Elections : la CENI a choisi son camp !

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Ce que l’on craignait de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) est finalement arrivé. En effet, les listes provisoires des candidats à la présidentielle et à la députation nationale de décembre 2018 sont tout, sauf des modèles de transparence,
d’objectivité, de neutralité, d’indépendance et d’inclusivité.

L’impression qu’elles laissent dans la mémoire collective est que cette institution d’appui à la démocratie a agi sous la dictée et le contrôle d’une main noire, facilement identifiée comme celle du pouvoir en place.

Car, lorsque l’on jette un regard sur le tableau des 6 « cobayes » sacrifiées pour la présidentielle et sur celle de plus de 200 « brebis galeuses » immolées pour les législatives nationales, on sent une forte odeur de règlement des comptes. Il va être difficile, voire
impossible, aux « experts » de la CENI de convaincre la majorité des Congolaises et Congolais de l’application des mêmes critères pour l’agrément ou le rejet des candidatures.

De la condamnation judiciaire irrévocable

La principale victime, sous cette infraction, n’est personne d’autre que le sénateur Jean-Pierre Bemba Gombo, président du MLC (Mouvement de Libération du Congo). La démarche la plus simple qu’aurait dû amorcer la CENI, c’est de se renseigner auprès de la Cour Pénale Internationale pour savoir si la condamnation de l’intéressé à une année de prison, pour subornation de témoins est réputée « irrévocable » car, jusqu’à preuve du contraire, le dossier se trouve à l’étape de
l’attente du verdict du juge d’appel. Au cas où Corneille et son staff
seraient en possession d’un tel jugement, ils seraient bien inspirés
s’ils pouvaient le mettre à la disposition du public et mettre ainsi
un terme à la polémique. Dans le cas contraire, la « majorité
silencieuse » va continuer à croire à l’exécution d’un complot ourdi,
de longue date, contre lui, surtout qu’il n’est pas déchu de sa
qualité de Sénateur.
Dans le même registre, la CENI devrait éclairer la lanterne de tous
sur la « recevabilité » de la candidature de Me Kilolo Musamba à la
députation nationale, alors que ce dernier, ancien coordonnateur du
collectif des avocats de Jean-Pierre Bemba, avait été aussi condamné,
solidairement avec son « client », au premier degré, dans l’affaire de
subornation de témoins. A l’image de Bemba, lui aussi est en appel et
attend la décision du second juge. Par quelle magie est-il passé entre
les mailles de la CENI ?
S’agissant du cas d’Adolphe Muzito, la CENI apparaît comme une
juridiction ayant fait du bricolage en inventant un conflit d’intérêt
entre le précité et le Palu alors que ce candidat s’est présenté sous
le label de l’UREP, une plate-forme n’ayant rien à avoir avec son
parti d’origine. La centrale électorale devrait démontrer l’existence
d’un conflit d’intérêt entre un membre démissionnaire et son ancienne
formation politique.
Le cas d’Antoine Gizenga étonne aussi. On aimerait savoir pourquoi le
mandataire du Palu est jugé non qualifié alors que celui du FCC (Front
Commun pour le Congo), qui a rempli les formulaires pour le compte
d’Emmanuel Ramazani Shadari, le dauphin de Kabila, l’a fait pour un
candidat fiché comme « Indépendant ».
A propos de Shadari, son invalidation aurait dû être automatique, au
regard de son statut d’indépendant.

Du défaut de nationalité d’origine

Ici, c’est véritablement la boîte de Pandore, comme nous n’avons
cessé de le relever depuis que la Majorité Présidentielle a relancé le
débat autour de la « congolité », en marge de la tenue des élections
présidentielle, législatives nationales et provinciales. S’il est
établi que Samy Badibanga par exemple n’a recouvré précipitamment la
nationalité congolaise qu’en janvier 2017, après sa nomination comme
Premier ministre issu de l’Accord de la Cité de l’Union Africaine
(octobre 2016), la CENI devrait expliquer à l’opinion nationale
comment ce concitoyen, qui était encore « étranger » en 2011, avait pu
se faire élire comme député national.
Mutatis mutandis, elle devrait également justifier la
disqualification de José Endundo, Alex Kande, Jean-Claude Baende,
Patrick Bologna, Henriette Wamu, Willy Mishiki, Fidèle Babala…et tant
d’autres candidats à la députation nationale alors que les uns et les
autres étaient élus députés nationaux en 2011 ou avaient eu à exercer
des fonctions de ministre au gouverneur de province sous leur
casquette d’« étrangers ».
Le cas de Matuku Memas est simplement scandaleux car il est encore
membre actif du gouvernement de la République, au poste de ministre
d’Etat chargé du Travail et de la Prévoyance Sociale. En outre, il
bénéfice d’une mise en disponibilité en tant que Directeur à la SCTP
(Société Commerciale des Transports et des Ports). Que s’est-il passé
pour qu’un « étranger » puisse être admis au sein de l’équipe
ministère de la République et continue d’y siéger jusqu’au moment où
nous mettons sous presse? Quelle valeur accorder aux délibérations du
Conseil des ministres entachées de la participation d’un « infiltré »
et que dire de multiples arrêts qu’il a eu à signer tout au long de
son mandat, dans le secteur ultra sensible du travail et de la
prévoyance sociale ?
Au vu de ce petit échantillon de cas, la conclusion à tirer des
délibérations de la CENI est qu’elles sont teintées de
sentimentalisme, de légèreté, voire de méchanceté. L’on peut même
douter qu’il y ait eu un examen minutieux des pièces versées dans les
différents dossiers. D’où les observateurs sont tentés d’affirmer,
comme le fabuliste La Fontaine dans « Les animaux malades de la peste
», que selon qu’un candidat appartient à la Majorité présidentielle ou
à l’Opposition, le verdict de la CENI le rend « blanc » ou « noir ».
Le danger de ce qui vient de se passer au niveau des listes des
candidats à la présidentielle et à la députation nationale est que
cette institution d’appui à la démocratie a hypothéqué son statut
d’arbitre impartial pour afficher le costume peu enviable de «
supporter » d’une des parties en compétition. Sa crédibilité est
entamée à ce point que nombre de compatriotes pensent qu’avec ou sans
la machine à voter et les 10 millions d’électeurs sans empreintes
digitales, la vérité des urnes ne sera pas au rendez-vous en décembre
2018, si le calendrier électoral est effectivement respecté.
Kimp

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