«Mon  droit de vote non négociable»

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Début de vote le 28/11/2011 à Kinshasa, pour les élections de 2011 en RDC. Radio Okapi/ Ph. John Bompengo
Début de vote le 28/11/2011 à Kinshasa, pour les élections de 2011 en RDC. Radio Okapi/ Ph. John Bompengo
Début de vote le 28/11/2011 à Kinshasa, pour les élections de 2011 en RDC. Radio Okapi/ Ph. John Bompengo

« Mon droit de vote face aux impératifs de la souveraineté et aux exigences du développement du Congo. Considérations théoriques et appréciation critique relatives aux échéances électorales de la troisième République » : c’est le thème de la conférence-débat animée par le professeur Mpoy Kamulayi L.T. de la faculté de droit de l’Université de Kinshasa le jeudi 15 septembre 2016 au Cepas, dans la commune de la Gombe.

Avocat de profession,  ancien fonctionnaire international dans les institutions de Berton Woods, notamment la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International, et membre de plusieurs structures citoyennes tant au pays qu’à l’étranger, l’homme est revenu au pays après plus de quarante ans d’absence, afin de mettre sa longue expérience au service de ses compatriotes.
Et face à la misère généralisée et au moment où une poignée de gens sont réunis en « dialogue » pour décider du devenir du pays contre et envers tous, cet  homme de science, de droit et de profonde conviction citoyenne refuse de se taire.
Circonscrire le cadre
En effet, la motivation de cette conférence-débat est fondée sur le fait que depuis son retour au  pays, le professeur Mpoy est frappé et révolté par la misère multiforme qu’il observe autour de lui et sa banalisation: pas de routes, extrême pauvreté des ménages, scolarité chaotique à tous les niveaux, familles et enfants qui dorment sans abri, malades mourant dans l’indifférence, faute de soins primaires adéquats, cinquante-six ans après l’accession du pays à la souveraineté internationale.
C’est ce spectacle-là que les Congolais vivent tous les jours et qu’il a tenu à partager avec son auditoire, en réfléchissant autour d’une série de questions fondamentales telles « quand et comment mettrons-nous fin à cette désolation et à cette misère du peuple ? Pourquoi notre si grand pays et si beau pays a-t-il régressé d’une manière aussi pitoyable que révoltante ? Que puis-je faire, que dois-je faire pour contribuer à redresser notre pays afin de le remettre sur la voie du progrès ? »
D’entrée de jeu, l’homme s’est posé la question de savoir, après une carrière bien réussie et une vie bien accomplie, pourquoi  revenir au et pourquoi doit-il continuer à travailler. Refusant d’être étiqueté de la génération « indigne » ou de gens incapables de trouver des solutions à leur société comme souligné dans les écrits du grand penseur africain Cheik Anta diop, il a répondu en s’appuyant sur plusieurs couplets de l’hymne nationale lancés entonnés à l’intention de l’assistance. « Sommes-nous débout ? Nos fronts sont-ils redressés 56 ans après?   Avons-nous réussi à bâtir un pays plus beau qu’avant ?  Pourquoi avons-nous détruit tout ce que les autres ont construit ? »
             A toutes ces questions, la salle a répondu de manière unanime par la négative. Le professeur Mpoy Kamulayi est convaincu qu’une réponse idoine se trouve dans la tête de chacun des participants au débat.
Dans le vif du sujet
            Pour aborder le cœur de son exposé, le professeur Mpoy a procédé par un « brainstorming », une technique de prise de parole en groupe qui permet de mieux recueillir les réactions de l’auditoire. Entre autres questions ayant alimenté cet échange : «  Pourquoi être venu ? Quelles sont les attentes à l’issue de l’échange ?  Quelles actions entreprendre pour que les attentes individuelles deviennent des réalisations concrètes ? Enfin, que souhaiteriez-vous faire pour la satisfaction des attentes individuelles ou collectives ? »
            Pour bien se faire comprendre, l’orateur a commencé par éclater le thème en deux parties. Ainsi, à la question de savoir pourquoi avoir choisi le pronom possessif « mon » au lieu de « le » droit de vote, contexte du pays oblige, il a indiqué qu’il aurait pu utiliser l’article défini si l’on était dans un pays où le vote n’est plus un problème, où cette manifestation du droit civique est profondément ancrée dans la culture et où les choses marchent normalement.  Pour ce faire, a-t-il ajouté, parler de « mon droit » de vote, c’est refuser et dénoncer avec énergie que quelques individus réunis pour le « dialogue » n’ont pas le droit de priver et d’aliéner ce droit de chaque Congolais, quel qu’il soit, car son droit de vote est sacré.
Indigné, il a interrogé : « Sommes-nous des enfants alors qu’un complot se trame pour mettre mon droit de vote en danger ? ». Ce n’est pas un cadeau offert par qui que ce soit. « C’est un droit inaliénable. Quelques individus réunis dans un conciliabule n’ont pas le droit de dépouiller le peuple de ce droit chèrement acquis ».
            S’agissant de la deuxième partie du thème, le conférencier a fait savoir, en évoquant l’article 5 de la Constitution, que c’est également à travers le droit de vote que l’on exerce sa souveraineté, qui devrait amener le développement.
            Enfin, il a fustigé  une certaine campagne de peur distillée à longueur de journée par certains médias à travers des spots qui font un raccourci facile entre le refus  du dialogue et la guerre. Pour lui, il n’y a pas de quoi paniquer. « Combien de compatriotes meurent-ils tous les jours par manque d’aspirine ou d’autre chose ? Qui en fait la publicité ? Personne », a-t-il répondu.
            Pour illustrer son propos, l’orateur a recouru à plusieurs métaphores, dont celle de la malice du locataire qui veut prolonger indéfiniment son bail, en menaçant le bailleur, ou celle de la logique du pompier pyromane, qui menace de dynamiter la maison RDC, ou celle du voleur qui crie au voleur pour qualifier ce qui se passe au dialogue.
VAN