Elections : doutes sur le processus !

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Le président de la CENI, Daniel Ngoy Mulunda, s’est voulu rassurant quant à la bonne conduite du processus électoral en cours, aussi bien lors de sa toute première conférence de presse, le vendredi 04 mars 2011 que de ses entretiens, il y a quelques jours, avec les deux patriarches de la scène politique congolaise, à savoir Antoine Gizenga du Palu et Etienne Tshisekedi de l’UDPS. Depuis lors, il n’a cessé de marteler que son institution va nettoyer le fichier électoral sans état d’âme, sécuriser les acteurs politiques et électeurs de la majorité au pouvoir comme de l’opposition, organiser les élections dans le délai constitutionnel, garantir la liberté d’expression, d’opinion, de manifestation et d’association à toutes les sensibilités politiques, etc.

 Hélas, l’église qu’il se débat à placer au milieu du village a du mal à se positionner. Et, comme par hasard, les premiers signaux proviennent paradoxalement de la Commission Electorale Nationale Indépendante, dont certains agents ont décidé unilatéralement de ne pas enrôler, au Katanga et dans les deux Kasaï, des concitoyens non détenteurs de l’ancienne carte d’électeur.Pourtant, cette pièce d’identité provisoire a été déclarée officiellement caduque par le ministre de l’Intérieur depuis l’année dernière.

 

 L’on signale, par ailleurs, des actes de monnayage de l’enrôlement, pourtant réputé gratuit, dans plusieurs centres et bureaux de la CENI dans les trois provinces précitées. S’agissant des centres d’enrôlement, leur éloignement des candidats électeurs, parfois à des distances supérieures à 50 kilomètres, paraît comme une manœuvre délibérée d’exclusion des personnes vulnérables (vieillards, femmes enceintes ou en état d’allaitement, malades, personnes avec handicap), etc.
 Parallèlement aux complications qui affectent les opérations de révision du fichier électoral, il s’observe un peu partout, sur le territoire national, des actes d’intimidation des partis et leaders de l’opposition, d’interdiction de leurs manifestations publiques, de surveillance étroite de leurs actes et propos, de manière à y déceler des éléments infractionnels de nature à leur valoir une privation temporaire de liberté ou des procès sommaires suivis de lourdes condamnations.
 Au plan des textes, le pays a subi une révision constitutionnelle expéditive, porteuse des germes des contestations préélectorales comme post-électorales. L’autre matière qui fâche, c’est le flou entretenu jusque-là au niveau du nouveau calendrier électoral, notamment en son point relatif au couplage ou au découplage de la présidentielle avec les législatives.

Les Congolais fatigués de la guerre

 Tous les doutes qui pèsent sur le processus électoral de 2011, à 7 mois de la tenue présumée des scrutins synchronisés du président de la République et des députés nationaux, sont de nature à créer des conditions du rejet des résultats des élections, à tous les niveaux, par des concitoyens qui ne se reconnaîtraient pas dans les futurs élus. La guerre est arrivée dans ce pays, en 1996, à cause d’une dictature sanguinaire qui, après 32 ans, paraissait partie pour l’éternité.
 A la guerre de libération de l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo) a succédé une autre, motivée celle-là, par l’émergence d’une nouvelle dictature en lieu et place d’un Etat de droit. Et, depuis 15 ans, le peuple congolais est loin d’avoir retrouvé une paix durable. Au vu du lourd bilan humain (plus de 5 millions de morts) et financier (pillage planifié des ressources naturelles), nos compatriotes sont fatigués de vivre dans un état de ni guerre, ni paix.
 L’on a cru, en 2006, que les élections allaient panser toutes les plaies du passé et que le retour à la démocratie allait apaiser les frustrations. Hélas, les dérapages que connaît actuellement le processus électoral ne poussent pas à l’optimisme. Le risque d’une révolte populaire, sinon d’une ou plusieurs rébellions est permanent. La CENI devrait rompre avec sa langue de bois et apporter, au plus tôt aux Congolais les réponses à leurs inquiétudes relatives à un processus électoral qui est en train d’épouser les contours de ceux d’un Etat au régime monopartiste.
 Même si des acteurs politiques pensent que la RDC ne peut pas être touchée par le virus de la révolution du jasmin, pour avoir déjà planté le décor du changement à l’occasion de la Conférence Nationale Souveraine, tout peut arriver avec des comportements à même de pousser les victimes à des actes imprévisibles. Dans ce cas, au lieu de se situer loin derrière, la révolution du jasmin risque de rattraper les décideurs politiques congolais à cause de leur refus d’asseoir une démocratie adulte.
Kimp

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