Dissertation et poésie : l’autre face du miroir de la RDC

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Le concours de dissertation et de poésie organisé le week-end dernier par la Fondation Mzee Laurent Désiré Kabila à l’intention des élèves de toutes les écoles de la République Démocratique du Congo a révélé un curieux palmarès : 21 lauréats sur 22, à raison de deux par province, appartiennent au réseau conventionné de l’enseignement catholique. Point n’est besoin de souligner que les deux disciplines précitées sont celles-là qui exigent un effort intellectuel personnel de la part de l’apprenant. Autrement dit, le tirage au sort, mieux connu sous le vocable de « choix multiple », générateur des réussites le plus souvent fondées sur le hasard, est mis « hors périmètre ».

Les résultats récoltés par la Fondation Mzee Laurent Désiré Kabila inspire aux analystes du secteur de l’enseignement la réflexion selon laquelle la formation à la base bat de l’aile. L’honnêteté nous oblige à admettre que l’écart est en train de se creuser dangereusement entre les produits sortant des écoles catholiques, conventionnées comme privées, et les autres réseaux de l’enseignement primaire et secondaire. Même le réseau officiel, qui était en ballottage favorable avec celui des catholiques, a largement cédé du terrain.
Les Congolais sont inquiets pour l’avenir de leur jeunesse car les images que leur renvoie le miroir de l’enseignement indiquent que la majorité de l’élite de demain reçoit une formation au rabais. Mal formé au primaire et au secondaire, l’enfant congolais n’a rien de mieux à faire que de tirer par le bas l’enseignement supérieur et universitaire. Résultat : en dépit de la « collation » en chaîne des « lauréats » chaque samedi, le pays commence à souffrir de la carence en cadres dignes de ce nom.

La médiocrité touche petit à petit tous les rouages de la vie nationale : institutions publiques, administration publique, territoriale, diplomatie, classe politique, portefeuille de l’Etat, économie, industrie, culture, éducation, arts, médias, sport, musique, religion, etc.
Si la République Démocratique du Congo tarde à redresser la barque de l’éducation nationale en pleine dérive, elle hypothèque sa société de demain. Le maître d’école et l’enseignant du secondaire ont cessé d’être ces boussoles qui montraient le chemin de la vie aux tout petits. Démotivés par les mauvaises conditions de rémunération et de travail, ils ne sont plus aujourd’hui que l’ombre d’eux-mêmes.

Le fait que l’élève congolais a du mal à rédiger une dissertation ou un poème est interpellateur. Cela donne à penser que son bagage intellectuel ne répond pas aux standards internationaux. Les gestionnaires de notre système éducatif devraient prendre en compte l’alerte donnée par la Fondation Mzee Laurent Désiré Kabila, sous la forme d’un innocent jeu, pour réfléchir à la réhabilitation du maître d’école, des bâtiments scolaires laissés à la merci des bandits fonciers, des laboratoires, des bibliothèques, des bancs et autres matériels didactiques.
Certes, la gratuité encore sélective de l’enseignement de base constitue une avancée. Mais une prise en charge globale du système éducatif s’impose pour placer la RDC dans le droit chemin de la formation d’une élite capable de rivaliser avec la concurrence étrangère, notamment occidentale.

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