Elections le 23 décembre 2018 en R.D. Congo : le peuple congolais n’acceptera pas une nouvelle parodie électorale

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Une des leçons à tirer de la présente situation de la République Démocratique du Congo est que toute conquête ou conservation de pouvoir durable ne sera désormais possible qu’avec la participation du peuple. A Kinshasa comme du reste dans l’ensemble de ce pays, il y a
une vérité qui reste constante depuis la fin du règne de Mobutu et l’avènement des Kabila. Il s’agit de la volonté de plus en plus affichée de ce peuple de ne plus se laisser manipuler par ses fils et filles qui désirent conquérir ou garder le pouvoir par la force du canon ou la fraude électorale, avec la complicité chaque jour plus subtile des puissances étrangères.

Aujourd’hui, cette vérité paraît plus facile à démontrer pour les frères  et sœurs de la Majorité Présidentielle qui réalisent, non sans désarroi, le caractère impopulaire de leur pouvoir conquis par la force du canon en 1996 et par des élections non transparentes ni
crédibles de 2006 et 2011.

En effet, la participation de la population de Kinshasa aux marches du 31 décembre 2017, 21 janvier 2018 et 25 février 2018 est un message fort en direction des hommes et femmes politiques du Congo: sans le peuple, la conquête ou la conservation du pouvoir n’est que vaine illusion.

Que les dirigeants congolais actuels ne s’y trompent pas ! Ce peuple
dont ils vantent les mérites de manière trop souvent opportuniste
n’est pas dupe. Il sait que pour des raisons de calculs politiques
stratégiques, mais aussi égoïstes et suicidaires, les dirigeants
actuels et à venir refusent de rejoindre le peuple dans sa volonté de
construire un espace de vie plus humain.
Non, ce peuple n’est pas naïf parce que tout simplement, il ne l’a
jamais été. Son silence, à travers l’histoire, n’a toujours été que
l’expression de son souci de sauvegarder les vies humaines dans un
espace qui, de siècle et siècle, vit des conditions d’extrêmes
violences et de barbarie inouïe dont les responsables sont, en tout
temps, connus et, en tout temps, restés impunis.
C’est dans cet état d’êtres perpétuellement traumatisés que nos
dirigeants et les lobbies étrangers conduisent, corde au cou, notre
peuple aux élections « abattoirs », où l’on tord et égorge notre
liberté et notre volonté de nous choisir les dirigeants que nous
désirons. Mais aujourd’hui, après des années de tribulations, ce
peuple a beaucoup appris de ses souffrances et blessures. Et,
contrairement à ce que l’on croit, il gagne en confiance non seulement
vis-à-vis de l’extérieur, mais aussi vis-à-vis de toute tentative
intérieure qui voudrait astucieusement l’exclure de l’exercice et du
contrôle du pouvoir politique.
Aussi, dans les lignes qui suivent, nous voulons démontrer que le
peuple congolais veut croire en la possibilité de participer à des
élections honnêtes, transparentes et démocratiques, respectueuses des
aspirations de notre peuple. C’est dans ce cadre qu’il va certainement
s’approprier les recommandations de la Résolution 2409/2018 du Conseil
de Sécurité à la MONUSCO. Car, en définitive, c’est à nous, peuple
congolais qu’il reviendra désormais et avant toute implication de la
MONUSCO, de veiller:
• A la mise en œuvre sans délai l’Accord « en toute bonne foi et dans
son intégralité », en particulier en appliquant pleinement les mesures
de confiance qu’il prévoit ;
• Au « strict respect » du calendrier électoral et à la création d’un
climat « ouvert et apaisé » permettant à tous les candidats de faire
campagne sans risque de représailles ;
• Au rétablissement de la confiance entre l’institution organisatrice
des élections et les électeurs ;
• A ce que le processus électoral et la protection des civils soient
clairement au centre de nos préoccupations, car sans élections libres
et équitables en 2018, la paix sera menacée dans notre pays et toute
la sous région ;
• A ce que nous fassions et rendions publiques une « évaluation
honnête des progrès ou de l’absence de progrès » du processus jusqu’à
l’élection ;
• A nous informer « tous les 30 jours » auprès de nos églises et
autres structures fiables, des progrès réalisés aux niveaux politique
et technique vers la tenue des élections. C’est ici qu’une structure
comme le Comité Laïc de Coordination  (CLC) et tant d’autres de la
société civile et autres partis politiques pourraient jouer un rôle
important, car la Résolution 2409/2018 du Conseil de Sécurité restera
lettre morte si nous le la faisons pas vivre comme nous l’avons fait,
en son temps, avec le message mobilisateur des évêques de la CENCO.
Cet article est le premier en son genre. Il se veut un « vuvuzeela »,
une sonnette d’alarme à l’adresse de tous les partenaires nationaux et
internationaux du processus électoral, afin que notre peuple ne soit
plus victime d’une nouvelle méprise ou escroquerie électorale comme en
2006 et 2011. C’est le sens premier de cette évaluation des étapes
classiques du roman électoral « déjà vu » qui s’écrit pour la énième
fois sous nos yeux et comme toujours à l’encre rouge sang des corps
meurtris des Congolaises et Congolais.

