Elections J-47 : le temps de fausses promesses

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     A 47 jours de la tenue des élections présidentielle et législatives nationales, la campagne électorale anticipée et tolérée par la Commission Electorale Nationale Indépendante, puisque incapable de faire respecter la Loi Electorale en la matière, a pris une ampleur insoupçonnée. Des milliers de candidats aux mandats électifs, plutôt que de mobiliser les électeurs autour des projets de société de leurs partis ou regroupements politiques, ont opté pour le raccourci, à savoir la distribution des cadeaux en nature et en espèces ainsi que les promesses.

     A Kinshasa comme en provinces, les Congolaises et Congolais en âge de voter sont surpris de voir atterrir dans leurs ménages, leurs écoles, leurs églises, hôpitaux, leurs maternités, leurs instituts supérieurs, leurs universités, leurs foyers sociaux, leurs garages, leurs ateliers de couture, de peinture ou de menuiserie, leurs maisons de communications, leurs ports, leurs marchés, leurs stades… des Pères Noël qui sont visiblement en avance par rapport à la date du 25 décembre. Ces messies d’un jour s’empressent de régler des factures d’hospitalisation, d’eau ou d’électricité ; de faire pleuvoir des lots de médicaments ou de matériels informatiques, des ballots d’habits, des cartons de savons, des sacs de sucre et de ciment ; de sortir en un tour de manche tôles, bancs, équipements de sports mais surtout de distribuer à la pelle des casiers de bière ainsi que des espèces sonnantes et trébuchantes.

     Au chapitre des promesses, il y a du tout. Ici, l’on prend l’engagement de financer la construction d’une salle de classe, l’achat d’un transformateur électrique… là-bas l’aménagement d’un puits d’eau potable ou d’un ponts… plus loin la modernisation des étals d’un marché. Une armée de bienfaiteurs vient de voir subitement le jour aux quatre coins du pays, où les calicots et portraits géants annoncent des jours enchanteurs pour ceux et celles de nos compatriotes qui accorderaient leurs voix à tel candidat ou telle candidat à la présidentielle ou à la députation nationale.

     A Kinshasa, la capitale, des résidents d’un quartier de Bandalungwa, locataires de leur état, ont eu du mal à croire leurs oreilles lorsqu’un membre d’un état-major politique leur a fait part de la décision de son candidat de prendre en charge leurs loyers pendant trois mois. Plusieurs élèves et étudiants des écoles et universités de la capitale ont reçu, de la part d’un autre candidat, l’assurance de la prise en charge de leurs frais scolaires et académiques tout au long du premier trimestre 2011.

     Depuis que la CENI a rendu publiques, il y a un mois, les listes des prétendants à la magistrature suprême et à la députation nationale, de présumés serviteurs du peuple écument les rues des quartiers des villes ainsi que les sentiers des villages. Ils semblent tout yeux et tout oreilles pour les problèmes sociaux de leurs concitoyens.

Et après le 28 novembre 2011 ?

     En 2006, des millions de compatriotes avaient cru voir s’ouvrir tout grand, devant eux, le paradis terrestre, tellement les candidats aux différents scrutins ne juraient que par leur total engagement à faire leur bonheur. Cette fois, le discours n’a pratiquement pas changé. Mais, instruits sans doute par l’amère expérience du passé, les Congolais de 2011 se demandent comment ils vont continuer de vivre après le 28 novembre 2011, quand on aura arrêté de prendre en charge leurs loyers, leurs soins médicaux, leurs études, leurs factures d’eau et d’électricité, leur habillement, leur nourriture… bref leurs besoins élémentaires de survie.

     Gratifié de moins d’un dollar au quotidien, comment le Congolais moyen va-t-il faire pour nouer les deux bouts du mois dans un pays où le chômage bat son plein, où le seul moyen de s’enrichir est de jouir d’un salaire politique, où le taux de desserte en eau potable et électricité est l’un des plus faibles de la planète, où l’agriculture, l’élevage et la pêche tardent à être modernisés, où l’enclavement des provinces est généralisé, où la paix reste précaire? Lui faudra-t-il attendre les élections de 2016 pour bénéficier, pendant deux ou trois mois, d’un nouveau régime de faveurs ?

Kimp

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