Elections : les partis politiques toujours distraits

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Le bureau de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) a donné de la voix le week-end dernier, en soulignant qu’elle respecterait scrupuleusement, jusqu’à preuve du contraire, le calendrier électoral qu’elle avait rendu public le 12 février 2015. Et, pour montrer qu’elle maintient le cap sur les élections, elle a rappelé aux membres des partis et regroupements politiques ainsi qu’aux indépendants qu’elle reçoit, du 15 avril au 09 juin 2015, les dossiers de candidatures aux élections législatives provinciales.

Ce message est tombé dans un climat délétère, où les partis tant de la Majorité que de l’Opposition semblent plus préoccupés par des querelles internes que par les préparatifs des échéances électorales. L’on se demande si dans un camp politique comme dans l’autre, les chefs des partis et leurs proches collaborateurs réalisent que le temps leur est compté au sujet de l’enregistrement des candidatures en interne, de l’harmonisation des listes des membres à aligner dans chaque circonscription électorale, des stratégies de campagne, des fonds de campagne, des alliances momentanées à conclure avec des formations ou plates-formes « amies », etc.

La distraction semble s’être installée au sein des états-majors politiques, au point qu’un temps fou est gaspillé dans des guerres de leadership, des règlements des comptes entre sociétaires de mêmes partis ou regroupements politiques, des divergences de lecture des enjeux politiques, des mises en place des dissidences, etc. Annoncés avec fracas au lendemain de la publication du calendrier électoral, les « congrès » et « conclaves » de plusieurs partis tardent toujours à prendre corps. Tout se passe comme si, du côté de la Majorité comme de celui de l’Opposition et de la Société Civile, personne ne croit en la tenue des élections locales, municipales, urbaines et législatives provinciales à la date du 25 octobre 2015. Telle que la CENI se propose de lancer la machine électorale, beaucoup risquent d’être abandonnés au bord de la route.

Pressions trop molles

Nombre de partis de la Majorité et de l’Opposition en désaccord avec le calendrier électoral, le découpage territorial, le fichier électoral, la disqualification de nouveaux majeurs pour les scrutins, les traitements discriminatoires des acteurs politiques et sociaux pour l’accès aux médias publics, l’insécurité ambiante dans plusieurs contrées de la République, l’hypothétique financement du processus électoral s’illustrent par des pressions tellement molles qu’elles n’ont qu’un impact limité sur le travail de la CENI. Celle-ci ne pourrait se sentir réellement bousculée que si les partis et acteurs politiques qui exigent un calendrier électoral consensuel fondé sur le report des élections locales, municipales et urbaines au-delà de 2016, un fichier électoral réellement transparent, l’enrôlement de plus de dix millions de jeunes ayant atteint l’âge de 18 ans depuis l’année 2012, l’accès équitable de tous aux médias publics, le rétablissement d’une paix durable partout où celle-ci est troublée, la disponibilité des fonds suffisants pour les élections… constituent un front du refus capable de la bloquer.

Mais à l’allure où les uns s’accrochent exclusivement au dialogue, les autres au calendrier électoral consensuel ou alternatif, d’autres encore à l’ouverture réelle de l’espace politique, on a le sentiment qu’aucune piste ne suscite l’adhésion du grand nombre. Comme dit l’adage, le chien de la contestation risque de voir la Ceni passer son chemin pendant qu’il serait occupé à aboyer. Si elle n’est pas effectivement mise au pied du mur, elle va appliquer son calendrier électoral sans la moindre retouche. D’où également, tout en réclamant des élections libres, démocratiques, transparentes et apaisées, dans le respect de la Constitution, les partis et regroupements politiques qui pensent que le train des élections serait engagé sur une mauvaise voie ne devraient pas cesser se préparer pour les joutes électorales. Car, à défaut de bloquer la CENI, il leur faudrait se battre dans les urnes, au risque de laisser le champ libre à leurs adversaires politiques, qui seraient tout heureux de se retrouver devant une concurrence inexistante. Deux attitudes s’imposent donc : exiger la transparence des scrutins tout en se mettant en ordre de bataille.
Kimp