Elections en RDC : à quel jeu joue l’UA ?

1
297

Le récent séjour du président de la Commission de l’Union Africaine, Moussa Fakir, à Kinshasa, du 29 septembre au 01 octobre 2017, a ravivé la tension entre la Majorité Présidentielle et le Rassemblement des Forces Politiques et Sociales Acquises au Changement, en raison de son alignement à la thèse de la Commission Electorale Nationale
Indépendante (CENI), consacrant l’impossibilité de tenir les élections d’ici le 31 décembre 2017, comme consigné dans l’Accord de la Saint Sylvestre. Cette position, on s’en souvient, a été saluée avec chaleur du côté de la famille politique du Chef de l’Etat, et terriblement boudée dans les rangs de l’Opposition réunie sous la bannière du tandem Félix Tshisekedi-Pierre Lumbi.

Mais à la lecture du communiqué diffusé hier mardi 02 octobre à
partir d’Addis-Abeba par le service de communication de l’Union
Africaine, dont une copie est parvenue au journal Le Phare, les
observateurs sont troublés par  le double langage de cette
organisation continentale. En effet, le président de la Commission de
l’Union Africaine est d’une part d’accord avec la CENI qu’il n’est pas
possible d’organiser un quelconque scrutin dans le délai prescrit dans
l’Accord du 31 décembre 2016 et, d’autre part, lui demande de publier
un calendrier électoral à brève échéance, sans autre précision.
Cette demande parait d’autant suspecte que l’UA n’ignore pas que la
CENI dispose, entre ses mains, de plusieurs cartes pour un glissement
de calendrier électoral, à savoir, à commencer par l’enrôlement. Comme
on le sait, celui-ci ne pourrait pas être bouclé avant fin décembre
2017 pour le Kasai, le Kasaï Central et quelques territoires du
Lomami. Une fois cette étape franchie, il faudrait attendre l’examen
et le vote, au niveau des deux chambres du Parlement, de la loi
organique portant création, organisation et fonctionnement du Conseil
National de Suivi de l’Accord de la Saint Sylvestre, de la loi
électorale actualisée ainsi que de la nouvelle loi portant répartition
des sièges dans les circonscriptions électorales. Et comme l’Assemblée
Nationale et le Sénat ne semblent pas pressés de se mettre au travail,
on ne serait pas entonné de voir certains textes renvoyés à la session
de mars 2018 et, pourquoi pas, septembre de la même année, au vu des
manœuvres dilatoires alliant questions orales et écrites, motions et
autres suspensions des plénières.
La seconde carte du glissement se trouve être le budget 2018. Inscrit
à l’ordre du jour de la session en cours, il ne pourrait être voté,
comme d’habitude, que vers fin décembre et promulgué vers mars 2018.
S’agissant de la situation sécuritaire, les bruits de bottes qui se
font entendre à l’Est du pays n’augurent rien de bon pour le processus
électoral, qui peut être bloqué brutalement par une rébellion ou une
guerre instrumentalisée par un Etat voisin. D’où, en adhérant à la
thèse du glissement, l’UA laisse à Kinshasa la latitude d’organiser
les élections quand cela lui plaira ou de plonger le pays dans une
éternelle impasse électorale.
En tous les cas, les ingrédients du sabotage du processus sont
réunis. Et l’ONU n’a pas tort de s’inquiéter des risques d’implosion
du pays.
Kimp

1 COMMENT

Comments are closed.