En marge du cinquantenaire : l’appel de Vital Kamerhe à Joseph Kabila

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1. Avant toute chose, je tiens, comme je l’avais déjà fait sur les ondes de la radio Maendeleo de Bukavu, fief naturel de l’illustre disparu, à me joindre à tout le monde pour présenter mes condoléances les plus attristées à la veuve, aux enfants, aux proches, amis et connaissances du regretté Floribert Chebeya.

 

Mes condoléances s’adressent également à la grande et respectable famille des défenseurs des Droits de l’Homme en général et aux membres de la Voix des Sans Voix, en particulier ;

 

 

2. La mobilisation et l’élan de solidarité au Pays, en Afrique et dans le monde  (Nations Unies, Union Africaine, Union Européenne, Ongs internationales et Gouvernements partenaires), démontrent, si besoin en était, que Mr Floribert Chebeya était devenu un citoyen du monde. Toute notre gratitude à la Communauté Internationale et à nos frères africains pour cette compassion exprimée à l’endroit du peuple congolais qui a perdu l’un de ses précieux enfants dévoué à sa cause ;

 

3. Je tiens également à saluer le comportement patriotique de la classe politique congolaise, toutes tendances confondues, de la Société Civile et de l’ensemble du peuple congolais qui, comme un seul homme, ont vigoureusement condamné cet acte ignoble relevant d’un autre âge ;

 

4. Feu Floribert Chebeya était, sans conteste, le défenseur des faibles, des véritables sans voix. Sa disparition est un coup très dur assené à la démocratie congolaise naissante, car elle vise à annihiler toute voix discordante et à empêcher l’éclosion ainsi que le renforcement de la société civile. Cet acte est sans doute l’oeuvre des ennemis de la démocratie, de la paix et de la sécurité, dont l’objectif est d’effrayer tous ceux qui luttent chaque jour pour la défense des valeurs républicaines.

Nous voulons ici apporter à la société civile, dans son ensemble, notre réconfort en même temps que l’encourager à poursuivre le noble combat du défunt jusqu’à l’émergence d’un véritable Etat de Droit dans notre pays.

 

5. A la suite de la déclaration du Procureur Général de la République fondée sur le résultat de l’enquête partielle menée par ses services et selon laquelle la mort de Monsieur Floribert Chebeya est un meurtre avéré, je pense que le moment est venu pour prendre position par rapport à ce drame afin de fixer l’opinion tant nationale qu’internationale

5.1       Les crimes similaires ont été commis dans notre pays sans que les différentes enquêtes diligentées par le gouvernement n’établissent de  façon claire leurs auteurs et leurs motivations.

 

Pour ne pas les citer tous, il s’agit notamment des assassinats de(s) :

 

– Archevêques Munzihirwa, Kataliko, Charles Mboga ;

– Monsieur l’Abbé CHIZIMIA, curé de la paroisse de Kabare ;

– La soeur Denise du séminaire de Murhesa (Bukavu);

– Monsieur Mpozi, Notable du Sud Kivu ;

– Monsieur Pascal Kabungulu de l’ONG « Héritiers de la justice » ;

– l’Honorable Daniel Botheti, élu de la ville de Kinshasa et Vice-Président de l’Assemblée Provinciale de Kinshasa;

– Journalistes Franck Ngikye, Serge Maheshe, Didace Namujimbo, Bapuwa Mwamba, Koko Chirhambiza et d’autres citoyens responsables d’entreprises et anonymes tels que Monsieur Faustin Kahegeshe, Directeur Général de la Sucrière de Kiliba, ainsi que deux enfants Didi Kissa (12 ans) et Denis Bengehya (9 ans), tués en provenance d’un enterrement à Walungu;

   

5.2. A ces causes, est impérative, la mise en place d’une commission d’enquête véritablement indépendante composée des experts nationaux et internationaux pour élucider les circonstances de ce meurtre odieux reconnu par le Procureur Général de la République.

 

5.3. Le gouvernement a intérêt à accepter cette enquête internationale pour des raisons ci-après :

 

– Etant donné qu’un officier de la police nationale a reconnu les faits, le gouvernement,  en poursuivant seul l’enquête serait juge et partie parce que son service de la protection des personnes et de leurs biens est mis en cause au niveau le plus élevé;

 

– l’histoire se répétant, le gouvernement doit éviter que la situation du genre de  massacre des étudiants de Lubumbashi dénommé Lititi Mboka pour laquelle le flou subsiste jusqu’à ce jour, ne se reproduise. En repoussant l’enquête internationale réclamée par la Communauté Internationale, le gouvernement de l’époque qui pourtant n’avait pas, semble-t-il, grand-chose à cacher, s’était attiré la foudre des grandes puissances dont les conséquences se font encore sentir aujourd’hui;

 

– une enquête internationale s’impose  parce qu’il devient de plus en  plus suspect de constater qu’un flou persiste sur des faits aussi graves qui se sont déroulés dans la Capitale nationale depuis maintenant 20 jours. La famille ainsi que l’opinion nationale ne sont même pas fixées sur la disparition du chauffeur Bazana, qui a conduit Mr Chebeya au poste de la Police nationale.

 

6. Enfin, je voudrais saisir cette occasion pour formuler une demande expresse au Président de la République, Chef de l’Etat et Garant de la Nation. C’est celle d’ordonner, dans le cadre de la commémoration du cinquantenaire et ce, conformément à ses prérogatives constitutionnelles,   la relaxation, la libération de tous les prisonniers d’opinion notamment le Pasteur Kuthino Fernando, Monsieur Gabriel Mokia et autres. D’ordonner aussi la relaxation de l’honorable Martin Mukonkole dont les faits, en considération de sa qualité d’élu du peuple, ne justifient pas sa détention comme un vulgaire criminel récidiviste.

 

En puisant ainsi dans la hauteur de ses fonctions, le Président de la République créerait la détente nécessaire à la célébration du cinquantenaire de l’indépendance de notre cher et beau pays.

Je voudrais plaider aussi pour la sécurisation de la population  de Butembo où il ne se passe plus de semaine sans que l’on déplore des assassinats apparemment ciblés. Tel est aussi le cas des populations du Nord Est de la Province Orientale, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu actuellement livrées à la folie meurtrière des groupes armés.

Le cinquantenaire est un grand rendez-vous du peuple congolais avec son histoire. Il appelle, au-delà des festivités, à une méditation profonde pour toute la classe politique sur ce qui a été fait durant les  50 années écoulées et ce qui sera fait dans l’avenir. C’est un grand moment de rupture avec les méthodes et l’ordre anciens, un moment où les discours doivent céder la place aux actes, notamment une gestion transparente, une solidarité nationale agissante et une justice pour tous.

 

Enfin, le cinquantenaire est aussi un grand moment de prière, de communion et de réconciliation nationale. Nous prions Dieu le miséricordieux pour l’avènement d’un nouveau Congo, un Congo de justice et de paix,  un Congo où enfin les dirigeants au pouvoir, toute la classe politique et l’élite seront au service du peuple et non pas l’inverse.

 

Le 20 juin 2010

Honorable Vital Kamerhe,

Député National

 

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