Elections en RD Congo : oui… mais dans le cadre d’une transition sans Kabila !

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Nous sommes en octobre 2017. En principe, il ne nous reste plus que le mois de novembre avant les élections de décembre 2017 volontairement rendues hypothétiques, refusées au peuple congolais par un régime dont les animateurs continuent à refuser toute alternance
constitutionnelle. C’est un secret de polichinelle. Le temps qui reste pour l’organisation des élections en décembre 2017 est trop court pour continuer à rêver. Et d’ailleurs, la CENI annonce clairement les couleurs : « élections en avril 2019 » ! Sans doute que l’enrôlement
des enfants de 16 ans était un prélude annonciateur de cette date lointaine et hypothétique !
A ce stade, deux questions me viennent à l’esprit : comment en
sommes-nous arrivés là et que se passera-t-il sans les élections de
décembre 2017?

1. Les stratagèmes du glissement et du refus de l’alternance pacifique
du pouvoir
Sans les énumérer tous, il s’agit des événements et actions qui ont
astucieusement conduit au blocage actuel ou mieux à la matérialisation
de la volonté des dirigeants de se maintenir au pouvoir. Parmi
ceux-ci, nous citerons successivement :
* 2015 avec l’audacieuse tentative de révision de la Constitution afin
de permettre un troisième mandat officiel à l’actuel Président de la
République.
* La maladroite tentative de révision de la loi électorale
introduisant le recensement de la population comme préalable à
l’organisation des élections avec pour conséquences les tragiques
événements du 19, 20 et 21 janvier 2015 et l’éphémère existence de
l’ONIP.
* La CENI et la proposition d’un calendrier électoral global reprenant
le cycle électoral à partir des élections locales, municipales et
urbaines. La CENI publie un calendrier « Ponce Pilate » avec des
préalables logistiques, politiques et financiers qui, manifestement,
ne sont pas réalisables dans le contexte temporel des prochaines
élections. La CENI propose un séquençage astucieux dont le but n’est
autre que de conduire à un glissement significatif et à la
prolongation du mandat du Président actuel.
* Le démembrement des provinces ou mieux l’éclatement des provinces du
pays pour passer de 11 à 26 provinces. Cette fragmentation donnera
naissance à une nouvelle cartographie électorale qui permettra, ipso
facto, « le glissement » si l’on démarre les prochains scrutins par
les élections locales et provinciales.
* Le « Dialogue » de la cité de l’OUA qui accouchera du gouvernement
Badibanga de triste mémoire. Une grande manœuvre où s’entremêleront
des volontés multiples non seulement pour garder le pouvoir (sic
ténors du régime) ; mais aussi de sauvegarde du système néocolonial en
péril à cause de la réticence des dirigeants actuels de comprendre que
le système était plus important que leurs simples personnes
* Le « Dialogue » de la CENC0, lorsque les Princes de l’Eglise
catholique viennent à la rescousse du régime et évitent le carton
rouge du 19 décembre 2016 pour, en toute naïveté si pas complicité, se
mettre au service du processus du glissement et donner un temps de
répit au régime et surtout sauver le système néocolonial commanditaire
de ces négociations qui a une peur bleue d’un soulèvement populaire
qui le mettrait à nu. Comme hier, fondant son action sur la naïveté
des acteurs politiques congolais, le triangle de la néo-colonisation
du pays et de l’asservissement de notre peuple monte au créneau avec
la coalition plus que jamais visible du fusil, de l’argent et de la
bible.
* L’opération machiavélique d’intensification des conflits armés à
travers le pays ( Kivu, Maniema, Kasai, Kongo Central, Katanga, Beni,
Butembo, Haut Uele et Bas Uele  avec les Bororo, Ituri, Uvira, Panzi,
etc… ).
* La CENI et l’enrôlement fantaisiste des électeurs sans calendrier
électoral et avec des sous-estimations de l’électorat dans certaines
parties du pays.
* La relance de la volonté des dirigeants d’aller au référendum
imitant d’autres Présidents de la Sous-Région comme ceux du
Congo-Brazzaville, Rwanda et Burundi.
* Le refus de manifester publiquement la volonté de briguer un
troisième mandat dans le chef de Kabila.
* L’introduction du vote semi-électronique, nouvelle trouvaille de la
CENI dans les élucubrations quotidiennes qui alimentent un processus
électoral tordu auquel croient seuls les nombreux maffieux
spécialistes des questions électorales, nationaux et internationaux,
qui ont transformé les différents processus électoraux de la RD Congo
en sources d’enrichissement.
* L’embarras de la communauté internationale qui met l’eau à la bouche
lorsque l’on parle d’une transition sans Kabila avec un leadership
différent du leadership léopoldien au comportement mafieux, tordu et
aventurier.
* L’attitude indécise de cette même communauté internationale qui,
visiblement, ne s’en tient plus au mois de décembre 2017 après avoir
crié haut et fort son attachement à l’Accord de la Saint Sylvestre et
juré d’accompagner notre peuple dans sa volonté d’aller aux élections
à date.
* Les nombreuses et non surprenantes prises de positions fantaisistes
et complices de l’OIF, de l’UA et de la SADC sur le processus
électoral en cours.
Au regard de ce qui précède, il y a lieu de faire les constats ci-après :

• Pour le régime
* Pas d’élections en 2017: ce chant est étrangement repris par des
partenaires intéressés au statu quo politique en RDC comme la SADC,
l’UA et l’OIF.
* Elections reportées sine die pour des raisons techniques,
logistiques et autres. C’est le sempiternel refrain de la CENI et de
la majorité au pouvoir.
* Deux préalables majeurs pour avoir des élections. Des non-dits qui parlent:
* Référendum et révision de la constitution afin de permettre un
troisième mandat au Président actuel.
* Elections si et seulement si l’actuel Président peut se représenter.
* Silence autour de la volonté de renoncer à briguer un troisième
mandat de la part de Kabila.

