Diplômes : les cas de Weah, Kagame, Zuma, Lula… nous interpellent !

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Le vrai-faux débat sur les titres académiques, au moment où
s’accumulent de mauvais signaux sur l’inclusivité et la transparence
des élections, plus que jamais incertaines pour décembre 2018, fait
remonter à la surface les cas des chefs d’Etat en poste ou à la
retraite, n’ayant pas fait des études supérieures.

L’ex-footballeur libérien George Weah, recalé il y a cinq ans dans la
compétition électorale en raison de son cursus scolaire limité, a
réussi finalement à se faire élire, non pas en raison de ses capacités
intellectuelles ou de son expérience en politique, en société ou en
économie, mais simplement parce que de nombreux électeurs libériens,
frappés par la misère noire, se sont retrouvés dans le portrait de ce
fils de pauvre des quartiers populaires de Monrovia. Il est vrai aussi
que la fabuleuse carrière footballistique qui fut la sienne en France
et en Italie lui avait conféré une popularité telle qu’elle avait pesé
lourdement dans les urnes pour sa seconde tentative d’accession à la
magistrature suprême de son pays.
Bien que sérieusement handicapé au plan intellectuel, il côtoie les
grands de ce monde et promet de relever le défi du redressement
économique et social du Libéria.
Plus près de nous, le président Paul Kagame est sans diplôme d’études
supérieures. A notre connaissance, il n’a appris l’art de la guerre
dans aucune académie militaire. Pourtant, il ne demeure pas moins un
grand stratège militaire. Le maquisard d’hier est perçu aujourd’hui
comme l’artisan du « miracle économique rwandais ». En effet, le
maitre de Kigali est cité, dans les institutions financières
internationales comme dans les chancelleries occidentales dans les
forums internationaux, comme un modèle de bonne gouvernance en
Afrique. Car, avec peu de moyens, il est en train de transformer le
Rwanda en Etat réellement « émergent ».
On peut aussi citer l’ancien président sud-africain Jacob Zuma, qui
n’a jamais fréquenté l’université mais qui a bâti sa légende comme «
gardien » du temple de l’ANC (African National Congress), durant les
années de plomb de ce parti, pendant lesquelles ses éminences grises,
dont Nelson Mandela, croupissaient dans les prisons sud-africaines,
sous le régime de l’apartheid. Cela ne l’a pas empêché de gravir les
échelons, allant jusqu’à prendre la présidence de la République, après
la démission de Thabo Mbeki.
Il y a aussi et surtout, dans le lot des Chefs d’Etat dépourvus de
titres académiques, l’ancien président brésilien Lula. Arrivé au
pouvoir au plus fort de la crise économique et sociale dans son pays,
l’ouvrier avait réussi l’exploit de hisser le Brésil au rang des
puissances économiques et industrielles de la planète.
Nicolas Maduro, au Venezuela, et Evo Morales, en Bolivie, ne sont pas
universitaires.

Kabila orphelin
de 15 collaborateurs compétents

On se souvient que Joseph Kabila, se confiant à la presse américaine
lors de son premier mandat en que président élu de la RDC, s’était
plaint de ne pas disposer, autour de lui, d’au moins quinze
collaborateurs compétents capables de l’aider à bâtir un nouveau
Congo. Ce cri d’alarme était révélateur du mythe du diplôme dans ce
pays, où son porteur n’est pas forcément le reflet de la mention «
Très Grande Distinction », « Grande Distinction » ou « Distinction »
renseignée par le parchemin.
Il est curieux que le Chef de l’Etat congolais se soit lamenté, à
haute voix, de ne pas trouver, dans un  pays où foisonnent les
diplômés de toutes les filières universitaires, la quinzaine de cadres
pouvant traduire, dans les actes, sa vision de l’émergence d’un Etat
stable politiquement et fort économiquement au cœur de l’Afrique.
Le constat à faire, à propos du mythe du diplôme et du fameux critère
d’expérience est que la RDC ne végéterait pas au rang des Etats les
plus pauvres de la planète si ces deux critères étaient de stricte
application. Il est dommage de noter qu’à l’image de la 2me République
de Mobutu, les intellectuels et autres animateurs des institutions
nationales et provinciales sont choisis d’abord sur la base du «
militantisme ». Le clientélisme politique, cette terrible tare qui
avait signé la descente aux enfers de l’ex-Zaïre sous le mobutisme,
continue de gangréner la vie politique nationale, au point que la
chasse aux honneurs et privilèges est devenue le sport le plus prisé
de ceux qui évoluent dans les arcanes du pouvoir. Pendant ce temps, le
petit peuple broie du noir.
Kimp