Drones et Brigade spéciale d’intervention à l’Est du Congo : les raisons profondes de la peur de Kigali

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En déclarant tout haut ce que la communauté internationale dit tout bas depuis la publication des rapports des experts indépendants de l’ONU, le président Jakaya KIKWETE de la Tanzanie était loin de s’imaginer qu’il venait là d’entamer la démolition de toute la stratégie et la dialectique ayant permis au régime de Kigali de justifier jusqu’ici  toutes les agressions armées perpétrées sur la RDC depuis bientôt vingt ans. Mais bien avant, tous les plénipotentiaires de Kigali s’étaient répandus sur tous les médias pour s’opposer au déploiement de la brigade spéciale d’intervention de l’ONU en vue de traquer et de neutraliser toutes les forces négatives, dont particulièrement leur poulain du M23. Un mouvement politico-militaire auquel Kigali apporte tout son soutien militaire, financier et diplomatique, selon des rapports de l’ONU et des principales ONG anglo-saxonnes, dont HUMAN RIGHTS WATCH et INTERNATIONAL CRISIS GROUP.

Dans ses dernières homélies et lettres pastorales, Mgr KABOYI Théophile de Goma a révélé les véritables causes des craintes du Rwanda. Aux yeux de ce prince de l’Eglise Catholique, le déploiement de la brigade spéciale d’intervention de l’ONU dans la province du Nord-Kivu aura comme conséquence à court et long terme de démontrer à la face du monde que les FDLR que le régime du Rwanda présente comme une menace sérieuse contre sa sécurité extérieure n’est en réalité qu’un épouvantail brandi régulièrement pour toucher la corde sensible de l’opinion internationale.

Cinq ans de règne de l’armée rwandaise dans les provinces de l’Est de la RDC

Pendant cinq ans, le RCD a eu à régner sur le Sud-Kivu, le Maniema, une partie de la province du Katanga, de la Province Orientale, du Kasaï Oriental et du Nord-Kivu. Or, il est mondialement reconnu que ce sont des éléments de l’armée régulière du Rwanda qui formaient le 9/10ème des forces de ce mouvement politico-militaire du RCD. Et, en outre, les éléments des FDLR s’étaient concentrés dans le Maniema, le Sud Kivu et le Nord Kivu où ils s’adonnaient à l’exploitation artisanale des matières précieuses, notamment l’or, le coltan et le diamant. Bien entendu aux côtés des autres groupes armés irréguliers dénommés MAI MAI qui ont été finalement infiltrés par des agents des services de sécurité rwandaise. Vingt ans après le déclenchement du génocide au Rwanda, selon des rapports officiels des services de sécurité de Kigali, ces Interahamwe ne représentent plus aucune menace sérieuse sur le Rwanda. Car, d’une part, les hauts responsables politiques de ce mouvement reconnus comme ayant planifié le génocide de 1994, ont été rattrapés et transférés au tribunal pénal international d’Arusha. Ceux qui se terrent quelque part à travers le monde sont l’objet des mandats d’arrêt internationaux pour répondre de leurs crimes. D’autre part,  ceux qui ne se reprochent rien, ont repris le chemin du retour au pays, en transitant par le centre de rééducation et réinsertion de Mutobo, au Rwanda, avant de choisir leur destin.

Pour Mgr Théophile KABOYI, les éléments des forces armées régulières du Rwanda avaient eu cinq ans pour traquer et neutraliser ces Interahamwe. Un travail qu’ils avaient poursuivi même pendant la période de transition du système de 1+4 car l’un de leurs alliés, en l’occurrence Me Azarias RUBERWA, était le vice-président de la République chargé de la Politique, Défense et Sécurité dans ce gouvernement pendant trois ans. En plus, ce sont des éléments troupes régulières rwandaises portant les uniformes des militaires du RCD ainsi que des agents des services de sécurité rwandaise qui opéraient dans les provinces du Maniema, du Sud Kivu, du Nord Kivu et d’une partie de la Province Orientale, du Katanga et du Kasaï Oriental.

En 2009, Kinshasa a eu à signer un accord avec Kigali pour lancer des opérations militaires conjointes en vue de traquer les résidus des ces interahamwe. A l’issue de ces opérations qui durèrent six mois, il avait été dit que la menace des FDLR avait été complètement détruite. Ceux qui s’étaient cachés dans la brousse avaient été invités à reprendre le chemin du retour au pays par le biais de la MONUSCO. Des émissions en Kinyarwanda passent tous les jours sur la Radio OKAPI pour inviter les récalcitrants à se rendre dans les bureaux spéciaux de cette force onusienne ouverts dans plusieurs localités et villes de ces provinces en vue de leur identification et rapatriement vers la mère patrie.

Le déploiement de cette brigade spéciale d’intervention de l’Onu va donc révéler au Monde que les FDLR ne représentent plus aucune menace sérieuse pour la sécurité du Rwanda. D’ailleurs, a renchéri Mgr KABOYI Théophile, les autorités rwandaises se vantent régulièrement d’avoir rétabli la sécurité sur toute l’étendue de leur pays. On peut circuler nuit et jour dans toutes les localités et villes du Rwanda sans entendre le moindre crépitement d’arme, vient de déclarer le président Paul KAGAME dans une interview lui accordée récemment par notre confrère François SOUDAN de Jeune Afrique. Qui dit mieux ?

Voilà les raisons profondes de la peur des autorités rwandaises, car le gendarme mondial qu’est l’ONU va découvrir que ces FDLR ne représentent aucune menace pour la sécurité du Rwanda, mais qu’au contraire ils sont plutôt responsables des viols, massacres, destructions méchantes, déplacements massifs des populations congolaises et pillages des ressources minérales. L’un des rapports de l’ONU et des ONG internationales de défense des droits de l’homme avait fait état des multiples trafics d’armes entre les FDLR et les hommes de Jean Bosco NTAGANDA en échange des matières précieuses.

Bien plus, ce déploiement va surtout sonner le glas au M23, car le gros de ses troupes est composé des éléments rwandais qui d’ailleurs ont commencé à rentrer au bercail pour ne pas être incorporés dans les FARDC en vue d’être déployés dans les autres provinces du pays.

F.M.   

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