Election présidentielle : Tshisekedi lance le débat de fond

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La dernière interview accordée par Etienne Tshisekedi, président national de l’UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social), à partir de Bruxelles, au journal en ligne « Congo Indépendant » et relayée par plusieurs tabloïds de la place de Kinshasa, dont Le Phare, a sérieusement secoué les états-majors politiques. La pertinence et la hauteur des idées développées par le plus vieil opposant politique congolais constituent une sévère interpellation pour tous ceux qui étaient tentés de tirer le débat politique par le bas.

Tout le monde a compris que l’heure n’est plus au folklore, à l’exhibition des « griffes » des chemises, blouses, pantalons, jupes, costumes, cravates, ceintures et chaussures, à la coupe des barbes et cheveux, à la déclamation des labels des voitures et des parfums, etc. A quatre mois de la tenue de l’élection présidentielle en République Démocratique du Congo, Etienne Tshisekedi a donné le « la » du débat de fond, celui qui devrait confronter « projet de société contre projet de société », « vision pour un nouveau Congo contre vision  pour un nouveau Congo », « bonne gouvernance contre bonne gouvernance », « Etat de droit contre Etat de droit », « Bilan contre bilan », « Perspectives d’avenir contre perspectives d’avenir », etc.

Les priorités de Tshisekedi

Candidat à la magistrature suprême du pays, le leader de l’UDPS a décliné trois priorités dans l’hypothèse de son triomphe en décembre 2011. Elles tiennent en trois démarches : moraliser les Congolais ; restaurer la sécurité ; améliorer le bien-être social. Dans son projet de société, la première tache à exécuter touche au changement des mentalités, de manière à amener ses compatriotes à privilégier les valeurs, à faire un net distinguo entre l’intérêt supérieur de la Nation et l’intérêt personnel, entre le bien commun et le «ligablo» individuel…
Sa seconde préoccupation devrait porter sur la restauration de la paix, à travers la refondation d’une armée et d’une police réellement professionnelles et républicaines. Le troisième axe de programme de gouvernement devrait être l’amélioration du bien-être du Congolais moyen, à travers à la fois la mobilisation des ressources internes et leur bonne gestion.

Au-delà de ces trois priorités, Etienne Tshisekedi reste attaché à son credo traditionnel, à savoir le retour du Congo à l’Etat de droit, qu’il considère comme le cadre par excellence pour la promotion de la démocratie, de la bonne gouvernance, du développement, du bien-être social. Ce poids super lourd de la scène politique congolais a clairement affiché ses ambitions de vouloir gouverner le Congo autrement, d’en faire un Etat et un Nation car, de son point de vue, le pays fonctionne comme une jungle, depuis son accession à l’indépendance, où les plus forts imposent leur volonté aux plus faibles, où les richesses communautaires sont privatisées par un carré de jouisseurs.

Kamerhe : vision « Lula »

Les Congolaises et Congolais en savent plus ou moins un bout sur le rêve de Vital Kamerhe, autre présidentiable, pour un Congo nouveau. Il s’agit de la vision « Lula », président honoraire du Brésil, qui a remis son pays sur le chemin du développement en s’appuyant sur la mise en valeur ordonnée des ressources naturelles et des intelligences, le tout fondé sur la répartition équitable des revenus.
Pour le reste, le président de l’Union pour la Nation Congolaise envisage de refonder un Etat de droit, de pacifier réellement un Congo encore déchiré par des conflits armés à répétition, de réconcilier les Congolais entre eux, de mettre fin au règne des antivaleurs, etc.

Kabila : consolider les acquis

Dans son rêve d’un Congo nouveau, Joseph Kabila pense consolider les acquis de son premier mandat en tant que Chef de l’Etat élu, c’est-à-dire restaurer davantage l’autorité de l’Etat et la sécurité, donner une meilleure visibilité aux 5 chantiers de la République en termes de création d’emplois, de desserte en eau potable et électricité, d’aménagement et de réhabilitation des structures de santé et d’éducation, de modernisation des infrastructures, doter l’Etat de plus de moyens pour sa politique sociale et économique, capitaliser les bénéfices de l’annulation de la dette extérieure, engager définitivement le pays dans la voie de la démocratie, etc.
Sa vision du futur consiste à corriger les failles constatées dans la gestion de son premier mandat en vue de permettre à ses compatriotes de mieux vivre demain qu’il y a 20 ou 30 ans.

Qui monte les enchères ?

Parlant de ses chances dans la compétition électorale, Etienne Tshisekedi a exclu toute perspective de défaite à la présidentielle. A l’en croire, l’hypothèse d’une victoire de son adversaire politique principal, à savoir le président sortant Joseph Kabila, est impossible, dans tous les cas de figure. Le leader de l’UDPS peut-il être accusé de chercher à monter les enchères ? La question reste posée.

Toujours est-il que dans une récente interview au Phare, Louis Koyagialo Ngbase Te Gerengbo, Secrétaire Exécutif sortant de la Majorité Présidentielle, s’exprimant sur le même thème, a déclaré urbi et orbi que le candidat Joseph Kabila battrait ses adversaires à plate couture lors de l’élection présidentielle du 28 novembre, qu’il s’agisse de Tshisekedi, de Kamerhe ou de quelqu’un d’autre. En d’autres termes, comme le clament les partisans du Président de la République depuis «l’Université» du PPRD en août 2010 à Kisangani, ce dernier se retrouve sans adversaire politique. Et, c’est de bonne guerre.

Ce qui est par contre inquiétant, c’est de considérer qu’Etienne Tshisekedi ou Kamerhe serait en train de monter les enchères sans tenir compte de la donne Kabila. En politique, lorsqu’un candidat ou une candidat s’engage pour la bataille des urnes, c’est dans la perspective de tout écraser sur son passage. Pour ne prendre que le cas de la France, depuis que les sondages ont donné Nicolas Sarkozy perdant devant Marine Le Pen, Martine Aubry ou François Hollande…ces différents présidentiables ont lancé leur campagne électorale sans attendre l’investiture de leur parti ou le go officiel par le « pouvoir organisateur des élections ».

Partout où la démocratie s’exerce de manière honnête, aucun candidat ou aucune candidat n’attend le dernier jour pour mobiliser l’électorat. La pré-campagne comme la campagne électorale ne sont jamais caporalisées, comme on tente de le faire ici, où les affiliés du clan au pouvoir ont le droit de s’exprimer alors que les opposants sont contraints de se taire jusqu’en octobre 2011. C’est faut et archifaux de prétendre que la campagne électorale n’a pas encore commencé. Si tel serait le cas, comment expliquer l’étalage des portraits géants des membres de la Majorité Présidentielle sur les places publiques, avec des messages invitant les électeurs à leur apporter massivement leurs voix ? Si l’on veut avoir un climat politique effectivement apaisé d’ici la tenue des élections présidentielle et législatives, l’on devrait libérer l’espace politique ainsi que les médias au profit de tous et de toutes les opinions.

Kimp

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