• Pour le peuple congolais
* Le constat est amer. Les élections en décembre 2017 sont une
illusion, car nous sommes déjà en octobre 2017, à deux mois de
l’échéance de décembre 2017. Ni la CENI, ni les gouvernements qui se
succèdent ; ni Kabila lui-même, ne manifestent la volonté d’aller aux
élections en dépit des discours qui se veulent rassurants quant à la
tenue prochaine  ou imminente des élections.  Qu’on se le dise :
Kabila n’organisera pas d’élections ni fin décembre 2017 ni même en
avril 2019.
* A l’heure actuelle, tous ceux d’ici comme de l’extérieur qui
insistent pour l’organisation de l’élection présidentielle sur fond de
l’actuel fichier électoral tronqué ne visent qu’à changer de «
chauffeur » tout en gardant le « vieux véhicule » afin de sauver le
système odieux d’exploitation de ce pays ; un système qui n’offre
aucune perspective de bonheur ni de bien-être à notre peuple.
* Pour le peuple qui désire changer et de « chauffeur » et de «
véhicule », il n’y a pas d’autre choix si ce n’est que celui de mettre
fin au régime militaire actuel et à toutes ces institutions
animatrices d’une démocratie de façade qui ne repose pas sur une
culture démocratique faite de valeurs comme la liberté, la justice
distributive, l’accès à l’information, l’égalité, etc.
* Pour le peuple, le danger, c’est de se laisser endormir par des
dirigeants et une frange de la communauté internationale qui ne
comptent que sur la lassitude du peuple congolais. Avec une opposition
démembrée et affaiblie par ses dissensions internes, sans leadership
mobilisateur, torturé par le quotidien, le peuple finira,
espèrent-ils, par se fatiguer et abandonnera le combat pour
l’alternance. Au peuple congolais de prouver le contraire. Tel est le
défi aujourd’hui !

• Quelle alternative pour le peuple ?
Il n’y a pas deux alternatives actuellement. Comme hier, du temps de
Mobutu, le peuple se trouve en face d’une dictature. Il faut cesser de
croire que nous sommes en face d’un régime démocratique avec lequel il
faut négocier pour trouver des solutions qui iront dans le sens du
respect de la Constitution ni de  « l’Accord de la Saint Sylvestre ».
Le peuple n’a plus de choix. Il doit se mobiliser pour se débarrasser
de la présente dictature, dans la non violence comme les autres
peuples du monde le font dans leur combat pour la démocratie, un
combat noble et plein de sacrifices en vies humaines. C’est seulement
lorsqu’on se sera débarrassé de cette dictature et de ceux qui
l’animent que nous pourrons songer à :
* L’organisation d’une transition sans les acteurs du régime actuel.
* La mise en veilleuse des institutions parlementaires et
gouvernementales à tous les niveaux (national et provincial).
* Retour aux 11 provinces traditionnelles pour une cartographie
électorale fiable et plus facile à gérer.
* La transition animée par un acteur de la société civile, un
technocrate éthiquement fort et reconnu de tous. Il organisera les
élections et acceptera de ne pas être candidat. Ce schéma tracé par
les mouvements citoyens avec le Manifeste « Esiili » ; adopté par les
intellectuels congolais dans leur manifeste ; porté par la CENCO à
travers son message au peuple souffrant du Congo ; a le soutien des
politiciens avertis toutes tendances confondues ; fait son chemin en
Occident, aux USA, en Afrique et dans la sous-région parmi les humains
conscients du génocide qui se déroule sous leurs yeux et que seuls des
intérêts égoïstes empêchent de voir.
Finalement, ce schéma attend une adhésion populaire qui est, certes,
en route et se matérialisera le 19 décembre 2017 lorsque le peuple
brandira le carton rouge lui légué en héritage comme une lourde
responsabilité. Cette mobilisation n’attendra pas un mot d’ordre d’un
leader quelconque. Elle sera l’œuvre d’une volonté commune construite
par ces années de souffrance partagée et de refus de toute nouvelle
forme d’esclavage. Comme les Pères de l’indépendance : « debout
congolais » !
Que Dieu protège le Congo
Terre belle
Prometteuse de bonheur pour tous
Nationaux comme étrangers
Avides de construire une terre de paix
Où la justice distributive sera un must.

Que nos Ancêtres et notre Dieu
Nous donnent la force
De dire non à la tyrannie qui se profile à l’horizon
Et qui, apostériori
Rendra les  fils et filles de la terre entière
Responsables de nombreux viols et mutilations.

Que nos têtes pensent
Un Congo nouveau et libre
Où il fera bon vivre
Parce que, désormais
Terre riche aux richesses partagées
Que nos mains construisent et bâtissent.
Une nation, une maison
Dont l’humanité tout entière sera fière !
A toi et moi
Qui y croyons
Ils ne nous restent que la rue
Notre courage
Notre refus commun de la peur
Pour qu’en millions
Nous acceptions de payer le prix
Sacrifice de nombreuses vies présentes
Pour que les vies futures
De nos nombreux fils et filles
Aient pour fondations
Mon sang
Ton sang
Notre sang
Versé sur l’autel
Sol de nos rues
Avenues de nos quartiers
Et sentiers de nos savanes et forêts!

19 décembre 2017
« Ki tudiinga ki tuudi »
« Elooko tolukaka ekomi »

(PAR THIERRY NLANDU MAYAMBA,PROFESSEUR ORDINAIRE/FACULTE DES LETTRES –
UNIVERSITE
DE KINSHASA – CONSULTANT EN DEVELOPPEMENT ORGANISATIONNEL)