Elections : la Ceni disqualifie les nouveaux majeurs pour 2015

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Ceni_1Le verdict de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) est finalement tombé hier jeudi 05 mars 2015 au sujet de nouveaux majeurs. Selon son Rapporteur, Jean-Pierre Kalamba, qui répondait à une requête venue des membres de l’Opposition basés au Maniema, les jeunes congolais âgés de 18 à 22 ans sont définitivement disqualifiés pour les élections locales, municipales, urbaines et législatives provinciales programmées en octobre 2015.
A l’en croire, cette décision est en conformité avec l’article de la Loi électorale, laquelle ne prend en compte que ceux qui répondent au statut de « majeur » à la date de la clôture de l’identification et de l’enrôlement. Pour le cas d’espèce, cette opération était déjà bouclée en 2011. Il rappelle aussi qu’en son temps, la CENI et ses partenaires (partis politiques, société civile) s’étaient mis d’accord pour un enrôlement électoral, en lieu et place d’un recensement général, susceptible de prendre trop de temps et de consommer trop d’argent.

L’unique ouverture laissée aux nouveaux majeurs, c’est de se faire enrôler entre les mois de janvier et de mars 2016, en vue de leur participation aux élections présidentielle et législatives nationales du 27 novembre 2016.
Le Rapporteur de la CENI soutient que la répartition des sièges des députés provinciaux sera faite sur pied du fichier électoral établi en 2011. Par conséquent, l’intégration de nouveaux majeurs aurait pour effet de tout chambouler et de provoquer le retour à la case départ. Il a fait savoir aussi que cette institution place les élections locales, municipales, urbaines et législatives dans la corbeille des « arriérés législatifs », lesquels ne concernent pas des citoyens qui n’étaient que des mineurs en 2011, au moment de l’identification et de l’enrôlement des électeurs.

Cohésion nationale menacée

L’opinion constate que la CENI a pris la liberté d’exclure des scrutins d’octobre 2015, des millions de jeunes congolais nés entre 1994 et 1998, à la fois en tant que candidats et électeurs, puisque dans ce pays, on peut postuler à un mandat électif à compter de l’âge de 18 ans. Cette décision unilatérale de priver des millions de compatriotes de leur droit civil viole la Constitution, en son article 5, alinéa 5 qui stipule : « Sans préjudices des dispositions des articles 72, 102 et 106 de la présente Constitution, sont électeurs et éligibles, dans les conditions déterminées par la loi, tous les Congolais de deux sexes, âgés de dix-huit ans révolus et jouissant de leurs droits civils et politiques ».
Logiquement, les « nouveaux majeurs » ne devraient pas être exclus des scrutins car ils répondent aux critères requis pour être candidats ou électeurs. Si la CENI n’a pas prévu d’opérations d’enrôlement et d’identification en 2015, elle devrait trouver le moyen de prévenir les graves préjudices moraux qu’elle cause à cette catégorie de citoyens.
D’aucuns pensent que pour leur rendre justice, le moindre mal serait de postposer les élections locales, municipales, urbaines et législatives provinciales, comme le suggère de nombreux acteurs politiques de l’Opposition, de la Majorité présidentielle et de la Société civile.
Ce serait dangereux, dans le chef de la CENI, de mettre une croix sur des millions de citoyens qui ont leur mot à dire dans le choix de leurs futurs élus. Car, si les « exclus » s’avisent à ne pas se reconnaître dans les députés provinciaux ainsi que les sénateurs et gouverneurs que les précités seraient appelés à élire au second degré, on risque d’assister à une terrible fracture sociale au sein de la société congolaise, à Kinshasa comme en provinces.
A l’heure où l’on parle de la construction de la cohésion nationale, la politique d’exclusion des pans entiers des citoyens, surtout jeunes, devrait être absolument évitée. C’est le lieu d’exhorter la CENI à ne pas aller vite en besogne et à éviter la voie de la facilité dans la gestion de nouveaux majeurs. En tant que « pouvoir organisateur » des élections, elle a l’obligation de faire participer aux scrutins tous les ayants-droit constitutionnellement reconnus comme tels. Une disposition de la Loi électorale ne peut pas restreinte les droits civils et politiques des citoyens. Qu’on n’attende pas un énième mouvement des masses populaires pour corriger ce qui s’apparente à une injustice flagrante.            Kimp