Election présidentielle en Tunisie : le prétexte de l’âge avancé battu en brèche

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Outre la  chute honteuse du Burkinabé Blaise COMPAORE, l’élection fracassante de Béji CAÏD Essebsi comme nouveau président de la Tunisie, quatre ans après le déclenchement de la révolution tunisienne, constitue l’un de deux évènements politiques déterminants de cette année finissante en Afrique. Si au Burkina Faso, le peuple est descendu dans les rues pour chasser le dictateur, en Tunisie où a démarré ce que l’on appelle pudiquement le Printemps arabe, ironie du sort, c’est un ancien cacique de deux régimes totalitaires, à savoir celui de feu Bourguiba et de Ben Ali qui  a été élu à la magistrature suprême avec succès par le même peuple face à celui qui avait été placé à la tête de la transition toujours par les forces acquises au changement.

Ces deux évènements constituent, à n’en point douter, deux leçons majeures pour les peuples africains, toutes tendances confondues. Tout d’abord, l’Afrique vient de montrer à la face du monde la leçon que face à l’ouragan de l’histoire, mûr ou pas mûr, un fruit finit par tomber. Nombre de décideurs politiques  doivent désormais revoir leurs calculs car ils se sont rendus à l’évidence qu’un peuple déterminé à défendre la loi fondamentale est capable des prouesses inimaginables. Qui l’eût cru ? Des gens à mains nues se sont mis face aux hommes en armes et en tenues pour réclamer le respect strict de la constitution ! Une première en Afrique subsaharienne, a indiqué un observateur attitré de la vie politique africaine.

D’autre part, il y a lieu de noter le comportement des forces armées régulières qui n’ont pas osé tirer sur la foule tout au long de ces quatre journées fatidiques de la révolution burkinabè. Preuve s’il en faut une que quelque chose a fondamentalement changé au sud du Sahara car il y a peu, on aurait  vécu un véritable bain de sang et l’on allait en profiter pour procéder à des arrestations dans les rangs des forces politiques, en se débarrassant ainsi et à peu des frais de certains acteurs sociopolitiques qui dérangent.

Leçon de sagesse en Tunisie

Il est quand même paradoxal de voir l’un des chantres de la révolution tunisienne mordre la poussière face à un ancien cacique de deux anciens régimes totalitaires. Béji CAÏD Essebsi avait été ministre tour à tour dans de nombreux gouvernements de feu Bourguiba et de Ben Ali aujourd’hui réfugié en Arabie Saoudite, après avoir fui comme un lapin face lors de la révolution de 2010. Mieux, il est âgé de 88 ans face à son challenger le Dr Moncef Marzouki, l’un des activistes des droits de l’homme âgé de 67 ans et qui a joué un rôle déterminant lors de ce Printemps arabe.

Cet élément d’âge avancé est à prendre au sérieux car il met à mal certaines chansons régulièrement entonnées ici et là pour éliminer des adversaires politiques. En 2006, l’on avait assisté à des  échanges peu amènes entre deux camps protagonistes lors des débats sur l’âge moyen du candidat à l’élection présidentielle. Pour les uns, il fallait retenir l’âge de 45 ans, tandis que pour d’autres, il ne fallait pas dépasser 70 ans. C’est ainsi que pour couper la poire en deux, l’on est parvenu à un compromis en rabaissant jusqu’à 30 ans, sans limitation aucune. Pas besoin d’un dessin pour comprendre qui était visé en ce moment-là.

Cependant, ceux qui avaient brandi la menace de la guerre thermonucléaire en 2006 si l’on avait retenu l’âge de 45 ans pour le candidat à l’élection présidentielle, se sont répandus sans vergogne en 2011 à travers toute la République par des moqueries sur des candidats septuagénaires. Par manque d’arguments solides et convaincants, ils avaient articulé toutes leurs campagnes électorales autour de cet aspect ridicule en faisant semblant d’oublier que c’est ce compromis de dernière minute qui avait sauvé en 2006 leur candidat.

            Par ailleurs, dans un pays voisin, les stratèges d’un camp politique doivent se mordre les doigts pour avoir verrouillé l’âge du candidat à l’élection présidentielle en le limitant à 70 ans. C’était alors pour écarter de la compétition les candidats septuagénaires de l’opposition. A ce jour, leur poulain a largement dépassé cet âge alors qu’il se prépare à procéder à la révision de la Constitution pour briguer pour la troisième fois la magistrature suprême. Comme qui disait : « est pris qui croyait prendre ».

            Tout compte fait, cet argument de l’âge avancé pour écarter des adversaires politiques vient d’être battu en brèche par l’élection de l’octogénaire Béji CAÏD Essebsi face à un activiste du Printemps arabe de 2011. Le peuple tunisien a préféré la sagesse et la grande expérience à la jeunesse bouillante. La seconde leçon à tirer, c’est que la menace d’un retour à la dictature ne tient plus la route comme l’a claironné le candidat malheureux et perdant, à savoir le Dr Moncef MARZOUKI tout au long de sa campagne électorale. Les peuples africains sont suffisamment avertis et semblent préférer la sagesse et l’expérience professionnelle à la fougue et à l’extrémisme. De même, les rédacteurs de la constitution et de la loi électorale devraient prendre en compte les principes élémentaires des droits de l’homme dont particulièrement celui de la liberté reconnue à quiconque de briguer à n’importe quel poste dès lors qu’on a atteint l’âge adulte. Sinon, l’on risque de revivre l’épisode tragi-comique de 2006 entre les partisans de 45 ans et ceux de la limitation à 70 ans pour le candidat à la magistrature suprême.

            F.M.