1. Improvisations et autres précipitations dans l’organisation des élections
En cette période de refus d’alternance pacifique du pouvoir, le
pouvoir et les lobbies étrangers qui le soutiennent procèdent par des
improvisations comme pour tenter de désorienter les autres partenaires
du processus électoral. Tantôt, on accélère le processus ; tantôt on
le décélère. On donne, à la fois l’impression de vouloir et de ne pas
vouloir aller aux élections. On est dans un processus électoral où
l’on joue au chat et à la souris avec le peuple comme spectateur que
l’on croit médusé parce qu’assis devant la télé du mensonge.
Le but inavoué de cette première manœuvre n’est un secret pour
personne. Pour les milieux politiques au pouvoir, il est de toute
évidence question de prendre de vitesse une opposition interne à qui
l’on refuse tout temps matériel de s’organiser et que l’on va
continuellement accuser d’avoir peur des élections. Le scénario est
simple. Il est déjà mis en place par le gouvernement et étrangement
par une communauté internationale à double langage (en public et en
privé, nos hommes politiques de l’opposition, d’église et de la
société civile en savent quelque chose):
• Promulgation d’un calendrier et d’une loi électorale non consensuels
; établissement d’un fichier électoral contestable et non fiable avec
des localités qui ont vu leurs corps électoraux croître au-delà des
proportions raisonnables ;
• Enrôlement des Congolais de l’étranger ;
• Introduction de la machine à voter ;
• Marginalisation du collège des experts internationaux ;
• Multiplication des obstructions pour mettre en œuvre l’Accord de la
saint-Sylvestre ; etc.
Les raisons de cette énième manœuvre frauduleuse et trompeuse pour
notre peuple pourraient se trouver dans la  volonté d’une certaine
communauté internationale pressée d’en finir vite avec la crise
congolaise afin de permettre aux investisseurs de reprendre leurs
œuvres dévastatrices de pillages « officieusement officiels » de ce
pays, avec l’appui d’un nouveau Président élu et reconnu par la
communauté internationale même si le peuple congolais ne l’aurait pas
élu.
De toutes les façons, depuis quand a-t-on tenu compte de l’avis de ce
peuple que l’on a vendu comme esclave jadis ; à qui on a coupé les
mains pour exploiter le caoutchouc ; qu’on a allègrement déplacé pour
diverses tâches dans cet espace de libre échange ; et massacré par
millions, depuis la guerre dite de libération jusqu’à ce jour? En
définitive, comme en 2006 et 2011, les conditions d’une compétition
électorale régulière ne semblent pas être le souci des élections de
décembre 2018. D’ailleurs, n’entendons-nous pas dire comme en 2006 et
2011 : «  vous n’aurez jamais des élections comme en Suède, France,
etc. » comme si au pays des bonobos, on n’avait droit qu’à des
parodies électorales?
Par ailleurs, après la publication du calendrier et la promulgation
de la loi électorale non consensuels, il ne faut pas être dans le
secret du pouvoir ni en intelligence avec un quelconque partenaire
international pour imaginer la suite. Ce qui se met en place est bel
et bien un processus électoral biaisé, taillé sur mesure et qui
permettra à celui qui ne sera pas élu par ce peuple d’être proclamé
vainqueur des prochaines élections, quitte à gérer les contestations
qui ne seront, du reste, pas énormes si, au préalable, on muselait les
observateurs d’ici et d’ailleurs en leur donnant les moyens
nécessaires pour jouer aux observateurs impuissants d’un processus
pipé d’avance. Comme hier, les nombreux observateurs « observeront »
les élections et là où ils ne pourront pas les « observer » ; ils
dresseront la cartographie détaillée des sites. Mais, leurs
observations, si pertinentes soient-elles, n’auront aucune incidence
sur les résultats !  Et comme en 2011, nous aurons droit à quelques
ébats de manifestants réclamant, sans espoir ni conviction, «la vérité
des urnes ! Plus pessimiste que moi tout au long de ce processus
électoral, tu ne rencontreras pas sur ton chemin.

