Dossiers noirs de la République : la RDCongo refuse de devenir pays émergent

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téléchargement (2)L’objectif des autorités congolaises, déclaré depuis 2006, au sortir de la période de transition décidée par les participants au Dialogue Intercongolais, est de faire de la RDCongo un « pays émergent » à l’horizon 2030. Mais lorsque l’on jette un regard sur les budgets annuels qu’affichent les Etats ayant déjà acquis pareil statut (Afrique du Sud, Corée du Sud, Brésil, Inde, Singapour, Maroc, Nigeria, Tunisie, Algérie, Egypte) et qui dépassent au minimum la cinquante de milliards de dollars américains, l’on se demande si les Congolais ne sont pas en train de rêver debout.

            Ailleurs, la création des richesses par la transformation des ressources internes, le décollage économique et industriel, l’autosuffisance alimentaire, l’assainissement des finances publiques, la collecte maximale des taxes et impôts… ont quitté le domaine des slogans pour s’imposer comme réalité quotidienne. Au pays de Lumumba, des prédateurs de tous bords semblent avoir juré de barrer la route de l’émergence au grand Congo, en le tirant tous les jours par le bas.

            Tous ceux qui ont suivi le débat sur le budget 2014 à la Chambre haute du Parlement ont noté la déception des Sénateurs de voir le pays continuer de fonctionner avec des moyens du bord, alors que des richesses potentielles dorment dans son sol, son sous-sol et ses eaux. Scandale géologique, la RDC n’a pas d’égal dans le concert des Etats ayant franchi les frontières de l’émergence, c’est-à-dire, de la marche ascendante dans la voie du développement et de la modernisation.

            Chaque fois que des citoyens ou des parlementaires tentent d’engager un débat public autour des ressources naturelles (or, diamant, cuivre, cobalt, coltan, cassitérite, pétrole, gaz, bois, électricité, eau douce, forêts…), des régies financières ou des sociétés nationales susceptibles de créer des richesses en faveur du commun des Congolais, il s’ensuit automatiquement des tirs de barrage pour l’étouffer. Tel était hier lundi le cas du dossier de la SNCC (Société Nationale des Chemins de Fer du Congo) à l’Assemblée Nationale. Pourquoi les décideurs politiques ne veulent-ils pas la doter d’un parc de locomotives et voitures à même de désenclaver le Centre, le Sud, l’Est et le Nord du pays ? Pourquoi préfère-t-on des camions des privés pour le transport des minerais du Katanga vers l’extérieur du pays, à travers des filières maffieuses qui font perdre chaque jour des millions de dollars au trésor public congolais ?

            Tel était le cas récemment aussi de la fameuse mission d’enquête sur le coulage des recettes à la DGDA/Katanga, jusqu’à hauteur de 3 milliards de dollars américains. Alors que tout patriote digne de ce nom était curieux de connaître la destination prise par cette cagnotte, un voile épais venu de nulle part a enveloppé le dossier.

RDCongo, Etat pétrolier ?

            A travers le continent, les Etats pétroliers, nouveaux comme anciens, respirent l’air de la prospérité : Libye, Nigeria, Gabon, Guinée Equatoriale, Congo/Brazzaville, Angola, Sud-Soudan. Petit à petit, la manne pétrolière est en train de transformer le Tchad. Curieusement, la RDC, pourvue par la nature d’importants blocs pétroliers sur la côte de l’Océan Atlantique, dans la même zone pétrolière que l’Angola, ainsi que dans le Lac Albert, en partage avec l’Ouganda, continue d’afficher une pauvreté inexplicable.

            Jusqu’ici, les réserves pétrolières congolaises dans le Plateau continental, la zone d’intérêt commun et le Lac Albert sont entourées de l’opacité la plus totale. Les rares cas qu’en semblant de débat était engagé autour du pétrole congolais de la côté, qui fait le bonheur de l’Angola depuis des décennies, c’était sous le mandat du ministre Mende aux Hydrocarbures. Alors Premier ministre, Adolphe Muzito avait tenté de donner aussi un petit éclairage, laissant le soin aux experts de creuser davantage le sujet. La participation jusque-là marginale des recettes pétrolières dans la formation du budget national fait sourire. Quand on voit des opérateurs économiques de tous bords et des multinationales le plus souvent logées aux Iles Vierges rafler systématiquement des contrats pétroliers au Congo, on est en droit de se demander par où passent les dividendes qui devraient tomber dans la caisse commune des fils et filles du Congo.

Mines : bijoux de famille bradés

            Lorsque la polémique avait enflé à l’Assemblée Nationale en 2008, suite à la signature, entre la RDC et un consortium d’entreprises chinois, des accords de financement des travaux d’infrastructures en contrepartie des contrats miniers, des parlementaires avaient trouvé des mots justes pour parler du bradage des bijoux de famille. Six ans après, l’histoire semble donner raison à ceux qui redoutaient la conclusion des contrats léonins. Car, selon les échos en provenance des marchés internationaux, les minerais congolais font des milliardaires pendant que les Congolais propriétaires broient du noir.

            Par ailleurs, les guerres à répétition que les ennemis de la paix imposent à notre peuple en Province Orientale, au Nord-Kivu, au Sud-Kivu, au Maniema et au Katanga reposent, en toile de fond, sur le contrôle des mines d’or, du diamant, du cuivre, de cassitérite, de coltan, etc. Comme par hasard, des sociétés minières qui auraient pu canaliser les ressources minières vers les caisses de l’Etat sont volontairement poussées vers la faillite : cas de Kilo-Moto et de la Miba.

            Comment la RDC va-t-elle devenir un pays émergent si elle refuse que ses filles et fils connaissent le chemin que prennent les recettes produites par l’or, le diamant, le cuivre, le pétrole, le cobalt ?… Si elle refuse de se doter d’une société nationale de transport ferroviaire et aérien forte… ? Si elle refuse que ses régies financières fassent le plein des recettes douanières et fiscales… ? Si elle refuse de se doter d’une industrie lourde ? Si elle refuse de faire du barrage hydroélectrique d’Inga le pourvoyeur continental en énergie électrique ? Avec un budget national qui progresse au rythme d’un milliard de dollars de recettes additionnelles par an, combien d’années faudra-t-il pour atteindre 50 milliards Usd ?

Kimp

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