Eglise catholique et politiqe : après Malula… Monsengwo diabolisé

0
81

 

L’Eglise catholique et la politique ont rarement fait bon ménage dans notre pays. Nombre de nos concitoyens se souviennent de l’opposition farouche du Cardinal Malula face aux dérives politiques et culturelles de l’idéologie du « Retour à l’Authenticité », revue et corrigée en « Recours à l’Authenticité » à la suite de critiques acerbes venues des penseurs africains et occidentaux. Dans ses égarements, Mobutu s’était même permis de supprimer, dans l’ex-Zaïre, l’usage des prénoms chrétiens, estimant que ceux-ci contribuaient, avec la cravate, la veste, les postiches, la jupe, la robe, le pantalon chez les femmes ou la jeune-fille… à l’aliénation mentale des ex-Zaïrois.
 
Le Congo (pays) et le Congo (fleuve) étaient débaptisés et rebaptisés Zaïre. Le Franc congolais était remplacé par le Zaïre. Plusieurs provinces du pays avaient changé d’appellations : Shaba pour Katanga, Bas Zaïre pour Kongo Central, Haut Zaïre pour Province Orientale. Plusieurs titres étaient aussi cuisinés à la sauce de l’Authenticité : Commissaire d’Etat pour ministre, Commissaire de Région pour Gouverneur de province, Commissaire de Zone pour Bourgmestre, etc.
L’Authenticité était alors définie comme un mode de penser, de vivre et d’agir propre aux « citoyens du grand Zaïre », qui refusaient ainsi, à compter du 27 octobre 1971 (Journée des trois « Z » : Z comme Zaïre-pays, Z comme Zaïre-monnaie et Z comme Zaïre-fleuve) d’être des copies des Blancs.
 
Etiqueté comme un élément anti-révolutionnaire et anti-patrie, un illuminé, un « aliéné mental », un vendu, un béni oui de l’homme blanc, le Cardinal Malula fut diabolisé et humilié à un point difficile à imaginer. Chassé de la concession où fonctionne présentement l’administration de la Jeunesse, à côté du Stade Tata Raphaël, sur l’avenue Sendwe, dans la commune de Kalamu, alors siège de l’Archevêché de Kinshasa, le prélat a vu ses valises jetées par les fenêtres par des cadres et militaires« révolutionnaires » du MPR (Mouvement Populaire de la Révolution). Après la désacralisation de cet homme d’église, la concession et les bâtiments de l’ex-Archidiocèse furent transformés en Quartier Général de la JMPR (Jeunesse du Mouvement Populaire de la Révolution). 
Pour le tirer des griffes du général Joseph-Désiré Mobutu, devenu Mobutu Sese Seko Kuku Ngendu Wa Za Banga avec la vague de l’Authenticité, le Pape Paul VI dut rappeler le Cardinal Malula à Rome. Malgré son éloignement géographique, l’Eglise Catholique de l’ex-Zaïre tint bon, conserva tous ses rites et sa doctrine et continua à baptiser les enfants zaïrois avec leurs noms chrétiens de Joseph, Jacques, André, Thérèse, Agnès, Marie, etc.
 
Quarante ans après, les ex-Zaïrois, redevenus Congolais avec l’avènement au pouvoir de Mzee Kabila le 17 mai 1997, retrouvent le décor de la diabolisation d’un autre Cardinal, Laurent Monsengwo Pasinya en l’occurrence, en marge des contestations post-électorales de la présidentielle du 28 novembre. Cela est d’autant étonnant que ce prélat incarne, dans ce pays privé des modèles depuis des décennies, une valeur sûre aux plans religieux, politique, éthique et intellectuel.
Que l’on se mette à tenir à son endroit des propos à la limite de l’injure et de la calomnie, pour ne pas dire tout simplement injurieux et calomnieux, pour avoir déploré la non transparence des résultats provisoires de l’élection présidentielle – fait corroboré par plusieurs rapports d’observation (Centre Carter, Union Européenne, USA) – est un signal fort négatif en direction non seulement de la communauté catholique nationale mais aussi du monde extérieur.
 
C’est le lieu de s’interroger sur les mentalités qui prévalent au sein de la société congolaise, où l’on a l’impression que les porteurs des antivaleurs sont nettement préférés aux gardiens des valeurs. Si certains de nos concitoyens peuvent prendre la liberté de tenter de tourner en bourrique une autorité morale aussi respectée qu’un Cardinal, l’on est en droit de se demander si le Congo de demain ne va pas devenir l’otage des « Kuluna » de tous bords, qui n’auraient ni la crainte de Dieu, ni celle de ses représentants sur cette terre, encore moins celle des règles de vie en société.
 
Kimp
 

LEAVE A REPLY

*