EPSP : la formation à distance aux portes de Kinshasa

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IMG_0463La formation à distance des enseignants déjà en activité conçue par l’IFADEM (Initiative Francophone pour la Formation à Distance des Maîtres) vers 2009  et expérimentée avec bonheur à Lubumbashi depuis 2011, pourrait être fonctionnelle à Kinshasa dans un proche avenir. Clément Tshibangu et sœur Cécile Mundi, respectivement chef de projet, conceptrice des manuels ou livrets à l’Ifadem  et prof à l’IESP, ont longuement expliqué aux enseignants kinois, le vendredi 30 mai 2015 à la Délégation Wallonie Bruxelles (DWB) les grands axes de cette nouvelle  méthode d’enseignement des cours au primaire et même au secondaire (pour la section pédagogique). Selon Tshibangu, l’innovation a déjà reçu le quitus du patron de l’EPS, Maker Mwangu.

Les enseignants intéressé par ce «recyclage» censé durer 9 mois sont regroupés périodiquement pour être outillés sur ce  concept qui pour les deux orateurs évoqués ci-haut a une indéniable valeur pédagogique active et participative. Ces enseignants reçoivent des kits comprenant des livrets conçus par l’IFADEM, et des dictionnaires,  livres de grammaire, corrigés des questions posées aux élèves. Avec ces  livrets, les enseignants vont s’auto évaluer, s’imprégner ensuite des fondamentaux du nouveau concept et enfin mieux élaborer leurs fiches de préparation des cours. Des « inspecteurs » initiés en la matière vont les accompagner. Les maîtres ont l’obligation de retourner périodiquement auprès de leurs mentors pour être évalués. Les plus méritants ont de fortes chances d’être récompensés par l’autorité de tutelle. Dans ces livrets, il est expliqué clairement comment enseigner les cours de lecture, de rédaction, d’histoire, de géographie, d’éducation civique et morale…, des leçons sur la prosodie, l’élision..

Une nouvelle approche

Cécile Mundi a fait remarquer que ces livrets  ont été conçus pour améliorer les compétences de l’enseignant considéré comme l’élément moteur dans le secteur de l’éducation.  D’autres paramètres doivent également être pris en compte. Dans ces livrets, il y a le contenu pédagogique, la didactique et la méthodologie.  On ne propose pas un modèle type. Chaque enseignant peut adapter ce canevas au contexte qui est le sien.

Ces 6 livrets avec des séquences ou modules abordent les rubriques relatives au développement des compétences sur la production écrite, orale, l’enseignement du français pour ou par les mathématiques, l’organisation du travail en classe…….

En somme, tout doit être mis en ouvre pour amener l’élève à communiquer dans le milieu où il vit. Pour l’Ifadem, le credo est simple : enseigner autrement.

Avant de préparer une activité quelconque, l’enseignant expose clairement la situation à problème et les élèves cherchent à donner des solutions.  Pour la leçon de rédaction, on prend par exemple le cas d’une gamine qui doit fêter son anniversaire en y associant ses amis. Que doit-on mettre dans ces invitations ? Les présumés amis de la gamine ou condisciples vont donner des réponses et contribuer sans le savoir à rédiger cette invitation.

Mundi a parlé de l’interaction censée exister entre les élèves eux-mêmes  d’une part et entre écoliers et leurs maîtres d’autre part. Ceci est nécessaire dans les cas des classes pléthoriques. Ici, l’enseignant n’apparaît pas comme le seul dépositaire du savoir. Le « monitorat » ou la prise en charge des élèves faibles par les plus doués est la recette à appliquer pour mieux enseigner. On peut répartir de manière variable les écoliers en binômes ou en petits groupes. Ce système contribue à la socialisation des élèves. Quant aux mathématiques, le maître peut débuter par les définitions des notions de base en se référant au français. Elle a pris pour exemple la leçon sur le cercle  et le calcul des pertes. «Cercle» peut se définir en français comme groupe d’amis.

            Dans  la leçon de « Problème », il y a  les «distracteurs ». L’enseignant devrait expliquer à ses élèves les données principales et les distracteurs.

            Les hôtes de l’IFADEM ont voulu savoir si  effectivement le nouveau concept a porté des fruits à Lubumbashi. Un participant a relevé que de nombreux enseignants se comportent comme si on était au milieu du 20 ème siècle et un autre a insisté sur le caractère suranné des manuels des enseignants.

            Reprenant la parole, Tshibangu a laissé entendre qu’IFADEM n’a nullement l’intention de demander aux écoliers congolais de s’exprimer comme leurs collègues parisiens mais de bien parler la langue de Voltaire. On veut amener l’enseignant congolais à intérioriser la culture numérique, c’est-à-dire recourir à l’internet pour être à la page. Dans un proche avenir, lui et ses collègues pourraient mener une étude auprès des écoliers katangais pour recueillir leurs appréciations sur l’enseignement « made » in IFADEM.

 Jean- Pierre Nkutu