Electrification de Tshela : les précisions de Joseph Mabanga

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La population de la cité de Tshela, dans le district du Bas-Fleuve, au Bas-Congo, a salué le 19 juin 2010 « l’invasion » de ses habitations, terrasses, boutiques, magasins et boulangeries par l’électricité venue tout droit du barrage hydro-électrique d’Inga. Situé à 200 km à peine de là, cet ouvrage a privé les Tshelois de ses « faveurs » pendant 36 ans. La « victoire » ayant toujours une multitude de parrains, un fils du terroir, du nom de Joseph Mabanga Phuati, opérateur économique de son état et acteur politique de l’opposition, a résolu de replacer les faits dans leur vrai contexte. 
 Dans l’interview qu’il a accordée au Phare, il retrace le « parcours de combattant » allant de la conception du projet à sa matérialisation.

Le Phare : A quand remonte le projet d’électrification de Tshela ?
Joseph Mabanga Phuati : Le projet remonte à juin 2007. C’est à cette date que je suis allé soumettre au gouverneur du Bas-Congo, Simon Floribert Mbatshi Batshia, le projet d’électrification de Tshela. Pour cela, j’avais en mains les études de faisabilité réalisées par la Snel (Société Nationale d’Electricité). L’autorité provinciale y a souscrit mais m’a recommandé d’attendre 2008.

 

L.P. : Comment avez-vous atterri dans un dossier déjà inscrit dans le programme d’électrification au Bas-Congo ?
J.M.P. : C’est un résidant de Tshela, un certain Tsenda, qui m’avait mis la puce à l’oreille en me remettant 4 feuillets des études de faisabilité menées par la Snel. Le monsieur était impressionné par le combat que j’avais mené contre l’ancien Administrateur de Territoire de Tshela qui maltraitant ses administrés, dans un silence complice des élus du coin.
 Il y avait aussi ma lutte pour contraindre la Scam a rétrocéder aux ayants droit coutumier les forêts dont elle détenait les titres de propriété depuis le 9 janvier 1913, en violation du Code Foncier. L’homme a trouvé en moi la personne idéale pour mener à bon port le projet d’électrification de Tshela. J’ai relevé le défi, avec le concours du gouvernement provincial. 

L.P. : Peut-on connaître le coût du projet et l’origine du financement ?
J.M.P. : Selon les études de faisabilité, le coût du projet s’élevait à 2.551.500 USD (achat du matériel électrique), sans compter les poteaux, la main-d’œuvre, percées, etc.
 Lors de ma première rencontre avec le gouverneur de province, je lui ai proposé de choisir ce qu’il pensait pouvoir financer. Ainsi, il a opté pour les câbles, à hauteur de 1.600.000 USD (évaluation de 2007), puis 1.800.000 USD (selon les études de faisabilité de la Snel actualisées en mars 2008).
 Ce qui fait que la différence entre 2.551.500 US et 1.600.000 USD à payer après la fabrication du matériel était à considérer comme ma contribution à moi au financement du projet, à laquelle il convient d’ajouter, comme coût du fret, 78.306,50 USD et comme coût additionnel du matériel, la somme de 127.352 USD, selon la correspondance ADT/CER/2008/000 2767 du 19 septembre 2008 de la Snel.
 Je vous signale que les écrous et rondelles M.18 sont passés de 30.000 à 32.000 pièces ; les isolateurs 36 KV de 2.100 à 3.000 pièces ; les isolateurs rigides changés en isolateurs rigides avec tiges de fixation de 2.400 à 5.000 pièces. Il faut compter aussi l’assurance fixée à 1.275 USD. Concrètement, j’ai dû supporter 951.500 USD représentant la différence entre le coût d’achat du matériel (2.551.500 USD) et la participation de la province (1.600.000 USD), plus 127.552 USD représentant le coût additionnel du matériel), 78.306,50 USD pour le fret maritime de 11 containers de 40 pieds, 1.275 USD et 354.928,00 USD d’intérêts liés aux retards de paiement par la province du Bas-Congo des frais de stockage du matériels au port d’Anvers, soit au total 1.513.261,50 USD.

Telle est la hauteur chiffrée de ma participation :

Devis à exécuter

1/ Cornières galvanisées :
80 x 8 mm : 7200 m (1200 pièces)
60 x 6 mm : 4200 m (700 pièces).
2/ Toge fileté M18 x 2000 mm : 1.500 pièces
3/ Ecran et rondelle M18 : 32.000 pièces
4/ Boulon, écrou et rondelle : 4.800 pièces
5/ Isolateur 36 KV
Chaîne d’encrage complète : 3.000 pièces
Rigide avec tige de fixation  : 5000 pièces
6/ Conducteur cuivre nu 35² 200 km.
 Quant à savoir où j’ai pu trouver les fonds, je vous apprends que je suis en partenariat avec la firme belge « Phil câbles » et que ma société, L.I.C. (Liaison Internationale Corporation) est fournisseur agréé de la Snel depuis 7 ans