2. La réponse non légale et rocambolesque à la question des partis dédoublés
L’étape suivante de la préparation des élections sera la promulgation
d’une liste sélective  ou non mais surtout contestée des partis
politiques habilités à participer aux prochaines élections. N’est-ce
pas ce qui a commencé avec le MSR et qu’on n’a pas osé poursuivre avec
les UDPS, l’ARC et autres partis de l’opposition dédoublés en son
temps pour les besoins de la cause? Mais, comme on pouvait s’y
attendre dans cet univers où ruse et malice sont des sœurs siamoises,
une solution  à la Ponce Pilate a vite été trouvée. Devant Dieu et la
terre entière et surtout devant ses caméras, son Excellence résoudra
le problème sans le résoudre. Il s’en remettra publiquement et
officiellement au peuple pour la dernière décision du choix entre la
multitude des partis que le régime aura, à bon escient, dédoublés en
vue de semer la confusion dans l’esprit de l’électeur non averti.
Ponce Pilate espère ainsi disperser les voix des rivaux politiques et
rendre le peuple seul responsable de la méprise qu’il aura si bien
orchestrée en amont.
Il ne restera plus qu’à ajouter une note de crédibilité à ce
processus. On associera, sans doute, un prince d’une de nos nombreuses
églises chrétiennes rivales de l’église catholique, pour jouer le rôle
d’autorité morale. Des membres de la société civile, défenseurs de
l’intégrité du processus électoral, seront, recrutés. Et enfin, des
techniciens électoraux sélectionnés parmi un commando d’experts
étrangers «ès-élections» et des professeurs d’Université du Congo
complèteront la liste. Complices, ils travailleront discrètement et
efficacement. Las de servir d’alibis, évêques et autres membres de la
commission des sages démissionneront lorsqu’il sera trop tard et
qu’ils auront tous étés bernés.

3. Une loi électorale controversée

Dans ce processus électoral où s’entremêlent ruse et distraction des
uns et des autres, la loi électorale avec la trouvaille du seuil
semblait jusque là un coup fatal asséné, à la régulière, aux partis
politiques de l’opposition que l’on croyait émietter après la grande
vague de débauchage de l’UDPS et autres leaders des partis mallettes.
C’était sans connaître la réactivité créative des opposants congolais
qui, comme par enchantement, ont compris que cette loi les invitait à
se mettre ensemble. On assiste aujourd’hui à la naissance de
plateformes électorales qui font réfléchir par deux fois ceux qui ont
eu l’ingéniosité d’introduire le seuil électoral. La manœuvre semble
produire un effet contraire à celui qui avait été prévu. Que faire
dans cette tourmente sinon que de revisiter, sans gêne, cette loi
électorale et d’annoncer, pour des raisons techniques, un léger retard
de deux, trois mois dans l’organisation des élections ? Juste le temps
d’énerver l’opposition et de lui reprendre l’initiative qu’elle vient
de ravir à la Majorité.

3. Le piège des dates buttoirs

Les dates buttoirs sont connues de tous. Pour rappel :
• Avant le 26 mars 2018 : fin du dédoublement des partis politiques et
publication par la CENI de la liste des partis et regroupements
politiques autorisés à concourir aux prochaines élections, telle
qu’elle lui sera transmise par le Ministère de l’Intérieur ;
• Avril 2018 pour la mise en œuvre des mesures de décrispation politique ;
• D’ici avril 2018 : respect du calendrier électoral et des
principales échéances ; établissement  d’un budget clair et
transparent de façon définitive ; registre électoral  établi de
manière définitive ;
• Fin avril 2018 : libération des prisonniers politiques, arrêt et
annulation des poursuites judiciaires contre les opposants et/ou
exilés politiques ;
• D’ici mai 2018 : audit indépendant du registre réalisé ;
• D’ici août 2018 : inscriptions des candidats ;
• 23 décembre 2018 : tenue des élections ;
• 12 janvier 2019 : transfert du pouvoir

