Elections de 2011 : dialogue des sourds entre Kinshasa, New York et Bruxelles

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Le gouvernement congolais, par la voix de son ministre des Affaires Etrangères, Alexis Thambwe, vient de réagir vigoureusement contre la lettre que l’Organisation des Nations Unies, l’Union Européenne et quelques bailleurs de fonds de la RDC, avaient adressée au Chef de l’Etat congolais, Joseph Kabila, en date du 23 février 2010. Cette missive contient, rappelle-t-on, entre autres exigences, celles de voir les officiels congolais communiquer aux « expéditeurs » et ce, le plus tôt possible, les données relatives à toutes les étapes préélectorales et électorales ainsi qu’au montage financier y afférent. La Communauté internationale voudrait en fait s’assurer que les autorités congolaises vont respecter leurs engagements quant à la tenue effective, au courant de l’année 2011, des élections urbaines, municipales, locales, présidentielles et législatives tant nationales que provinciales.

La colère de Kinshasa, a-t-on appris de Thambwe Mwamba, est double. D’abord, elle tient au fait que la correspondance destinée au Président de la République a fait l’objet de « fuites », qu’il a attribuées à ses auteurs, dans la presse tant nationale qu’internationale.  Ensuite, une telle démarche est, à son avis, contraire aux prescrits de la Convention de Vienne régissant les relations entre Etats.

Compte tenu de ces vices de forme qui s’apparentent à un « chantage », a-t-il fait savoir, le gouvernement congolais a décidé de ne réserver aucune suite à la lettre sus évoquée. Alexis Thambwe Mwamba a toutefois tenu à apaiser tout le monde au sujet de la volonté de Kinshasa d’amener les Congolais aux urnes l’année prochaine : « Les élections urbaines, municipales et locales ainsi que les élections législatives et présidentielle auront bel et bien lieu en 2011. Car, cela n’entre pas dans les intentions du Président de la République de créer un vide institutionnel… ».

Que va-t-il se passer ?

Visiblement, on est en plein dans le langage des sourds. Il est sûr et certain qu’à New York, siège de l’ONU, et à Bruxelles, siège de l’Union Européenne, les propos de Thambwe Mwamba doivent avoir fait des vagues. La question que le commun des Congolais se pose est de savoir ce que nous réserve l’avenir, dès lors que les officiels congolais ont fermé la porte à toute ingérence de la communauté internationale dans le dossier des scrutins de 2011. Administrativement et techniquement, croit-on savoir, la RDC est en mesure de s’assumer dans l’organisation des échéances électorales de l’année prochaine. Le hic se situe sur deux plans : sécuritaire et financier.

S’agissant de la sécurité des élections, d’aucuns s’interrogent sur la capacité du pays à sécuriser ce nouveau round des élections dans l’hypothèse d’un désengagement précipité de la Monuc, que l’on devrait craindre en cas de rupture irréversible avec l’Occident. Thambwe Mwamba, flairant le danger, a exhorté la communauté internationale à ne pas prendre prétexte de la requalification du mandat des forces onusiennes pour exercer des pressions sur les autorités congolaises. Il est à espérer que les réformes touchant à l’armée et à la police vont s’opérer à une cadence endiablée.

Financièrement, un boycott des bailleurs de fonds occidentaux serait un coup fatal pour le « pouvoir organisateur » des élections de 2011. A considérer les appels de détresse de la CEI en direction de la communauté internationale et les difficultés du gouvernement à dégager du Budget national les fonds colossaux qu’exige la prise en charge d’un « monstre » à plusieurs têtes (élections urbaines, municipales, locales, législatives et présidentielle), l’on peut que s’inquiéter de la suite des événements.

L’autre sujet d’inquiétude serait le glissement du « contentieux électoral » vers le terrain de la coopération bi et multilatérale. Un geste de mauvaise humeur est si vite arrivé que la RDC pourrait être confrontée à des actions délibérées de blocage de ses initiatives de développement impliquant une participation occidentale.

D’où, l’affirmation de la souveraineté nationale face au bloc occidental exige l’analyse de tous les paramètres avant l’adoption d’une position radicale. On ose croire que la diplomatie souterraine ne va pas tarder à se mettre en mouvement pour éviter de ramener la RDC dans le cycle des rendez-vous électoraux manqués.

Jacques Kimpozo

 

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