Egypte : la schizophrénie?

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manifestation_en_egypte_380_north_400xLa trilogie, pour ne pas dire la «tri-logique» égyptienne est caractérisée par une figure géométrique à trois facettes : MILITARISME, PEUPLE, ISLAMISME.

A l’origine, 50 ans de pouvoir militaire en Egypte ont créé, entretenu, grossi mais retenu comme un ressort comprimé par la menace de répression, la colère silencieuse du peuple, QUI a tôt fait de relâcher avec force, le souffle incandescent du Printemps arabe.

Le mouvement de balancier dans lequel s’est engagée cette société a fait passer la pendule de l’extrême militariste à l’extrême islamiste, par peuple interposé.

En fait, dans cette oscillation, ne pouvant le retenir, car ne pouvant l’exercer directement, le peuple a repris le pouvoir des mains des militaires pour le confier démocratiquement aux islamistes. Et se rendant compte que ces derniers l’ont confisqué par un exercice liberticide et infantilisant pour la femme, il l’a remis aux premiers. Ou tout au moins, il leur a donné l’opportunité de le récupérer.

Au passage, je voudrais dire à ceux qui crient haut et fort au scandale d’une légitimité confisquée du pouvoir Morsi ceci :autant son élection était démocratique, autant son éviction, ou le mouvement qui lui a servi de justification, l’était aussi.

Car illusoire est le fait de penser que le seul lieu d’expression de la liberté de choisir est l’isoloir- et le seul lieu de légitimation d’un pouvoir est l’urne. La démocratie est détenue par le peuple, qui la promène des bureaux de vote à la rue selon ce que lui imposent les circonstances de la vie politique de la cité.

Sauf à vouloir me convaincre que 20 millions d’Egyptiens dans la rue, relève d’une volonté résiduelle ou résulte d’une fantaisie distractive’

La difficulté ne réside pas, concernant I’Egypte, dans le fait de savoir si oui ou non le départ de Morsi se justifie. Certains s’enferment inutilement dans cet exercice psychanalytique, au point qu’ils se retrouvent dans une gêne consistant à croire qu’on aurait dû le laisser dans son fauteuil, sous prétexte qu’il y a été installé par une élection. La difficulté réside dans le décryptage du message que nous adresse le peuple égyptien. Car à peine il a élu un islamiste – ô surprise !, s’exclamait-on à l’époque-que sans lui laisser le temps de sortir de son agréable torpeur, les Egyptiens le jettent déjà par dessus les balustrades de l’histoire.

En fait, par leur valse-hésitation – un pas en avant, deux pas en arrière -, ce message en morse contre Morsi veut dire que le peuple d’Egypte est profondément musulman, mais tout autant profondément anti-islamiste.

Les militaires n’ont rien compris, qui cherchent à quelle sauce manger Morsi.

Les islamistes n’ont rien compris, qui crient à tue-tête au vol du vote exprimé par le peuple.

La vérité se trouve entre les deux. C’est l’expression politique d’un modèle qui repose sur une organisation musulmane de la société, empreinte de la société et couplée à une démocratie à l’occidentale.

De sorte que la radicalisation des positions des uns et des autres est un terreau sur lequel poussent une haine viscérale des uns contre les autres. Par ignorance ou par entêtement, les positions que traduit la tension actuelle, risquent d’entraîner l’Egypte dans une guerre des tranchées qui menace de nous offrir un bain de sang dans un futur immédiat.

   Jean Pierre MUKADI

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