Enyele – gouvernement : le syndrome de la prime à la guerre

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Qui a encore dit que la guerre était aussi une manière de forcer les portes de la négociation ? Peu recommandable pour les gens de bon sens, elle est souvent utilisée par les extrémistes et autres  désespérés de la vie. A la suite des tristes événements qui viennent d’endeuiller Mbandaka, on a entendu une proposition qui est presque passée inaperçue. Emanant de la MONUC, par la voix de son représentant Alan DOSS,  celle-ci se présente comme un appel pathétique au gouvernement et aux insurgés ENYELE, en vue de tourner le dos à la voie des armes pour se retrouver autour d’une table.

Le syndrome de la prime à la guerre

La nouvelle n’a pas encore déclenché des réactions hystériques. Ni dans un camp, ni dans l’autre. Mais elle a au moins le mérite d’exister et, surtout, de nous rappeler qu’elle n’est pas une première dans ce pays. La dernière en date, on s’en souvient, est ce processus de négociations secrètes avec le CNDP de L. NKUNDA avant l’éjection de celui-ci, négociations qui se sont poursuivies après son limogeage et qui rappellent aux uns et aux autres que la vie politique en République Démocratique du Congo est rythmée par la prime à la guerre. Prime qui permet à tous les techniciens des tueries, des pillages sous toutes les formes, du viol et des destructions méchantes d’accéder aux fonctions d’Etat et de placer leurs hommes dans la haute hiérarchie militaire et de la police, dans les services de renseignement etc, dont l’action se trouve ainsi fragilisée par l’arrivée dans leurs rangs des brebis galeuses et des individus ne répondant à aucun profil.

Enyele – CNDP nouvelle à l’équatorienne ?

Qu’on le veuille ou pas, l’évolution de la situation sur le terrain des opérations militaires présente une similitude entre les insurgés ENYELE et ceux du CNDP d’hier. Si ces derniers ont démarré leur révolte par le chapelet des revendications sécuritaires, c’est un conflit entre deux clans autour des étangs qui a révélé au monde le phénomène « ENYELE ».

Si les ENYELE tenaient à occuper la ville de Mbandaka, ils auraient mis en place une stratégie militaire de longue durée, c’est-à-dire l’utilisation des moyens logistiques considérables en munitions, armes de guerre et matériels de mobilité en plus des contingents solidement entraînés. Un observateur attitré de la scène politique de la sous région des Grands Lacs signe et persiste que ce raid opéré par ces éléments sortis de la brousse est un  message de négociations politiques. Les véritables commanditaires de ce coup sont encore blottis dans l’ombre et ils espèrent que le message envoyé par ce qu’il convient encore de considérer comme une nébuleuse sera entendu. Et c’est alors qu’ils pourront se découvrir, et tous ceux qui se cachent derrière. Les masques vont ainsi tomber, exactement comme ce fut le cas en 1998 lors du déclenchement de la guerre du RCD et du MLC et plus tard à l’ouverture des négociations politiques inter congolaises de Sun City.

Ainsi donc, en lançant son ballon d’essai sur le dialogue, le  représentant du SG des Nations Unies vise de toute évidence un objectif plus rationnel : obliger les ENYELE à dévoiler leurs visages, à dire à la nation qui ils sont réellement et à permettre aux dirigeants de mieux prendre la mesure de la situation. Ceux qui s’étaient contentés de prendre ces insurgés pour de simples paysans qui se disputent des étangs doivent revoir leurs calculs au regard de la tournure de choses sur le terrain. Car, après Dongo, Makanza et d’autres localités qu’ils avaient investis, l’opinion ne s’attendait pas à un raid d’une telle témérité sur la ville de Mbandaka, dans la mesure où ce mouvement était considéré par le gouvernement comme complètement anéanti sur le plan militaire. Raison pour laquelle, Alan DOSS, le patron de la Monuc, probablement  mieux averti par ses services, a été des plus clairs pour dire que ce ne sont pas de vulgaires paysans, mais des hommes bien armés, très motivés, entraînés à l’art de guerre et qui doivent bénéficier d’un commandement militaire de haut niveau. En d’autres termes, un cerveau politique fonctionne derrière ces éléments.  

Fidèle MUSANGU

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