Double assassinat de Chebeya et Bazana : le colonel Mukalayi clame son innocence

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« Je suis victime des rumeurs. Pour preuve, au lendemain de mon arrestation, le 5 juin 2010, la presse annonçait déjà que j’étais passé aux aveux ! Dans cette affaire, il y a eu récupération politicienne et je suis objet des règlements des comptes, eu égard aux fonctions que j’assumais. Je suis innocent ! » C’est le jugement commentaire fait, le jeudi 19 mai 2011 à la Prison centrale de Makala, par l’Inspecteur principal à la Police nationale congolaise(PNC), le colonel Daniel Mukalayi Wa Mateso, avant le prononcé de la Cour militaire de la Gombe sur l’affaire du double meurtre des activistes des droits de l’homme, Floribert Chebeya et Fidèle Bazana. 
Condamné à mort en mi-juin par ladite cour pour avoir joué un rôle essentiel dans une association des malfaiteurs montée pour éliminer les défenseurs des droits de l’homme, cet officier supérieur de la police parle d’une cabale. « Je suis victime de ma bonne foi, laquelle est à la base de ce qui m’est arrivé, ainsi qu’à mes collaborateurs…» a clamé le colonel Mukalayi pour rappeler qu’il n’a jamais cherché à nuire à Floribert Chebeya, sinon arranger un rendez-vous professionnel entre ce dernier et l’Inspecteur général de la PNC, le général John Numbi Banza Tambo. Pour lui, toutes les accusations développées, par après, contre lui ne sont que purs montages. D’où son option d’aller en appel après la décision du premier juge. 
 
Soutenant son client, le conseil de la défense, Me Bokata, avait en son temps déploré la « légèreté et la précipitation dans le réquisitoire de l’Organe de la loi ». « Le Ministère public ne doit pas oublier qu’il est comptable de la vie du colonel Mukalayi. Il doit se rappeler son rôle de gardien de l’ordre public qui ne doit pas amener avec légèreté les gens à être fusillé ou à être destitué… » a-t-il indiqué. Pour étayer sa position, il a entre autre relevé que le principal témoin qui aurait vu Chebeya à l’Inspection générale de la police, le Camerounais Gomer Martel, avait fait des dépositions incohérentes durant sa comparution. 
Il convient notamment de signaler que la dernière instruction du procès Chebeya a révélé à l’opinion les graves dysfonctionnements qui minent ce corps chargé du maintien de la paix et du rétablissement de l’ordre public. Insubordination, incommunication, règlement des comptes, trafic d’influence, chantage, pots-de-vin, etc. sont le lot quotidien au sein de cette PNC. A titre illustratif, au cours de l’audience du jeudi 30 décembre 2010, une confrontation sans pareil opposant l’Inspecteur divisionnaire adjoint, le général Unyon Vakpa, à son adjoint, Daniel Mukalayi, a permis à l’opinion de se faire une idée sur le fonctionnement de « ce grand corps souffrant » qu’est la PNC. 
 
La dissolution des « Services Spéciaux » de la Police exigée ! 
 
Lundi 11 avril 2011 à la Prison centrale de Makala à la clôture des plaidoiries des parties civiles, sous l’impulsion du bâtonnier Jean-Joseph Mukendi Wa Mulumba, coordonateur du conseil des parties civiles, les avocats ont demandé à la Cour militaire de condamner les prévenus aux peines les plus fortes. Dans le lot des ceux-ci, rappelons-le, se trouvait le colonel Daniel Mukalayi Wa Mateso et ses collaborateurs (Georges Kitungwa, François Ngoy Mulongoy, Michel Mwila wa Kubambo et Blaise Mandiangu Buleri). Cependant, trois autres étaient en fuite (Christian Ngoy Kenga Kenga, Paul Milambwe et Jacques Mugabo). 
Outre la condamnation aux peines, les parties civiles ont fait constater, à travers divers témoignages restitués durant l’instruction, les abus de droit de la part de la Direction Générales des Renseignements Généraux et des Services Spéciaux, populairement reconnue sous le sigle DRGS. Cette structure, affirmait Me Mukendi, s’est détournée de ses missions officielles étant, entre autres, celles de collecter des informations ayant trait à la sécurité intérieure et extérieure du pays, d’interroger tous les suspects qui auraient posé des actes en violation de la sécurité nationale et extérieure. « Elle a plutôt versé dans diverses violations de droits de l’homme en harcelant les citoyens, les terrorisant, en montant des coups fourrés, etc. En conséquence, nous demandons aux instances législatives d’ordonner la dissolution de la DRGS ! »a-t-il clamé. Au nom particulier de la partie civile la « Voix des Sans Voix »(VSV), l’avocat avait demandé aux juges militaires d’ordonner la restitution de la voiture de cette organisation dans laquelle le corps de Chebeya a été retrouvé. Et d’allouer une indemnisation  compensatoire pour la privation de l’usage de ce véhicule à raison de 100 USD par jour depuis le 2 juin 2010 jusqu’à sa parfaite restitution. 
 
L’Organe de la loi dans la danse
 
Invité à prononcer son réquisitoire, le Ministère public avait fait savoir que l’auditeur militaire supérieur poursuit le colonel Mukalayi et compagnie pour association des malfaiteurs, assassinats, terrorisme, détournement d’armes de guerre et désertion simple. En somme, pour lui, le « cerveau » de cette conspiration est incontestablement le colonel Daniel Mukalayi. Il a composé un groupe où tout le monde se connaissait car ayant déjà travaillé ensemble d’une manière ou d’une autre. « Mukalayi a autorité sur eux et c’est lui qui fait la répartition des rôles. Il a chargé Michel Mwila d’attirer Chebeya dans un piège avec un faux rendez-vous. Puis a confié à Kitungwa Amisi Georges, son homme de main et affidé, la mission de surveiller l’évolution de l’enquête de la Police scientifique et de faire disparaitre les scellés qui contenaient les indices trouvés sur les lieux de la découverte macabre » a déclaré avec virulence l’Organe de la loi. 
Somme toute, au-delà des aspects perfectibles, la réouverture de ce procès se présente comme une chance supplémentaire au colonel Mukalayi pour clarifier son innocence tant clamée et réclamer en définitive sa libération.    
 
    Tshieke Bukasa

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