En marge du projet d’électrification de l’Equateur : le Congo n’est pas à vendre

0
29

Le projet d’électrification de la province de l’Equateur, dont le coût est évalué à 210 millions d’Euros, à rembourser au moyen d’un gage incluant l’exploitation du bois, de l’huile de palme, de l’or, du diamant, du cuivre, du cobalt… sur l’ensemble du pays pendant 75 ans, continue de faire couler encre et salive. Pendant que l’homme de la rue s’indigne d’assister à une recolonisation rampante de la République Démocratique du Congo, les choses ne semblent pas bouger comme il faut au niveau des instances dirigeantes du pays.

Pourtant, le protocole d’accord signé en date du 11 juin 2010 entre le gouverneur de l’Equateur, Jean-Claude Baende, et les partenaires du gouvernement congolais regroupés au sein des firmes nébuleuses EEW (Equatorial Energy & Water Ltd et Trinitas Financing Ltd pue l’odeur du léonin à mille lieues à la ronde. Il est en effet scandaleux de constater que pour un projet engageant exclusivement la province de l’Equateur, la partie congolaise se permette d’hypothéquer, sur trois quarts de siècle, des ressources naturelles de l’ensemble du pays.

 

 Après s’être fait l’écho, dans sa livraison de lundi 13 février 2011, des contours flous d’un contrat qui a tout l’air d’une entreprise de prédation des richesses nationales, Le Phare vient de tomber sur des documents révélateurs d’un certain malaise dans les rangs de ceux qui devraient éclairer la lanterne de tous.

 Tel ne parait pas le cas pour le rapport des experts (Présidence de la République, Ministères de l’Environnement, de l’Energie, des Mines, du Portefeuille, du Plan et de la Snel) établi en date du 27 janvier 2010 à l’intention de la Commission Economique et Reconstruction (ECOREC) du gouvernement. Ceux-ci donnent pratiquement leur caution à l’initiative du gouverneur de l’Equateur. L’unique exception qu’ils ont cru devoir soulever concerne le redimensionnement du projet.

 A leur avis, au lieu de lancer l’ensemble des travaux de construction de 7 centrales à la fois, il serait plus pratique de se limiter, dans un premier temps, à la seule ville de Mbandaka, dont la centrale coûterait 30 millions d’Euros pour une production de 10 mégawatts par jour. Ils renchérissent qu’il s’agit d’un coût standard conformément aux normes européennes, où un MW est facturé à hauteur de 2 millions d’Euros. Le projet pourrait générer, selon leurs prévisions, un chiffre d’affaires mensuel de 6.570.000 dollars américains, à raison de 100 dollars le MW/h.

 Ce qui est curieux, c’est le fait que ces experts congolais ne retiennent que le bois, sur une superficie de 200.000 hectares, comme gage du remboursement du crédit de 30 millions d’Euros. Que s’est-il donc passé pour qu’ils restent silencieux face aux dispositions pertinentes du contrat qui font état de la mise en gage, en plus du bois, de plusieurs minerais à ratisser aux quatre coins du pays ?
 Tous les espoirs sont maintenant fondés sur le ministre du Plan, Olivier Kamitatu qui, dans sa lettre datée du 11 février 2011, a émis des réserves au sujet dudit contrat, avant qu’il ne soit examiné par la Commission Economique et Reconstruction du Gouvernement. Il est à noter, pour l’essentiel, l’absence de qualité des signataires d’engager l’Etat congolais ou la Province de l’Equateur ; la délicatesse de la source biomasse qui exige à ce jour des études très affinées et pointues ; l’absence des études de faisabilité qui couvrent tous les aspects du projet (technique, financier, socio-économique et environnemental).

 L’enjeu du dossier de l’électrification de l’Equateur se situe non pas dans la volonté de sortir cette province du sous-développement énergétique, mais plutôt dans la crainte de voir les ressources naturelles autres que le bois et l’huile de palme, à l’Equateur comme ailleurs, être hypothéquées à vil prix. Des millions de Congolais s’accrochent au principe selon lequel « le Congo n’est pas à vendre » et comptent sur la vigilance de vrais patriotes, s’il en existe encore dans la sphère dirigeante du pays, pour barrer la route aux velléités de recolonisation du pays, pour un bail nouveau bail de 75 ans, après que notre peuple ait brisé, il y a 50 ans, les chaînes de la tutelle belge.

   Kimp

LEAVE A REPLY

*