politiques et académiques de préserver le milieu estudiantin de toute agitation ou désordre en ce début de l’année académique 2017-2018.

Des sanctions qui consistent à menacer des étudiants, à déloger les internes ou à exclure définitivement de l’université ceux soupçonnés d’être des meneurs des manifestations contre le pouvoir en place. A chaque manifestation estudiantine pour réclamer un droit ou exprimer une opinion, la Police ou d’autres forces de sécurité chargent et répriment. Et le sang coule dans l’indifférence totale des autorités chargées de veiller sur l’intégrité de la personne humaine comme l’exige la Constitution congolaise. A l’INBTP, à l’UNIKIN ou sur d’autres campus où a sévi la contestation, on n’a pas senti une autorité, quelle qu’elle soit, s’inquiéter pour bloquer cette dérive et prendre des mesures nécessaires pour enquêter sur l’utilisation disproportionnée des forces de l’ordre, sanctionner l’utilisation des balles réelles contre une manifestation pacifique et prendre en charge des blessés simples et par balles. Des agents de l’ordre eux-mêmes oublient que leurs enfants, frères ou sœurs peuvent se retrouver parmi les victimes.

En définitive, il conviendrait de se poser quelques questions : que serait l’avenir d’un pays où toute la jeunesse ne serait qu’une moutonnière et que deviendrait le Pool d’intelligences recherché par le gouvernement pour l’horizon 2030 ? Des jeunes incapables de contester ou de concevoir autrement leur l’avenir ? Ça serait-là la véritable fin du développement intellectuel. Est-ce cela que recherchent le pouvoir politique et les autorités académiques de nos universités ? Ne serait-il pas mieux de prévenir en amont ces conflits ? Dommage pour de telles répressions…

SAKAZ