Est : vers la guerre de 100 ans !

0
45

 

Un dangereux décor a été planté dans la partie Est de la République Démocratique du Congo. C’est celui d’une guerre qui n’en finit pas. Depuis 1994 en effet, soit 18 ans, le Nord-Kivu vit une situation d’insécurité récurrente provoquée par des « forces négatives » internes et externes. Au nombre des groupes armés étrangers qui accusent une longévité étonnante, il y a les FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda).
Véritable fond de commerce de Kigali, cette rébellion solidement implantée sur le territoire congolais n’a jamais été sérieusement inquiétée ni par l’armée congolaise, ni par l’armée rwandaise, encore moins par les forces onusiennes. Il est temps que les Congolais ouvrent l’œil, et le bon, sinon le pays est parti pour une « guerre de 100 ans », à l’image de celle de l’histoire de la France et de l’Allemagne.
Voici près de 20 ans que les décideurs politiques et militaires « zaïrois » (1994-1997) d’abord et congolais ensuite (1997-2012) s’illustrent par des propos et actes de nature à faire croire que la question du retour de la paix à l’Est du pays ne serait pas prioritaire. Combien de promesses d’éradication des forces négatives, nationales et étrangères, les Congolais n’ont-ils pas reçues de ceux qui les gouvernent ? Combien d’opérations en solo les ex-FAZ (Forces Armées Zairoises) et les FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) n’ont-elles pas menées, sans succès, en vue de liquider toutes les poches de résistance des ennemis de la paix ?
Nos compatriotes sont même fatigués de compter le nombre d’opérations militaires conjointes ficelées par les armées congolaise, rwandaise, ougandaise et onusienne, avec l’engagement ferme de mettre définitivement hors d’état de nuire les rebelles et miliciens génocidaires rwandais. Et, comme pour brouiller les pistes, la carte sécuritaire du Nord-Kivu et du Sud-Kivu affiche régulièrement des micro-rébellions dont les animateurs finissent pas nouer des partenariats bizarres avec Kinshasa sans pour autant atteindre l’objectif consistant à rétablir une paix durable dans cette partie du pays.
 
Gare à la distraction
 
La fréquence avec laquelle les officiels rwandais – le président Paul Kagame, le ministre de la Défense James Kabarebe et la ministre des Affaires Etrangères Louise – se relayent dans les médias pour donner de la voix au sujet de la menace sécuritaire que représenteraient les FDLR pour le Rwanda et de la nécessité de régler par le dialogue les mutineries qui affectent l’armée congolaise au Nord-Kivu constitue tout un message. Il s’agit de faire croire au monde extérieur que leur pays se trouve sous la menace permanente d’une déstabilisation, du fait de l’incapacité de la RDC à chasser les FDLR de son territoire.
Il s’agit également de banaliser l’insécurité qu’entretiennent en permanence des mouvements rebelles tels que le CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple) et le M.23 (Mouvement du 23 mars 2009) pourtant essentiellement composés d’officiers et combattants d’origine rwandaise et, partant, totalement inféodés au régime en place à Kigali.
C’est le lieu de déplorer ce qui commence à paraître, aux yeux de nos concitoyens, comme une intention voilée de ceux qui gèrent les intérêts de la RDC de brader sa souveraineté et son intégrité territoriale. A la lecture du communiqué final ayant sanctionné, le samedi 19 mai 2012 les travaux de la Grande Commission Mixte Congolo-Rwandaise, nos compatriotes sont étonnés de constater que ceux qui les gouvernent ont pris un nouvel engagement de traquer les FDLR, une nébuleuse que l’armée rwandaise avait soigneusement évitée d’écraser entre 1996 et 2003, dans ses campagnes militaires en territoire congolaise, dans le sillage de l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo) et du RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratique). 
Pourquoi Paul Kagame, qui s’était rendu maître de l’ensemble du territoire congolais entre octobre 1996 et août 1998, n’avait-il pas définitivement réglé la question des rebelles à son régime ? Pourquoi ne l’avait-il pas fait entre août 1998 et juin 2003, lorsque la rébellion du RCD – sa propre fabrication – avait occupé plus de la moitié du territoire national ?
En acceptant de faire le travail de ratissage des FDLR en lieu et place de Kigali, les autorités congolaises risquent de donner l’impression de ne pas accorder l’attention requise à la question sécuritaire du Nord-Kivu, actuellement en proie à des micro-rébellions.
 
