Emilienne Efinda : « Le peuple Congolais doit connaitre son passé pour que l’histoire ne se répète plus »

0
63

Il appartient à chaque peuple de connaître son passé réel pour ne pas compromettre son avenir. C’est dans ce cadre que l’ONG « Mémoire et dignité du Congo», tente de retracer la vraie histoire de la RDC car selon elle, plusieurs événements ont été gardés secrets par nos colonisateurs. Emilienne Efinda, qui préside ladite association, nous en dit plus. 

Le Phare : Au lendemain du cinquantième anniversaire de l’indépendance de la RDC, avec vos amis syndicalistes, vous avez créé l’association « Mémoire et dignité du Congo ». Quel est le but poursuivi par votre ONG ?

Emilienne Efinda : Comme le nom l’indique, « Mémoire et dignité du congo » nous renvoie à la connaissance de notre histoire et au recouvrement de notre dignité perdue. C’est ainsi qu’ensemble avec la Nouvelle Société Civile Congolaise, nous menons des actions dans ce sens, en organisant des activités aux cours desquelles nous parlons de l’histoire de notre pays et de ses cultures, afin que le peuple Congolais prenne conscience de son état actuel ainsi que de sa vraie histoire du passé.

Qu’entendez-vous exactement par « dignité perdue » ?

Je pense que nous savons tous que l’histoire qu’on a appri jusque-là de la RDC est un peu truquée car ce n’est pas ça la vraie version de l’histoire. Personnellement, ce n’est que depuis 5 ans que j’ai découvert l’histoire authentique de mon pays, lorsque j’ai écrit le livre « Grand lac sur les routes malgré nous ». Dans ce livre, je retrace notre fuite de Bukavu jusqu’à la prise de Kinshasa par l’AFDL. A l’avant de mon livre, j’avais fait un petit résumé de notre histoire en disant que le Congo, c’est l’ancien Congo Belge (à partir de 1960). C’est après que mon frère me dira que l’histoire du Congo remonte avant 60 et que je devais mener des recherches approfondies, me documenter pour découvrir ce qui s’est réellement passé. C’est après avoir lu des livres et fait toutes ces recherches que je découvrirai avec douleur l’histoire de mon pays. J’ai alors compris que nous sommes le fruit de la colonisation, puisqu’elle avait fait de nous ce qu’elle voulait. Nous n’avions aucun souci et nous ne nous posions pas de question pour savoir exactement  comment notre pays était devenu indépendant ni comment il a été colonisé.

Actuellement, la Belgique a accepté de tout mettre à la disposition des historiens. Il y a deux ans de cela d’ailleurs, le centre Wallonie Bruxelles a projeté des films à ce sujet en trois séances. Dans ces films, on a retracé l’histoire du Congo depuis l’époque de l’EIC avec Léopold II et du Congo belge. Et on a tout montré (travaux forcés, mains coupées, etc.). Et c’est à cette occasion que j’ai appris l’histoire du premier agronome congolais, Panda Farnana, qui est mort dans des circonstances non élucidées parce qu’il voulait défendre la cause des siens.  Malheureusement, nous même nous ne nous sommes même pas intéressé à ça. Nous ignorons beaucoup sur notre partie, pourtant beaucoup de gens ont versé leur sang pour elle ou par elle. Toujours dans ma documentation, j’ai lu un certain nombre de livres tels que « Nouvelle histoire du Congo » du professeur Ndaywel, « Nouvelle histoire Belgique-Congo », d’un professeur belge de l’université Flamande de Bruxelles, etc. Ces auteurs parlent de « nouvelle histoire » parce qu’il y a beaucoup de choses qui sont restées secrètes par rapport à l’ancienne version de l’histoire. Un autre Belge a écrit que dans l’espace de 100 ans, chaque fois que le monde a cherché une matière première, c’est au Congo qu’on la retrouvait. Avec l’industrialisation et la découverte du pneu, c’est au Congo qu’on a trouvé le caoutchouc. Et avec l’informatique, c’est encore au Congo qu’on a trouvé le Coltan. A la lumière de ce qui précède, je peu donc vous affirmer que la documentation à laquelle j’ai recouru est bien authentique, car les mêmes faits sont repris par d’autres auteurs.

Comment faites-vous pour restituer à la population et particulièrement à la jeunesse congolaise les résultats de vos recherches ?

 En dehors des activités de conscientisation que nous organisons dans les universités à l’intention de la jeunesse, nous comptons commencer bientôt des actions de lobbying  pour influencer les autorités à revisiter le programme de l’enseignement. Car nous estimons que l’enseignement est la meilleure façon pour nous d’apprendre et de connaitre l’histoire exacte de notre pays et même pour tout le reste.

Ne pensez-vous pas que le désintéressement à la lecture est l’une des causes de l’ignorance du peuple congolais de son histoire ?

Les Congolais n’ont pas cette culture parce qu’on ne leur a pas inculqué cet esprit dès leur bas-âge. Mais il y a aussi la misère ou le faible gain de la population qui ne lui permet pas de se procurer un journal ou un livre. C’est ce qui fait qu’elle n’a pas le temps de lire parce qu’elle doit se rechercher et trouver de quoi se nourrir.

Perside Diawaku et

Myriam iragi

LEAVE A REPLY

*