Elections 2011-2013 ! qui a peur de Bundu Dia Mayala ?

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Le ministre provincial de l’Intérieur au Bas-Congo semble avoir décidé de réveiller les démons de l’intolérance politique non seulement dans cette province mais dans toutes les contrées de la République où nos concitoyens se reconnaissent dans les discours du député national Ne Muanda Nsemi. Le précité a en effet pris, sans s’être suffisamment imprégné du dossier, de suspendre les activités de Bundu Dia Mayala, le nouveau parti politique que cet élu du territoire de Luozi a créé il y a deux ans, en lieu et place de la célèbre secte mystico-religieuse Bundu dia Kongo, dont il fut le chef spirituel.

Ce membre du gouvernement provincial du Bas-Congo s’est appuyé, laisse-t-on entendre, sur le silence du ministère de l’Intérieur à l’égard de la demande d’agrément lui adressée en son temps par Ne Muanda Nsemi d’une part, et d’autre part, sur celui de la Cour Suprême de Justice face à la requête du même expéditeur sollicitant son arbitrage dans le même dossier. Cette mesure administrative, manifestement arbitraire, intervient dans la fièvre de la pré-campagne électorale. La tension est en train de monter au Bas-Congo comme à Kinshasa, dans les milieux des partisans de l’ex-Bundu Dia Kongo, qui ne s’expliquent pas la traque orchestrée contre leur parti alors que son existence découle du souci de ses membres fondateurs de se conformer aux textes légaux.

Affaire Bundu Dia Kongo

D’aucuns se souviennent qu’en janvier-février 2007, une répression militaro-policière sanglante avait été organisée contre ce qui était présenté, par le ministère de l’Intérieur, comme des actes d’incitation à la révolte contre l’autorité établie et d’intégrisme religieux dans le chef des adeptes de Bundu Dia Kongo à Moanda, Boma, Tshela, Lukula, Seke-Banza, Matadi, Songololo, Luozi, Mbanza-Ngungu, Inkisi et Kasangulu. Dans son rapport ad hoc, la Monuc avait dénoncé l’usage disproportionné de la force contre des civils non armés et dénombré plus de 200 morts tandis. Ne Muanda Nsemi, de son côté, avait fait état de plus de 300 personnes tuées parmi ses fidèles et des innocents.

L’affaire était si grave que le député national Gilbert Kiakwama s’en était saisie pour interpeller le ministre de l’Intérieur de l’époque, Denis Kalume Numbi. La version des faits présentée par ce membre du gouvernement avait été démentie, en séance plénière, par le député Ne Muanda Nsemi, à qui le bureau de l’Assemblée Nationale avait accepté d’accorder également la parole.

Après avoir auditionné les deux protagonistes, les députés étaient divisés en deux blocs. Les uns réclamaient la démission du ministre de l’Intérieur ainsi que des poursuites judiciaires contre tous les responsables politiques, administratifs, militaires et policiers impliqués dans les crimes et pillages commis dans le Bas-Congo. D’autres exigeaient plutôt l’invalidation du mandat de Ne Muanda Nsemi, la dissolution de Bundu Dia Kongo et des poursuites judiciaires contre ses miliciens. Au bout du compte, pour couper la poire en deux, la Représentation Nationale avait pris, entre autres résolutions, celle relative à la transformation de Bundu Dia Kongo soit en parti politique, soit en confession religieuse.

Mutismes suspects

Ayant finalement levé l’option de la mutation de Bundu Dia Kongo en parti politique, Ne Muanda et les siens avaient introduit, en 2009, une demande d’agrément d’un nouveau parti politique au ministère de l’Intérieur, sous le label de Bundu Dia Mayala. Selon les textes régissant les activités politiques en République Démocratique du Congo, le ministère précité avait 30 jours francs pour se prononcer soit pour l’agrément, soit pour le rejet du dossier.
Curieusement, à l’expiration de ce délai, le mutisme restait épais du côté du bâtiment du boulevard Colonel Tshatshi.
Et conformément à l’esprit des textes, le silence du ministère de l’Intérieur équivalait à une reconnaissance tacite de Bundu Dia Mayala. Ne Muanda Nsemi ne s’est pas fait prier pour se fonder sur cette impasse et lancer officiellement les activités de son parti.

C’est sur le tard, en 2010, qu’une note venue du ministère de l’Intérieur et adressée aux responsables de Bundu Dia Mayala les informait du fait que leur parti n’était pas autorisé à fonctionner car n’étant pas couvert par un acte d’agrément. Face à cette entrave, ceux-ci se sont tournés vers la Cour Suprême de Justice pour solliciter un arbitrage. Jusqu’à ce jour, la Haute Cour ne s’est jamais prononcée. Ne Muanda Nsemi et les siens ayant constaté que cette juridiction n’a pas réagi à sa requête dans le délai légal, a continué tout bonnement à fonctionner, jusqu’à ce que le ministre provincial en charge d’Intérieur au Bas-Congo surgisse du néant pour recréer la confusion.

Qui a peur de Bundu Dia Mayala ?

Jusqu’à preuve du contraire, Bundu Dia Mayala a une existence légale, compte tenu du refus de l’autorité habilitée à agréer les partis politiques de se décider dans le délai contraignant de 30 jours francs lui imparti par le législateur. La malheureuse décision d’un membre de l’exécutif du Bas-Congo interdisant ses activités cache une intention malveillante. Mais, qui a peur de Muanda Nsemi et de son Bundu Dia Mayala ?
La question reste posée, d’autant que dans l’environnement politique actuel, l’heure est justement à la mobilisation, par les différents leaders politiques, de leurs « bases » autour des enjeux électoraux et de leurs projets de société. En principe, ce député national, membre d’une institution de la République bien connue, qui a accepté de se plier à la législation relative aux partis politiques, ne devrait représenter aucun danger pour le Bas-Congo ou le pays.

En tant qu’acteur politique, il n’est pas sans ignorer le Code de Bonne Conduite qui l’oblige au respect des institutions républicaines et de leurs animateurs, à la tolérance politique, à l’observation de l’ordre public, etc. En créant délibérément la confusion dans les esprits là où les choses devraient être claires, il est à craindre que les cadres et militants de Bundu Dia Mayala, convaincus d’être victimes d’une injustice flagrante, ne replongent dans la clandestinité. L’Etat congolais a-t-il intérêt à voir ce parti politique, dont l’assise sociologique est indiscutable aussi bien au Bas-Congo, à Kinshasa que dans plusieurs coins de la République, opérer à la manière d’une taupe ?

Au nom de la diversité d’opinions et de la liberté d’association, ceux qui cherchent à faire taire Ne Muanda Nsemi alors qu’il a déjà rempli sa part du contrat, feraient œuvre utile en tolérant sa présence sur la scène politique.

Kimp

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