Dividendes miniers et pétroliers : le Congo profond dans le doute

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Les producteurs miniers et pétroliers ont accepté de participer à la commission ad hoc chargée d’inventorier incessamment les projets à mettre œuvre en vue de faire profiter les populations congolaises des richesses de la flore, de la faune et du sous-sol de leur pays. C’était le mercredi 11 août 2010 à l’occasion de leurs échanges avec le Premier ministre, Adolphe Muzito, à l’Hôtel du Gouvernement. Celui-ci s’était fait assister, pour la circonstance, des ministres Jeannine Mabunda (Portefeuille), Célestin Mbuyu (Hydrocarbures) et Martin Kabwelulu (Mines).

 Après l’état des lieux, le chef du gouvernement a demandé à ses interlocuteurs de s’investir dans des actions sociales de nature à contribuer à la transformation qualitative de l’environnement où se trouvent concentrées leurs activités de production minière ou pétrolière. Cela devrait se traduire notamment par la construction ou la réhabilitation des routes de desserte agricole, des écoles, des hôpitaux, des logements, des infrastructures de fourniture de l’eau potable et de l’électricité, des foyers sociaux, etc.

 

Les Congolais de l’arrière-pays sceptiques

 Les Congolais de l’arrière-pays ont pris acte de l’engagement des opérateurs des secteurs des mines et des hydrocarbures, spécialement celui du pétrole, de prendre en compte le social dans les milieux d’implantation de leurs outils de production. Leur crainte se situe cependant au niveau de la matérialisation des vœux exprimés mercredi à l’Hôtel du Gouvernement.
Un regard sur le passé lointain et immédiat indique que les richesses tirées par les sociétés nationales, d’économie mixte ou les firmes privées représentant des multinationales n’ont pas apporté au peule congolais le bonheur tant rêvé. La Gécamines, la Miba, l’Okimo, Sengamines, Perenco, Sodimco, Sominki… ont fait rêver des milions de Congolais avant que ce rêve du paradis ne se mue en cauchemar.
 Le cuivre du Katanga, le diamant des deux Kasaï, l’or de la Province Orientale, le bois de l’Equateur, le pétrole de la côte atlantique au Bas-Congo…laissent l’arrière-pays dans un état de misère généralisé après plusieurs décennies d’exploitation. Le pillage généralisé des ressources naturelles congolaises, couplé à la destruction de l’écosystème, n’est plus à démontrer.
 Abandonnés dans la pauvreté pendant que les mines s’épuisent et que les forêts se vident de leurs essences les plus utiles… nourris de l’espoir de chasser la misère grâce la découverte et à l’exploitation de nouveaux gisements minières et pétroliers, les compatriotes du Congo profond restent sceptiques quant au changement qualitatif de leur vécu quotidien. Ils font désormais les Saint-Thomas face au flot de promesses de l’affectation d’une partie des dividendes des mines et du pétrole dans des investissements sociaux réellement visibles.

Le ver est dans les contrats léonins

 Les producteurs miniers et pétroliers ont fait au Premier ministre la promesse de se conformer aux textes légaux qui régissent leurs secteurs respectifs. En principe, la question du financement des chantiers routiers, agricoles, sanitaires, scolaires, récréatifs et autres ne devrait plus se poser, dès lors que le législateur a déblayé largement le terrain au profit des compatriotes des provinces abritant les gisements miniers et pétroliers.
 Si très peu de routes, d’écoles, d’hôpitaux, de puits d’eau potable, de micro centrales hydro-électriques ont surgi dans le périmètre d’exploitation du cuivre, du cobalt, de l’or, de la cassitérite, du pétrole, du bois… aux quatre coins du pays, c’est notamment à cause de la flopée de contrats léonins signés par des décideurs politiques et des experts congolais depuis des lustres, et particulièrement depuis que le pays est retombé dans le cycle des guerres de libération-rébellion.
 En somme, de faux patriotes se sont considérablement enrichis au détriment de la communauté nationale, se plaçant eux-mêmes dans l’incapacité de demander des comptes aux opérateurs miniers et pétroliers bénéficiaires de ce type de contrats. Si le processus de revisitation des contrats miniers enclenché en 2007 n’avait pas souffert des pesanteurs politiciennes et d’obstructions diverses venues des parrains et bénéficiaires des contrats maffieux, l’environnement national allait connaître un assainissement salutaire.
 Hélas, la gangrène des contrats miniers a gagné les nouveaux contrats miniers et pétroliers intervenus après 2007, de sorte que l’on se demande si le modus vivendi convenu entre Adolphe Muzito et les industriels miniers et pétroliers va changer en bien le Congo profond.
 Il est à espérer qu’au niveau du gouvernement et d’autres institutions de la République, il ne se trouve pas des compatriotes prêts à torpiller le partenariat en gestation, au profit de leurs intérêts égoïstes, et donc, au détriment du bonheur du plus grand nombre. Si l’on y prend garde, l’océan de misère va succéder à l’assèchement des gisements miniers et pétroliers, dans les décennies à veni

Kimp.

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