Elections démocratiques: la leçon du Mali à l’Afrique

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mali-carte1Le Mali vient de rejoindre le Sénégal, l’Afrique du Sud et le Ghana dans le pré-carré des Etats où l’alternance au pouvoir, par le biais de la vérité des urnes, ne constitue plus un problème. Le geste du candidat malheureux au second tour de l’élection présidentielle malienne, Soumaïla Cissé, qui s’est présenté lundi, avec femme et enfants, dans la famille du virtuel vainqueur de cette joute électorale pour le féliciter pour sa victoire, non encore proclamée officiellement, en dit long sur le degré de transparence du processus électoral.

 C’est la première fois, en Afrique, que le « battu » d’une élection présidentielle va au-delà du traditionnel coup de téléphone entre « gagnant » et « perdant » pour des retrouvailles amicales et fraternelles au domicile du futur Chef de l’Etat élu. Dépassé par la spontanéité du geste, Ibrahim Coulibaly Keita, qui va présider aux destinées du Mali à partir de septembre, a presque manqué de mots pour répondre aux félicitations de celui qui l’a affronté, la veille, dans les urnes.

Les observateurs pensent que si Soumaïla Cissé a rapidement reconnu sa défaite électorale, alors qu’on en était encore à environ ¾ du dépouillement des bulletins de vote, c’est grâce à la bonne organisation des opérations préélectorales, électorales et post-électorales. Les Africains n’ont pas entendu parler, chez leurs frères et sœurs maliens, comme cela se passe ailleurs à travers le continent, de l’enrôlement d’électeurs fictifs, de la découverte des bulletins de vote pré-cochés dans des domiciles des particuliers, du rapt des urnes avec bulletins de vote et de leur transfert vers une destination inconnue par des commandos armés à la solde de l’un ou l’autre candidat, de la chasse aux témoins des candidats dans les bureaux de vote et les centres de compilation des résultats, de la saisie des procès-verbaux des résultats par des éléments armés en vue de leur falsification dans le « laboratoire » de l’un ou l’autre présidentiable, etc.

On n’a pas signalé la présence, dans les bureaux de vote ou les centres de compilation des résultats, des éléments en armes occupés à menacer les électeurs, les témoins des candidats, les agents électoraux, les observateurs nationaux et internationaux et les superviseurs des opérations électorales.

 Pas de tabou sur les résultats 

L’autre facteur qui a convaincu Soumaïla Cissé de sa défaite électorale est à chercher dans la publication, dans les médias, des résultats partiels affichés sur les façades des les bureaux de vote à la clôture de chaque opération électorale. Aucune restriction n’a été faite ni aux médias, ni aux témoins des candidats, de communiquer au public les résultats partiels en leur possession. N’importe qui pouvait collecter les résultats, les compiler et les rendre publics.

            On s’est demandé, aux quatre coins de l’Afrique, s’il y avait un Président de la République en fonction au Mali, tellement l’homme s’était effacé devant le « pouvoir organisateur » des élections.

            Ces résultats bruts, non tripotés, ont ainsi permis aux deux candidats et leurs états-majors politiques de suivre, minute par minute et heure par heur, les tendances électorales, sans que cela n’affecte le travail de la commission électorale. Ainsi donc, le peuple malien est déjà fixé, depuis le lundi 12 août, sur le vainqueur de la présidentielle de dimanche, alors que le « pouvoir organisateur » des élections ne pourra se prononcer, sauf imprévu, que le vendredi 16 août 2013.

Les observateurs internationaux d’accord

            L’Afrique et le monde peuvent tirer une fière chandelle aux organisateurs de l’élection présidentielle malienne, car ils ont réellement laissé au souverain primaire la liberté de désigner, en toute indépendance et transparence, celui qu’il pense réunir l’expérience politiques, les qualités morales et intellectuelles requises pour « gouverner » le pays. Qu’il s’agisse du chef de la mission d’observation de l’Union Européenne, le Belge Louis Michel, ou de son collègue de l’Union Africaine,le Togolais Eden Kodjo, tous ont reconnu la parfaite organisation du scrutin et la transparence des résultats.

Personne n’a fait état des fraudes ou violences électorales, ce qui peut être considéré comme un signal fort dans la voie de la démocratisation en Afrique.

 Le message est-il passé ?

Au vu de ce qui vient de se passer au Mali, il y a lieu de se demander si le message est bien passé chez d’autres peuples d’Afrique, qui ont devant eux des rendez-vous électoraux dans les mois et années à venir. Si la leçon malienne peut faire tache d’huile à travers le continent, l’on pourrait se réjouir de voir d’autres commissions électorales servir réellement la cause de la démocratie sur un continent où les hommes au pouvoir ne se sont jamais sentis à l’aise dans la compétition des urnes.

Pourtant, l’unique possibilité d’impulser la démocratie, la bonne gouvernance, la paix des cœurs et des esprits, la cohésion nationale, la liberté d’opinion et d’expression, le progrès socio-économique se trouve être l’exercice, par le souverain primaire, de son droit de sanctionner positivement ou négativement dans les urnes, les prétendants aux mandats publics.

Kimp

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