Enrôlement : statistiques douteuses à Kinshasa

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Le vice-président de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), Jacques Djoli, a visité, le week-end dernier, plusieurs centres d’inscription installés à Kinshasa. Selon les informations et statistiques officielles lui communiquées, l’enrôlement des électeurs se déroulerait globalement bien. Il a promis le renforcement logistique des kits électoraux dans les centres de la périphérie où sévit la surpopulation.

Hélas, ce constat de satisfaction contraste avec les réalités du terrain. En effet, dans la quasi-totalité des communes de la capitale, les candidats à l’enrôlement sont contraints à un parcours de combattant qui s’étale sur deux à trois jours. L’unique possibilité de casser la spirale de longues files d’attente est de mettre la main à la poche en vue de s’attirer les faveurs des policiers et des agents de la CENI.

Mbudi toujours dans l’impasse

En dépit du passage du vice-président de la CENI, Jacques Djoli, le samedi 21 mai 2011 par l’Ecole Catholique Saint Léonard, l’un des centres de cette institution fonctionnant au quartier Mbudi, dans la commune de Mont-Ngafula, rien n’a changé. Non seulement les files des candidats à l’enrôlement restent longues mais en plus, la corruption des policiers et des agents de la CENI bat son plein.
Se faire inscrire sur la liste d’attente relève de l’exploit : coups de coude, girons, crampes, faim, soif, soleil pendant des heures. Il faut un ou des jours supplémentaires pour se faire remettre le « jeton » donnant accès au bureau d’enrôlement.

Mais, ici, tout le monde constate que les informaticiens de service brillent par le manque de maîtrise des kits informatiques : ordinateur, imprimante, scanner. Ce qui se traduit par une moyenne d’au moins 30 minutes entre l’enregistrement d’un citoyen et l’impression de sa carte d’électeur.
Avec deux ordinateurs seulement, le centre d’inscription de l’Ecole Saint Léonard délivre environ quatre cartes d’électeurs par heure. En 8 heures de travail, la moyenne journalière réelle tourne autour d’une trentaine d’enrôlés par jour. D’où, les visiteurs sont estomaqués de voir le centre afficher, sur les murs, des statistiques journalières variant entre 80 et 100 enrôlés. Techniquement, cela est impossible au stade actuel.

Joli Parc : un seul ordinateur

Au Complexe Scolaire les Bambins, sur l’avenue Bocage, au quartier Joli Parc, dans la commune de Ngaliema, le centre d’inscription de la CENI n’a qu’un ordinateur. Bien que l’affluence ne soit pas très nombreuse, l’enrôlement y est très difficile. Le commun des mortels est obligé de passer trois à quatre heures en file indienne avant de recevoir son jeton et d’accomplir les formalités d’enrôlement.

Dans ce quartier bourgeois, plus de trois heures d’attente sous le soleil paraissent une éternité. Ce qui décourage de nombreux candidats à l’enrôlement. Chaque fois qu’un citoyen ou une citoyenne ayant les moyens contourne la file moyennant un important pourboire, cela provoque la colère dans les rangs. Dernièrement, une vive altercation a opposé un civil aux policiers et agents de la CENI. L’homme protestait contre la lenteur énervante du travail.

Kingasani/Pascal : pagaille à St Boniface

Une belle pagaille a régné à Kingasani/Pascal, dans l’enceinte de l’Ecole primaire Saint Boniface, le lundi 16 et le mardi 17 mai 2011, suite à la rupture des rangs provoqués par des cas répétés de corruption des policiers et des agents de la CENI. Des jeunes-gens qui y avaient passé deux jours n’ont pu supporter le spectacle des gens qui accédaient au centre d’inscription comme dans un poulailler, tout simplement grâce à la force de leur porte-monnaie.

Pour protester contre cette corruption organisée, ils ont décidé d’envahir carrément le centre d’inscription, bloquant du coup le processus d’enrôlement. Il a fallu le déploiement d’un important cordon de sécurité, le mardi 17 mai, et même la présence de quelques agents des services spéciaux, pour ramener le calme. Malheureusement, avec deux ordinateurs, car le troisième venait de tomber en panne, l’enrôlement se faisait à un rythme de tortue.

Lingwala : un enrôlé par heure

Le centre d’inscription installé sur la rue Mushie, dans la commune de Lingwala, aligne un record inhabituel : une heure pour délivrer une carte d’électeur à toute personne présente dans le bureau d’enrôlement, cela après avoir passé deux jours ou plus dans l’attente du jeton. Cette faible moyenne est liée, constate-t-on, à la lenteur des techniciens de saisie.

Approché, un agent de la CENI a laissé entendre que la situation pourrait s’améliorer avec l’arrivée imminente de nouveaux kits. Mais, comme c’est le cas un peu partout, l’accès au centre d’enrôlement est plus facile aux personnes disposées à soudoyer les policiers et les agents de la CENI.

Eddy Simbungu (Stg/ UCC), Floris Matondo (Stg/ UCC), Banny Mayifwila (Stg/Ifasic) et Emilia Zawadi (Stg/Ifasic)

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