Pour une thérapie de choc
 
Plus les années passent, et davantage les mouvements rebelles, nationaux comme étrangers, s’installent dans le sentiment de l’aveu d’impuissance du pouvoir central à Kinshasa. Alors que les seigneurs de guerre et leurs combattants tuent, pillent, violent, volent…chaque jour au Nord-Kivu, les officiels congolais refusent systématiquement le débat, avec leurs concitoyens, autour de cette situation d’insécurité, de pillage des ressources nationales, d’atteinte à la souveraineté et à l’intégrité territoriale.
Pas plus tard que le mercredi 23 mai 2012, la Nation tout entière croyait avoir les réponses du Vice-Premier ministre et ministre de la Défense à la « Question Orale avec Débat » déposée au Bureau de l’Assemblée Nationale, depuis le vendredi 18 mai, par le député national Martin Fayulu. Pourquoi un dossier d’aussi brûlante actualité n’a-t-il pas été traité à l’hémicycle de Lingwala ? Mystère.
  Toujours est-il que ce qui se passe au Nord-Kivu appelle une thérapie de choc de la part des décideurs politiques et militaires. Des millions de Congolaises et Congolais ne demandent qu’une chose : que cette partie de la République retrouve le chemin de la paix. Pour ce, il est impératif que le gouvernement du Premier ministre Matata en fasse la priorité des priorités. Ainsi qu’il l’avait promis lors de l’investiture de son équipe, tous les moyens humains, matériels et financiers requis pour la liquidation des rébellions internes et « importées » devraient être effectivement mobilisés.
Si l’année 2012 ne marque pas le retour de la paix dans la partie Est du pays, il faut craindre un embrasement général de la République. Nos compatriotes ne sont pas dupes. Ils savent qu’à partir de l’étincelle d’Uvira en octobre 1996, le régime de Mobutu avait été balayé en l’espace de six mois. Il est temps que la caste d’initiés qui a privatisé un dossier sécuritaire qui concerne l’avenir des millions de fils et filles de ce pays élargisse le débat. Les maladresses diplomatiques du genre de celle de Kigali pouvaient être évitées si la question avait été préalablement débattue dans une instance comme le Parlement.
Les Congolais doivent se lever comme un seul homme pour s’interroger sur les voies et moyens de chasser la guerre d’une province prise en otage depuis près de 20 ans. Il leur faut agir vite et maintenant, et non pas attendre que la main divine agisse à leur place, ainsi que le conseillent certains pasteurs, visiblement gagnés par le fatalisme.
 
L’intox toujours en marche
 
Alors que les autorités congolaises tiennent en horreur le débat autour du dossier sécuritaire du Nord-Kivu, le Rwanda se trouve engagé à fond dans la communication, aux fins de l’intoxication de l’opinion tant congolaise qu’internationale. Les officiels rwandais ne cachent rien du moindre contact avec leurs homologues congolais.
Pendant que certains congolais se demandent de quel côté se trouve la vérité dans l’affaire des mutins du CNDP et du M.23, ces mouvements rebelles viennent, à leur tour, d’adopter aussi la stratégie de la manipulation, en accusant les FARDC d’être en collusion avec les FDLR pour semer la mort et la désolation au Nord-Kivu. Le tout dernier communiqué en date affiché sur le net par ces groupes armés tentent de faire croire aux Congolais que la guerre actuelle serait le fait de l’armée régulière. Or, sans leur mutinerie, le Nord-Kivu connaîtrait une situation sécuritaire moins préoccupante que celle du moment. Ils vont même jusqu’à affirmer que Bosco Ntaganda n’aurait pas fui vers le Parc de Virunga et qu’il camperait toujours dans le Masisi. Il s’agit certainement là d’une manœuvre de diversion, afin de détourner l’attention des FARDC sur lui et ses hommes. Cela rappelle le modus operandi de l’AFDL en 1996-1997, qui annonçait la chute des villes sans combat, avant leur abandon effectif par les ex-FAZ et qui faisait croire aux ex-Zaïrois que le lait et le miel étaient en train de couler dans les « territoires libérés ». En réalité, rien n’était plus faux.
 
     Kimp

LEAVE A REPLY

*