En Afrique, les Etats sont des prisons pour les peuples

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A l’heure où les droits de l’homme sont assimilés à un code de bonne conduite, des nations civilisées, très rares, sont les états qui souhaitent se singulariser par la barbarie des dictatures sous n’importe quelle forme. Formellement, les Etats africains, normaux, ont voté en faveur des normes internationales, tout en sachant bien que leurs propres normes nationales ne sont pas conformes à celles-ci. C’est, nous semble-il, dans ce contexte que la Charte africaine des Droits de l’homme et des peuple a été adoptée par l’Organisation de l’unité africaine en juin 1981 à Nairobi au Kenya.

 

Paradoxes !  

         Mais, au-delà des étapes qui ont conduit à l’élaboration de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, des voix se sont levées, peu à peu pour s’indigner de l’absence de référence directe aux problèmes de la protection des droits de l’homme dans la Charte de l’OUA. A ce sujet, Julius Nyerere de la Tanzanie avait estimé que l’OUA était devenue « n syndicat des chefs d’Etats». En 1980, Hocine Ait Ahmed, l’un des neuf chefs « historiques» de la guerre d’Algérie, avait dénoncé «les techniques totalitaires tragi-comiques des caudillos, en tant que points d’encrage de l’afro-fascisme qui reproduit des modèles bonapartistes sous-développés d’une grande variété…». Le livre de cet auteur s’intitule «l’afro-fascisme, les droits de l’homme dans la Charte et la pratique de l’OUA».

         Dès 1979, l’OUA avait estimé qu’elle ne devait plus laisser le monopole de la dénonciation des violations des droits de l’homme à des ONG et des personnalités prises individuellement. Pour Eden Kodjo, le secrétaire Général de l’OUA, « Il n’y a ni développement, ni stabilité politique possible si les droits individuels et collectifs sont marginalisés, si les libertés fondamentales – qui vont de pair avec la justice et la solidarité – ne sont pas prises en considération» (voir à ce sujet les conclusions du colloque sur « les perspectives du développement de l’Afrique à l’horizon 2000 », (discours de clôture d’Eden Kodjo dans Afrique 2000). Ce sera le début du processus qui mènera à l’adoption de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples en 1981. De 1960, l’année des indépendances africaines, à nos jours, rares sont les Etats où on n’enregistre pas des cas de violations multiples des droits de l’homme. En principe, toutes les constitutions africaines consacrent, de façon plus ou moins large, les droits et les libertés des citoyens et prévoient généralement les moyens juridiques propres à en assurer le respect. Cependant, la mise en œuvre des principes constitutionnels est contrariée par un certain nombre de facteurs défavorables à l’épanouissement, et même à l’existence de ces droits et libertés.

         Aujourd’hui partout, les Africains et l’Afrique revendiquent simplement et d’une manière élémentaire mais essentielle leur liberté et leur dignité. L’écrivain ivoirien Ahmadou Kourouna résume ainsi le vécu de l’Afrique indépendante : « nous attendaient le long de notre dur chemin les indépendances politiques, les pères de la nation… puis les autres mythes : la lutte pour l’unité nationale, pour le développement, le socialisme, la paix, l’autosuffisance alimentaire. Des slogans qui, à force d’être galvaudés, nous ont rendus sceptiques, pelés, demi-sourd, demi-aveugles, aphone, bref plus nègres que nous ne l’étions avant et avec eux ».  La non protection des peuples handicape l’efficacité de la gestion des ressources humaines sans laquelle la création des conditions d’une harmonie dans les relations  sociales et politiques entre individus est impossible.

Devant les guerres africaines : une OUA/A.U incapable

         Oui, que partagent des millions d’Africains dans un contexte effroyable des guerres qui durent depuis de l’aube de la décolonisation jusqu’à nos jours ? Selon une typologie admise, les conflits africains qui firent plusieurs millions de morts et des millions de déplacés, eurent trois grandes formes. Les uns furent limités à un pays et opposèrent certaines ethnies entre elles et les voisins. Ces genres de conflits se déroulent souvent en « vase clos » avec des conséquences chez les voisins. Ce fut le cas de la guerre du Biafra (juillet 1967- janvier 1970, des guerres du Congo-RDC entre 1960 et 1964, de celles de l’Ouganda ( 1979-1986), du conflit du sud-Soudan (1955 aux années 2000), de ceux du Liberia (1989-2003), de Sierra Léone (1991-2002), du Congo-Brazzaville dans les années 1990, du Burundi ( de 1965 à 2005), du Rwanda (1990-1994), du Kivu-RDC (depuis 1996) et de celui de la Somalie, depuis les années 1970. Entre dans ce cadre les guerres du Katanga en sécession.

         Les autres conflits ont impliqué plusieurs pays : guerres du Tchad (Tchad, Soudan, Libye, France), Angola après 1975 (Afrique du Sud, Angola, Cuba et pacte de Varsovie), guerres du Zaïre-RDC (Ouganda, Rwanda, Burundi, Zimbabwe, Namibie, Angola, Tchad). Dans la dernière catégorie on classe Ethiopie – Somalie (1970), Tanzanie-Ouganda (1978-1979), Mali-Burkina Faso (1985), Ethiopie, Erythrée (1998-2000).

         A part tous ces conflits, l’Afrique, à partir des années 1990 a connu de nouveaux conflits souvent sous forme de résurgence d’anciennes oppositions ethniques. On peut citer les cas du Rwanda, du Burundi du Kenya, de l’Ethiopie, de Djibouti, du Tchad, de l’Ouganda, de la RD Congo, de la Zambie, de l’Angola, du Congo-Brazzaville, du Cameroun, du Nigéria, du Liberia, de Sierra Leone, de Guinée-Bissau, de la Côte d’Ivoire. «L’Afrique des peuples est revenue en force, se réveillant d’un sommeil artificiel qui avait interrompu le déroulé de sa longue histoire. Avec une nouveauté cependant :    les espaces sont désormais bornés par un maquillage frontalier emprisonnant les peuples en leur interdisant tout développement territorial, toute expansion.

                   Pendant ce temps, l’OUA, cette Organisation de l’Unité Africaine, née le 25 mai 1963 à Addis-abeba, été sabordée à Durban le 08 juillet 2002 avant d’être transformée en UA, Unité Africaine. Et la première formule qui fut cartel des chefs d’Etat africains (des Princes ») et devenue « syndicats» de ceux-ci, et la deuxième formule, fille de la première n’ont réglé aucun problème du continent. Ils n’ont été  en mesure, ni de prévenir, ni de traiter des conflits qui l’ont déchiré.

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