Ecoles : le Grand Kasaï en route vers une année blanche

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Si l’on se félicite, au niveau officiel, de la fin de la grande insécurité dans les provinces du Kasaï et du Kasaï Central, le futur immédiat des victimes de la « guerre » entre les forces de sécurité gouvernementale et les miliciens de Kamuina Nsapu reste par contre des
plus incertains. Entre autres questions urgentes à résoudre, en dehors des infrastructures générales à reconstruire, des activités commerciales, administratives, agricoles et autres à relancer, il y a celle de la rentrée scolaire.

Face au tableau sombre d’écoles détruites, d’enseignants et personnels administratifs à réinstaller dans leurs anciens sites de travail et d’habitation, de matériels didactiques à renouveler, de la dotation d’écoliers et élèves en fournitures scolaires, le spectre d’une année blanche plane plus que jamais sur les écoles de ces deux provinces de la République. Quelques humanitaires viennent de se signaler pour parer au plus pressé mais cela ne va certainement pas suffire pour remettre des milliers d’enfants sur le chemin de l’école.

Quant à la chaîne de solidarité nationale, elle se trouve
complètement en panne. Alors que l’espace du « Grand Kasaï » est en
proie à l’insécurité et à la paralysie quasi totale de ses secteurs
vitaux, un message on ne peut plus provocateur vient d’être lancé, par
les autorités provinciales, aux parents de cette partie de la
République, leur demandant de contribuer à la prise en charge du
secteur éducatif.
Un tel appel parait, aux yeux de nombreux filles et fils sinistrés de
l’espace kasaïen, comme une insulte aux familles qui ont tout perdu et
qui attendent plutôt une assistance multisectorielle efficace des
pouvoirs publics pour soulager, tant soit peu, leur misère. Cela
dénote une fuite des responsabilités et un acte de non assistance à
une population en danger de mort.
Quelle mouche a donc piqué les représentants du pouvoir central dans
l’arrière-pays pour qu’ils démissionnent délibérément de leurs
responsabilités de gérer les conséquences fâcheuses de l’insécurité
causée à la fois par les miliciens Kamuina Nsapu mais aussi l’usage
disproportionné de la force dans le processus de rétablissement de la
paix troublée, dont certaines interventions se sont transformées
carrément en règlements des comptes contre des villageoises et
villageois sans armes ?
C’est le lieu d’interpeller vivement le ministre de l’Enseignement
Primaire et Secondaire, qui a choisi d’aller donner le coup d’envoi de
la rentrée scolaire à partir de l’ex-province du Katanga, alors que
les circonstances commandaient qu’il puisse plutôt le faire à partir
du Kasaï ou du Kasaï Central, afin d’envoyer, à la Nation tout
entière, un message fort du retour progressif mais effectif à la
normalisation de la situation administrative, économique et sociale
dans ces deux provinces. Que ceux qui donnent l’impression de vouloir
faire croire que tout va bien dans l’espace kasaïen après le
feuilleton noir de la « guerre » entre les forces gouvernementales et
la milice Kamuina Nsapu acceptent de regarder en face la sombre
réalité de deux provinces sinistrées, où le secteur de l’enseignement
risque de ne pas se relever, cette année, des dégâts matériels et
humains qu’il a subis de plein fouet.
Kimp