L.P. : Quelles sont les difficultés rencontrées ?
J.M.P. : J’étais combattu par Mr Longo Ki Mbenza nuit et jour qui est un élu national et deux élus provinciaux de Tshela, avec leurs suppléants. Leurs lettres contre ma personne, datées du 4 avril 2008 et du 18 mai 2009, sous les signatures de Mme Pemba  Muaka et M. Bavula, en complicité avec un certain Poto, en font foi. Mais, je leur accorde d’ores et déjà mon pardon car ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient contre moi et contre la population de Tshela. Tout ce que je leur demande, c’est de cesser d’instrumentaliser les services secrets après que j’ai fait du bien et ce dans le but de nous permettre de participer à l’inauguration de ce projet, qui m’a pris 3 ans de lutte, d’énergie et de sacrifices financier et physique.  Qu’ils cessent la désinformation à travers certains pasteurs, à la recherche du gain facile et à utiliser une fausse Société civile de Tshela dirigée par Rock Ngoma Makaya qui a aussi trompé l’opinion sur Radio Okapi.
 Je ne puis oublier le fait qu’après mon premier contact avec le gouverneur Mbatshi en 2007, il a fallu trois semaines pour obtenir le premier rendez-vous. Finalement, notre première entrevue a eu lieu une nuit vers 00h30’. Je salue la disponibilité de l’autorité provinciale, son patriotisme pour les causes nobles et justes. Je déplore aussi le temps mort créé par les ennemis du projet entre la transmission du rapport de notre rencontre avec l’ADG Yengo de la Snel le 9 février 2008 (voir Ordre de mission collectif n°090/BIS/CAB/Gouv./BC/0139/2008) en ma qualité de partenaire et la signature de la correspondance demandant l’autorisation de fabrication du matériel à la Snel du 26-08-2008 (voir lettre n°090/BIS/CAB/Gouv/BC/0843/2008 du 21 août 2008). Il s’est passé donc 6 mois parce que l’on m’empêchait de pouvoir joindre le gouverneur du Bas-Congo par le ennemis du projet. Mais, hélas, Dieu a fini par me faire ouvrir sa porte.

L.P. : Quels sont vos projets d’avenir ?
J.M.P. : Nous envisageons avec mon partenaire « Philcâbles » et moi, L.I.C., d’installer deux usines ultra-modernes à Tshela de transformation des produits locaux, différents de celles de production des minerais. Grâce à mes partenaires belges de «Philcâbles», avec lesquels je travaille voici 7 ans, il n’y a aucun doute à ce sujet.
 Le calendrier de ces nouveaux projets sera communiqué à la presse en temps opportun. Il  n’est pas normal que la population de Tshela ait été contrainte d’attendre 36 ans avant d’avoir du courant alors que Inga est implanté au Bas-Fleuve depuis 1974.
 Et je suis disposé à conclure des partenariats avec n’importe quelle province du pays, et même avec le gouvernement central, si cet exploit, entendez l’électrification de Tshela, peut leur servir d’exemple. Avec un peu de volonté, et de patriotisme, nous pouvons faire beaucoup pour notre cher et beau pays. Je rappelle que la province du Bas-Congo n’a sorti les fonds qu’après que tous les matériels commandés par moi aient été mis en contenairs, après vérification par Bivac.
 Je ne peux terminer sans saluer le patriotisme du gouverneur Mbatshi et son souci de développer sa province. Je pense que s’il avait eu les moyens financiers qu’avaient ses prédécesseurs, lesquels n’avaient ni charges des ministres, ni des députés, il allait réaliser beaucoup de projets de ce genre. Que l’ancien Conseiller financier Photo du gouverneur Tsasa qui est de Tshela, cesse la désinformation au sujet de ce projet, car s’il était patriote comme moi, il aurait déjà fait faire ce que nous venons de réaliser maintenant. Lui et ses acolytes, messieurs Bavula et Longo ainsi que Mme Pemba, ont été aussi aux côtés des gouverneurs qui avaient géré sans charges, mais qui n’ont pas pu songer à un tel projet. A mon frère de Tshela, l’ADG de la RVM, Tata Mbuinga, ancien ministre et ancien haut cadre au Fonds Social, je demande qu’il me jette des fleurs car ce projet pouvait être réalisé par d’autres frères de Tshela qui sont au Sénat et au gouvernement. Je demande à celui-ci d’inscrire à l’exercice budgétaire 2011 des crédits pouvant amener le courant d’Inga aux 8 secteurs de Tshela (Maduda, Nzobe Luzi, Luangu, etc.), sans oublier les hôpitaux de Kinkonzi, Kizu, etc… au lieu d’intoxiquer la population car ce genre de méthodes ont retardé le progrès de Tshela. Qu’on cesse de me combattre pour des actions dont les principaux bénéficiaires sont les fils et filles du Bas-Fleuve et de toute la RDC. 
 Je tiens à souligner, avec force que je n’ai jamais travaillé dans une institution publique. Je n’ai jamais exercé la fonction d’un simple chef de quartier. J’ai participé à la matérialisation du projet d’électrification de Tshela grâce à mon carnet d’adresses. Je l’ai fait par patriotisme, dans l’intérêt du Congo et de mes frères et sœurs congolais.

Propos recueillis par Kimpozo Mayala

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