Dossier Armand Tungulu : Washington, Bruxelles et Paris taclent Kinshasa

0
56

L’affaire du Congolais  mort dans le cachot de la Garde Républicaine est en train de prendre une dimension insoupçonnée. Les gouvernements américains, belge et français viennent de s’inviter au dossier d’Armand Tungulu, le résident congolais de Belgique déclaré mort par suicide à l’amigo de la Garde Républicaine, dans la nuit de vendredi à samedi 02 octobre 2010, après son arrestation le mercredi 29 septembre 2010, pour cause de jet de pierres sur l’escorte présidentielle, à Kinshasa. Pendant que la diaspora congolaise se trouve dans la fièvre des manifestations de protestation contre le gouvernement congolais au niveau des ambassades congolaises, dont le coup d’envoi a été donné lundi à Bruxelles, plusieurs capitales occidentales cherchent à avoir clair dans le dossier. 

            Dans un communiqué de presse déposé hier dans plusieurs rédactions des journaux de Kinshasa, on apprend que «  le gouvernement des Etats-Unis est préoccupé par la mort récente en détention d’un homme qui avait été arrêté pour avoir, à ce que l’on dit, caillassé le cortège du Président Kabila, et par l’arrestation de deux personnes qui ont été témoins de cet événement.  Nous avons appris que ces deux personnes sont affiliées à des organisations des droits de l’homme. Bien que l’une d’elles ait été libérée et que les détails relatifs à cet incident continuent d’émerger, nous comptons  que les autorités congolaises garantiront l’administration de la justice selon les règles et principes établis du droit, l’accès à un avocat, ainsi qu’un traitement humain, conformément au droit congolais et international. Une enquête crédible et indépendante sur les incidents récents devrait être menée dès que possible ».

            Le même document poursuit : « Les Etats-Unis soulignent l’importance d’assurer le respect des droits de l’homme et des liberté fondamentales en RDC, afin de permettre à la société civile de travailler sans entrave ni menaces. La protection des droits de l’homme est essentielle aux efforts du gouvernement congolais consistant à développer une société libre et ouverte. Les Etats-Unis sont disposés à soutenir ces efforts », conclut le communiqué. 

Paris veut être éclairée 

La même préoccupation est partagée par le gouvernement français. Réagissant mardi 05 octobre 2010 au décès d’Armand Tungulu, le lanceur de pierres sur le cortège présidentiel congolais le mercredi 29 septembre 2010 sur l’avenue de Libération (ex-24 Novembres) dans la commune de Lingwala, en face de la Maison Schengen, le porte-parole du ministère français des Affaires Etrangères Bernard Valero a martelé : « toute la lumière doit être faite sur les circonstances de la mort de ce Congolais de la diaspora décédé dans le cachot de la Garde Républicaine ». 

La veuve Tulungu reçue au ministère belge des Affaires Etrangères 

            S’agissant de la Belgique, patrie d’accueil d’Armand Tungulu, son ministre des Affaires Etrangères a accordé, le mardi 05 octobre 2010, une audience à sa veuve, la nommée Philo, qui réside dans la commune d’Ixelles, aux fins de l’assurer de l’engagement du gouvernement belge à rechercher la vérité dans les circonstances ayant entouré le décès de son mari. Au sortir de cette audience, madame Philo a mis totalement en doute la version officielle selon laquelle le père de ses deux enfants se serait volontairement donné la mort dans une cellule du cachot de la Garde Républicaine.

Elle a manifesté toute sa méfiance à l’égard de la justice et des autorités congolaises puis exigé qu’aucune autopsie ne soit pratiquée sur le corps d’Armand Tulungu en territoire congolais. S’il y a nécessité d’une telle opération, a-t-elle indiqué, elle devrait se faire en Belgique, sa seconde patrie. 

Bien lire les signaux d’ailleurs 

            Les signaux en provenance de Washington, Paris et Bruxelles au sujet de l’affaire Armand Tungulu Mudiandambu méritent d’être décryptés correctement par les autorités politiques et judiciaires congolaises, de manière à ne pas ouvrir la brèche aux rumeurs et spéculations de nature à noircir davantage l’image du pays dans le domaine des droits de l’homme. L’enlisement du dossier de Floribert Chebeya et de son chauffeur Bazana, associé au flou qui continue de planer sur les procès des assassins des journalistes Franck Ngyke, Louis Bapuwa Mwamba, Serges Maheshe et Namujimbo ainsi que des activistes des droits de l’homme n’est pas pour rassurer les gouvernements occidentaux qui demandent à voir clair dans la mort suspecte du caillasseur de l’escorte de Joseph Kabila. C’est le moment ou jamais de donner rapidement suite aux questions qui se posent autour de l’état de santé d’Armand Tungulu après son passage à tabac par des soldats de la suite présidentielle, de la présence d’un oreiller dans un cachot congolais, fait rare dans les annales des lieux de détention en RDC, mais aussi du niveau de surveillance d’un détenu présumé avoir attenté à la vie du Chef de l’Etat, etc. Plus tôt l’opinion nationale et internationale serait éclairée sur ces zones d’ombre et moins pèseraient de soupçons de liquidation extrajudiciaire sur toutes les personnes ayant « géré », de près ou de loin, Tungulu pendant les 48 heures de son court séjour au cachot de la Garde Républicaine.

Kimp.

LEAVE A REPLY

*