Election présidentielle : la leçon des Ivoiriens à Malumalu

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Les Congolais sont tout surpris d’apprendre qu’en l’espace de 48 heures, les Ivoiriens sont pratiquement fixés sur les deux « finalistes » du second tour de l’élection présidentielle organisée le dimanche 31 octobre 2010, à savoir le président sortant Laurent Gbagbo et l’ancien Premier ministre Alassan Draman Ouatara. Une telle célérité a eu le don de faire baisser rapidement la tension dans les milieux des candidats et leurs partisans. Nos compatriotes en sont à se demander pourquoi l’abbé Malumalu et sa CEI (Commission Electorale Indépendante) les avaient fait poireauter pendant trois semaines, avant de livrer les résultats, dans un climat de guerre. 

            Le prélat et ses « experts » auraient peut-être intérêt à faire un petit tour du côté d’Abidjan pour se faire renforcer les capacités. 

En effet, les Ivoiriens chargés de l’organisation du processus électoral dans leur pays ont réalisé un travail remarquable en amont (recensement, identification, enrôlement et publication des listes électorales) et en aval (déroulement du scrutin, dépouillement et publication des résultats). Nos compatriotes se rendent compte, à la lumière de ce qui vient de se passer en Côte d’Ivoire, que l’abbé Apollinaire Malumalu et ses collaborateurs leur avaient offert les élections les plus embrouillées du continent, de nature à précipiter le pays dans un nouveau cycle de guerre et de rébellion.

            Pourtant, les élections ivoiriennes ont été préparées et organisées dans un Etat post-conflit, qui présente de similitudes frappantes avec la République Démocratique du Congo de 2006 aux plans politiques (gouvernement de transition), militaire (armée en phase de réforme), administratif (territoires en phase d’unification), économique (reconstruction nationale), sociale (crise multiforme), géophysique (éclatement du pays en deux aires géographiques).

            Même si tout n’a pas été parfait, l’honnêteté oblige les Ivoiriens eux-mêmes et les observateurs étrangers à admettre que la Commission Electorale a fourni l’effort nécessaire pour la transparence des scrutins et leur crédibilité. Et, fait rare en Afrique, aucun des trois protagonistes les plus en vue (Gbagbo, Ouatara, Bédié) ni les candidats de seconde zone ne contestent le verdict du premier tour. Bref, tout est à l’honneur des Ivoiriens qui ont montré à la face du monde qu’ils remplissent les critères d’entrée dans la grande famille de la démocratie en gestation en  Afrique. 

RDC : mêmes erreurs… même confusion ! 

            En République Démocratique du Congo, la CEI a lancé la machine électorale de 2011-2013 avec les erreurs déjà décriées en 2005. Au niveau des opérations préélectorales, l’étape cruciale du recensement a été escamotée, pour des raisons non expliquées. En conséquence, les Congolaises et Congolais se contentent du chiffre approximatif de 60 millions de personnes qui pourraient revendiquer l’identité nationale. En Côte d’Ivoire par contre, il a été accordé aux nationaux et à tous ceux présumés tels le temps nécessaire à la clarification de leur « ivoirité ».

            On peut penser, avec ce couac, que la taille de l’électorat congolais risque d’être aussi approximatif en l’absence de toute statistique scientifique ou administrative de référence en matière démographique. S’agissant des listes électorales, elles ont été publiées et affichées dans tous les coins et recoins de Côte d’Ivoire, de manière à permettre à tout le monde et chacun de s’assurer que toutes les personnes enrôlées existent réellement. L’avantage d’une telle procédure est de démasquer, de bonne heure, à partir du village, d’un quartier ou d’une rue, les individus n’ayant pas le droit de voter. Car, dans des zones de résidence de proximité, tout le monde est censé connaître tout le monde. Un étranger ou un mineur qui se glisserait dans les listes électorales serait facilement repérable et éjectable. 

Pourquoi ne pas publier les listes électorales du Bas-Congo ?

            La CEI nous a appris, il y a plus de deux mois, avoir bouclé les opérations d’identification et d’enrôlement des électeurs au Bas-Congo, dans le cadre de la révision du fichier électoral. L’électorat actualisé dépasse le million de personnes. On veut bien y croire. Toutefois, pour les besoins de transparence, il serait souhaitable que les listes électorales soient affichées dans tous les villages de Kasangulu, Luila, Madimba, Inkisi, Mbanza-Ngungu, Kimpese, Luozi, Tshela, Lukula, Kinzao-Mvuete, Kangu ainsi que dans les communes de Matadi, Boma et Moanda.

            Il serait facile à tout Congolais désireux d’évaluer le travail de la CEI de s’assurer qu’il y a pas « d’infiltrés » (sujets étrangers, anciens électeurs morts) ni de doublons dans les rangs des détenteurs des cartes d’électeurs délivrés dans cette province. La non-publication des listes électorales dressées pour le Bas-Congo pourrait faire penser à la reproduction, par Malumalu et la CEI, d’un corps électoral que personne ne saurait contrôler, et partant susceptible d’être gonflé ou revu à la baisse selon les circonstances. 

Kinshasa : combien d’électeurs ? 

            Les opérations de révision du fichier électoral avaient commencé par Kinshasa en juin-août 2009. En dépit des observations d’acteurs politiques et sociaux exigeant l’établissement d’un nouveau fichier électoral par l’identification et l’enrôlement de tous les Congolais et Congolaises en âge de voter, la CEI s’en était tenue à son option de n’identifier et de n’enrôler que les nouveaux majeurs. Ainsi dit, ainsi fait.

            Il a fallu une décision d’autorité du gouvernement, par la voix du ministre de l’Intérieur, pour qu’elle se plie finalement à cette exigence élémentaire nécessaire à l’établissement d’un fichier électoral conforme à la taille actuelle de l’électorat. D’où, tout est à recommencer à Kinshasa. Cette ville présumée héberger plus de dix millions d’âmes, c’est-à-dire un sixième de la population globale du pays et probablement un sixième de l’électorat national, devrait logiquement figurer en tête de liste des provinces à soumettre à l’identification et à l’enrôlement des électeurs.

            Pourquoi la CEI ne se presse-t-elle pas de toiletter le fichier électoral dans une entité aussi stratégique pour les candidats aux mandats nationaux ? Plus le temps va passer, et plus les résidents de la capitale en âge de voter risquent d’être appelés vers les bureaux d’enrôlement dans la précipitation et le cafouillage. Malumalu et les siens ne voudraient-ils pas que les Kinoises et Kinois pèsent de leur poids démographique réel sur les scrutins de 2011 à 2013 ? La question est posée.

            Si la CEI tire comme il faut les leçons de la présidentielle ivoirienne, elle devrait léguer à la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) un fichier électoral limpide annonciateur d’élections réellement transparentes l’année prochaine. Mais, si elle persiste dans les erreurs du passé, les Congolaises et Congolais peuvent tout craindre des scrutins à venir.                           Kimp.

 

 

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