Elections : le glissement de tous les dangers

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Ceni_1Après avoir momentanément apaisé les esprits en marge des manifestations populaires contre l’alinéa 3 de l’article 8 de la Loi électorale, le calendrier électoral global rendu public par la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) commence à réinstaller le doute dans plusieurs états-majors politiques et des millions de foyers congolais. Au regard des contraintes administratives, politiques et financières liées à l’organisation des opérations préélectorales et électorales, aucun doute n’est plus permis quant à l’incapacité de cette institution d’appui à la démocratie à « liquider » tous les scrutins dans les délais inscrits dans sa nouvelle « feuille de route ».
Point n’est besoin d’être un grand clerc pour constater qu’avec un budget inférieur à 10 milliards de dollars américains, le gouvernement congolais devrait se faire sérieusement violence pour honorer la facture de 1.147.512.093 dollars américains ficelée par la CENI. Il suffirait d’un petit déficit de volonté politique pour faire imploser le calendrier électoral et provoquer le fameux glissement de tous les dangers.
A propos de l’hypothèse des prolongations des mandats des animateurs des institutions, certains faits et gestes semblent annonciateurs du blocage du processus électoral. C’est notamment le cas des projets d’installation de nouvelles provinces, de création de nouveaux territoires, secteurs et villages, de nominations de nouveaux chefs coutumiers, etc. Le paysage politique et social donne à croire qu’il serait impossible de boucler les élections locales, municipales, urbaines, législatives provinciales et sénatoriales dans les délais requis.
Etant donné qu’il est presque acquis que les élections législatives nationales et présidentielle risquent de subir le contrecoup des retards des scrutins organisés en amont, certains leaders politiques n’ont cessé d’appeler à la tenue d’un dialogue entre délégués de la Majorité au pouvoir et de différents segments de l’Opposition, afin de dégager un consensus autour des scrutins devant revêtir le bénéfice de l’urgence.
Ainsi qu’on le sait, lors des événements malheureux du 19 au 23 janvier 2015, le souverain primaire avait envoyé un message clair aux gouvernants : le respect strict des textes régissant l’organisation des élections législatives nationales et présidentielle. Cela étant, l’électorat congolais aurait du mal à accepter un quelconque report de ces deux scrutins. D’où, s’il y a un « glissement » de calendrier électoral à opérer, il pourrait, à la limite, toucher les élections situées à l’échelon inférieur. Mais, ici aussi, pareille initiative devrait requérir la bénédiction consensuelle de la Majorité au pouvoir et de différentes sensibilités de l’Opposition.

A qui profiterait un passage en force ?

Ceux qui ont la responsabilité directe de l’organisation technique des élections et de la mobilisation des fonds ne devraient pas attendre le pourrissement de la situation et la dernière minute pour agir, comme ce fut le cas pour le texte de la nouvelle Loi électorale, où la « rue » avait dicté sa loi à ceux qui sont censés légiférer. Les contraintes de temps et d’argent démontrant clairement que le chronogramme de la CENI ne peut pas être exécuté entièrement dans sa configuration actuelle, il y a lieu que soient dégagées rapidement les priorités électorales à satisfaire, en l’occurrence les élections présidentielle et législatives nationale.
Car, en cas de « glissement » délibéré du calendrier électoral, les forces politiques et sociales qui avaient failli transformer la RDC en « Burkina/bis » pourraient de nouveau se lever pour bloquer ceux qui seraient perçus comme des ennemis de la démocratie.
Du 19 au 23 janvier 2015 en effet, la fronde populaire avait donné l’impression que le pouvoir avait mis un genou à terre, au point que pour éviter le pire, la commission mixte paritaire Sénat-Assemblée Nationale avait dû retirer en catastrophe la disposition conflictuelle de la nouvelle loi électorale. De nombreux morts, des blessés ainsi que des dégâts matériels importants avaient été enregistrés. Le refus, par le peuple congolais, d’une nouvelle arnaque électorale était sans équivoque. A qui profiterait une nouvelle contestation électorale anticipée aux quatre coins de la République ? Si personne n’est sûr de gérer les conséquences d’une nouvelle révolte populaire, le plus simple serait de réfléchir dès à présent aux moyens non militaires de sa prévention.                       Kimp