Dossiers Cinat et Okimo: Mabunda a peur !

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Une commission d’enquête parlementaire vient d’être mise sur pied en vue d’examiner la régularité ou non des procédures ayant abouti à la vente, l’année dernière, de plusieurs actions de la Cinat (Cimenterie Nationale) et de l’Okimo (Office des Mines d’Or de Kilo-Moto) à des groupes d’investisseurs privés étrangers. C’était à la suite d’une question orale du député national Fidèle Babala adressée en avril dernier à la ministre du Portefeuille, Jeannine Mabunda. Cet élu du peuple soupçonne la précitée de bradage des intérêts de l’Etat et d’enrichissement personnel dans l’exercice de ses fonctions.

            Alors que les limiers de l’Assemblée Nationale, au nombre de 12, à la tête desquels se trouve l’auteur de la question orale, à savoir Fidèle Babala, s’apprêtent à aller dépoussiérer les placards du Portefeuille, avec une attention particulière pour les cases réservées à la Cinat et à l’Okimo, un nouveau discours est en train de se développer dans le camp de Jeannine Mabunda. On laisse entendre, pour l’essentiel, que des ennemis invisibles en voudraient à l’intéressée parce qu’elle est originaire de l’Equateur.

            Sous-entendu : Fidèle Babala serait instrumentalisé pour briser la carrière politique de la ministre du Portefeuille tout simplement à cause de ses origines ethnico-tribales. Dans ce pays qui héberge plus de 450 tribus, l’on est tout étonné d’apprendre que des ressortissants d’une province, à savoir l’Equateur, exerçant des charges publiques, seraient dans le collimateur de leurs compatriotes originaires d’autres provinces. 

Ministre de l’Equateur ou des 60 millions de Congolais ?

            S’agissant particulièrement de Jeannine Mabunda, d’aucuns aimeraient savoir si elle siège au gouvernement au nom des 60 millions de Congolaises et Congolais ou uniquement pour le compte de ses frères et sœurs de tribu. A ce que l’on sache, la ministre du Portefeuille a été placée par le Président de la République là où elle se trouve pour défendre le patrimoine de l’Etat dans le secteur des entreprises publiques et d’économie mixte. Et, comme tous les mandataires publics, elle est tenue de rendre régulièrement compte à l’Etat propriétaire. Et même si elle était ministre provinciale, elle aurait des comptes à rendre aussi bien à sa province qu’à l’Etat congolais, qui attend de chaque entité provinciale sa quote-part dans la formation du budget national.

            En principe, l’exercice auquel elle est invitée à se soumettre, dans le cadre de la question orale de Fidèle Babala, ne devrait pas la surprendre, elle qui a déjà eu à se présenter plusieurs fois à l’Assemblée Nationale pour s’expliquer sur l’opportunité de la réforme des entreprises du Portefeuille, la signature de certains contrats jugés léonins, notamment celui liant la Snel à MagEnergy, lequel avait fait couler beaucoup d’encre et de salive en 2008.

            Aussi, l’on a du mal à réaliser que cette habituée des questions orales de l’Assemblée Nationale se mette subitement à donner l’impression de paniquer face à la Commission d’enquête pilotée par Fidèle Babala. De quoi Jeannine Mabunda a-t-elle peur ? Jusqu’à preuve du contraire, elle bénéficie de la présomption d’innocence. Tout ce que nos concitoyens attendent de la ministre du Portefeuille, c’est un éclairage suffisant sur les transactions ayant abouti à la cession, à des opérateurs économiques privés, d’une partie des actions de la Cinat et de l’Okimo.

            L’on se souvient qu’en son temps, la Société Civile de l’Ituri avait décrié la cession de 20% des parts de l’Etat dans l’Okimo à la firme Randgold, pour une somme de 113,6 millions de dollars américains. Cette gardienne des intérêts des fils et filles de cette partie de la République avait crié à la magouille au motif que cette transaction était intervenue juste au moment où les cours de l’or connaissaient une remontée spectaculaire. C’est comme si, quelque part, on avait décidé le retrait de l’Etat dans l’actionnariat de l’Okimo pour l’empêcher de jouir de la très bonne santé de cette pierre précieuse sur le marché mondial.

            La Représentation nationale, à travers la commission Babala, voudrait s’assurer que derrière une pieuse opération de désengagement de l’Etat dans l’actionnariat de ces deux entreprises d’économie mixte ne se cacherait pas une vaste maffia visant leur liquidation planifiée. Il y a tellement du « potopoto » dans les partenariats « Etat-Privés » que les fameux contrats « Win-Win » ne sont, pour la plupart de cas, que des occasions de pillage du patrimoine collectif. 

Tribalisme et régionalisme: péril en la demeure 

            L’on peut tout dire, le tribalisme et le régionalisme semblent avoir encore de beaux jours en République Démocratique du Congo. Le cas Mabunda, une compatriote pourtant reconnue technocrate de longue date, en est une parfaite illustration. Et, comme par hasard, le discours tribaliste et régionaliste est en train de monter en flèche à la veille des échéances électorales. Ministres, députés, sénateurs, gestionnaires des entreprises publiques… ont de plus en plus tendance à s’identifier à leur tribu, à leur province dans leurs sorties publiques ou dans leurs relations, surtout conflictuelles, avec leurs pairs membres de la classe politique.

            Si l’avenir du pays continue de se conjuguer au rythme du tribalisme et du régionalisme, qui lui avaient fait tant mal sous la IIme République, il faut craindre le pire. Paradoxalement, le discours tribal et régionaliste s’invite dans les dossiers nationaux à l’heure où les bruits de bottes s’amplifient au Nord-Kivu, avec l’ex-mouvement rebelle CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple) qui se comporte presque en armée autonome, avec des FDLR qui n’hésitent plus à attaquer les troupes régulières mais surtout à traquer les populations civiles.

            Que cherche-t-on en voulant déplacer un débat de gestion du terrain des pratiques parlementaires légales vers celui du tribalisme et du régionalisme?

Kimp.

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