N.B. Les interdictions de manifestations de l’opposition politique et
de la société civile acquise au changement et la libération des
espaces publics et de l’espace médiatique, réouverture des médias
privés injustement fermés sont des mesures à lever ou à prendre dans
l’immédiat, à dater de la publication de la Résolution du Conseil de
Sécurité.
Au regard de l’empressement que nous avons tous remarqué lors du
respect de la première date buttoir, il semble que le régime a bien
compris la leçon. Mais au-delà de ce signal formel, il est impérieux
de bien analyser la qualité de la réponse apportée par le régime au
problème posé. Et c’est ici que le bât blesse. Si l’on y prend garde,
cette manière de faire  deviendra un classique. A chaque date buttoir,
le problème à résoudre recevra qualitativement une réponse non
conforme à l’esprit de « bonne foi », un must pour toute élection
libre, transparente et crédible. Cette réponse sera loin de créer un
climat « ouvert et apaisé » à même de contribuer au rétablissement de
la confiance entre partenaires du processus électoral. Comme l’indique
la réponse « Ponce Pilate » donnée, à bonne date, au problème de
dédoublement des partis politiques, il est clair que chaque réponse
risque d’être un stratagème qui, en fait sera un refus conscient de
résoudre le problème posé.
On peut aisément imaginer la suite de ce ridicule comportement. Mais,
on ne se lassera pas de le dire, il y a longtemps que le ridicule a
cessé de tuer sur les rives du majestueux fleuve Congo, en « terre de
Conrad ». Il est évident que personne de censé n’osera prendre la
responsabilité d’un glissement qui irait au-delà de la date buttoir du
23 décembre 2018. Mais, alors à quoi rime cette manœuvre ? Tout
simplement, à imposer une parodie électorale au peuple congolais mais
aussi à une frange de la communauté internationale, fatiguée et
irritée par des politiques congolais irresponsables. Pour éviter le
pire et devant la résignation du peuple et de l’opposition congolaise,
la tentation sera grande d’offrir au Congo une nouvelle élection de
façade, quitte à gérer les futurs soubresauts internes!

4. Les autres manœuvres frauduleuses

A ce stade, tout repose sur un aphorisme africain célèbre dans le
cadre des élections: « On n’organise pas les élections pour les perdre
». Le défi pour les actuels gouvernants est sans doute d’organiser des
élections et d’accepter sportivement de les perdre, inaugurant ainsi
l’ère tant attendue par tous, c’est-à-dire, l’ère du transfert
pacifique du pouvoir politique dans ce pays.
A l’heure actuelle, le signal positif pour l’actuel chef de l’Etat
serait d’organiser ces élections et de refuser de poser sa
candidature. Tout le peuple congolais, en commençant par ses rivaux
politiques, lui en seront reconnaissantes. L’Afrique actuelle ne
manque pas d’exemples dans ce sens. Nombreux sont les chefs d’Etats
africains qui refusent de consolider un pouvoir personnel pour
permettre à leurs peuples de réaliser le rêve que des années de
dictature ont souvent rendu utopique. Ces chefs d’états ont compris
qu’ils ne sont qu’une transition dans l’histoire de leurs peuples.
Pour beaucoup de stratèges politiques africains aux conceptions
archaïques du pouvoir, pareille attitude serait considérée comme naïve
de la part de celui qui détient le pouvoir. Mais n’est-ce pas de
naïveté positive dont le peuple a besoin de la part des politiciens
africains, champions de calculs égoïstes et assassins ?
Si les dirigeants actuels refusent de s’inscrire dans cette voie, ils
n’auront sans doute pas d’autre alternative que de mettre en marche
une batterie de tricheries préalables. Et à ce sujet, de nombreuses
officines championnes de la fraude électorale de par le monde
n’hésiteront pas à offrir leurs services comme régisseurs et metteurs
en scène de dispositifs électoraux qui permettront de voler les voix
de leurs propres frères et sœurs. Comme hier, ces officines se feront
du beurre en proposant des recettes sans lendemain parce que n’offrant
aucune légitimité aux éventuels vainqueurs de pareilles joutes
électorales.
Pour rendre ce hold-up électoral possible, on commencera par la
disqualification de certains rivaux gênants. Les astuces pour y
arriver seront d’une originalité à la taille de la volonté des
dirigeants actuels de détourner tout le peuple de la démocratie :
• Contestation justifiée ou non des certificats médicaux, de résidence
ou de nationalité ; Libération à compte goutte des prisonniers
politiques ;
• Emprisonnement de certains candidats jusqu’au lendemain des
élections question, semble-t-il, de garantir leur sécurité ;
• Pressions étrangères sur les candidats en lice afin qu’ils rallient
le camp présidentiel ;
• Etalement sur plusieurs jours du vote des pygmées parce que nomades,
encourageant ainsi la multiplication des bulletins de vote et libérant
l’imagination des rédacteurs de procès-verbaux ;
• Tripotage du recensement électoral en truquant le nombre d’électeurs
inscrits dans les provinces acquises au Président ;
• Inscription d’un surnombre d’électeurs résidant dans les pays
frontaliers ; Emission de vraies-fausses cartes électorales par le
ministère de l’intérieur, distribuées aux militants du
candidat-président ;
• Rachat de cartes électorales, contre un billet ou d’autres
avantages, dans les milieux supposés défavorables ;
• Menaces diverses sur les observateurs, témoins et électorat que l’on
pourra exercer discrètement ou pas, à travers les comités de
vigilances ;
• Installation des bureaux de vote hors des ambassades et consulats ou
n’importe où pourvu qu’ils soient à l’abri de tout contrôle des
observateurs, témoins et autres partenaires aux élections;
• Confiscation des urnes et des procès verbaux par des militaires ou
des membres des comités de vigilance;
• Manipulation dans le processus final de comptabilisation et de
proclamation des résultats;
• Présence de nombreux touristes étrangers, experts «ès-fraudes
électorales» qui, d’élections en élections, vendent en Afrique noire
leurs compétences; etc.

Pour conclure

Tous ceux qui s’inscrivent dans le schéma, ci-dessus, partent souvent
de la conviction que l’on peut « posséder » ce peuple vite fait. Qu’on
ne s’y trompe pas ! C’est une grosse erreur que de mésestimer
l’ancrage de la vie politique congolaise. Ce peuple, à travers ces
années de démocratie de façade, a su prouver que sous la faim, sa
dignité a fait mieux que résister.
Par sa participation massive aux prochaines élections, ce peuple
démontrera qu’il est préoccupé par son devenir ; que l’essentiel n’est
pas de rester tranquille, peu importe la probité des dirigeants et que
quelques personnes ne peuvent pas tout décider à la place de tous.
Non, la participation massive aux élections à venir contredira tous
ceux des politiciens qui affirment à longueur de journées que le
peuple congolais est fatigué de voter. Ce peuple n’entend pas faire
l’économie des élections. Il acceptera de passer de longues heures
avant d’accomplir son droit de choisir Président et Députés. Ce peuple
qui participe désormais de manière active à son devenir saura
continuer à faire pression de l’intérieur pour refuser un quelconque
fait accompli que l’on tentera de lui imposer.
Qu’on se le dise, à l’approche des prochaines échéances électorales,
le peuple congolais n’acceptera ni une parodie ni encore moins une
escroquerie électorale. Depuis le 31 décembre 2017, ce peuple, dans la
non violence, affute ses armes pour le dernier combat de notre actuel
processus électoral : « le combat pour la vérité des urnes ». Seul
cette ultime action non violente placera au pouvoir celui ou celle qui
aura réellement été élu (e).
Comme aux Philippines, lors des élections qui ont conduit à la chute
du dictateur Marcos, le défi pour le CLC et tout notre peuple sera
certainement celui du contrôle de toutes les étapes du présent
processus électoral du début jusqu’à la proclamation des vrais
résultats par une personnalité crédible qui inspirera la confiance de
tout ce peuple. C’est notre seule chance d’entrer résolument dans
l’ère de la légitimité du pouvoir de nos dirigeants.
(PAR THIERRY NLANDU MAYAMBA, PROFESSEUR A LA FACULTE DES LETTRES/UNIVERSITE
DE KINSHASA – CONSULTANT EN DEVELOPPEMENT ORGANISATIONNEL)