Dialogue : le temps des reniements

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Edem-KodjoL’histoire va-t-elle se répéter encore une fois en RDC ? C’est le cas de le dire au regard de la précipitation des évènements politiques qui se succèdent depuis que l’ancien premier ministre togolais a démarré de façon unilatérale les travaux du comité préparatoire du dialogue politique.
Le premier obstacle qu’Edem Kodjo a évité de franchir, c’est le peu d’attention accordée à la frange la plus représentative de l’opposition politique regroupée au sein de la plate-forme dite « le Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement » créée le 10 juin dernier à l’hôtel le Château du lac près de Genval, une localité située dans la banlieue bruxelloise.
Comme lors des multiples rencontres politiques depuis la Table Ronde de Bruxelles en janvier 1960, les Congolais ont toujours cette manie honteuse de procéder au débauchage des membres des partis et associations civiles adverses dans l’espoir de les affaiblir ou de les contrôler de l’extérieur. La même stratégie est utilisée pour se prévaloir d’une certaine majorité en cas de vote pour les grandes décisions à prendre à l’issue de chaque étape déterminante.
Ces pratiques aboutissent le plus souvent à des résultats inattendus. Notamment la détérioration et  l’affaiblissement du niveau de la qualité des participants. Car le plus souvent, les débauchés se recrutent parmi les couches les moins aguerries de l’association ou parti concerné. Tantôt, ce sont des personnalités qui se présentent à titre personnel dans un forum que ne reconnaissent pas leurs partis politiques respectifs. Tantôt, l’on a affaire à des gens qui se cachent derrière une plate-forme momentanée sans soubassement juridique ne fût-ce que pour répondre à l’appel du débauchage. Autant des stratégies de mauvais goût pour contourner l’organisation reconnue par la loi avec comme objectif de multiplier les doublons. Ce qui affaiblit davantage la qualité des participants, c’est aussi le discours que tiennent ces débauchés qui contrastent avec celui de leurs partis d’origine.
Une autre caractéristique de ce débauchage, c’est que l’on se retrouve souvent avec des gens provenant d’une même province ou d’un même district dans le but de jouer sur la corde tribalo-ethnique.
Ce débauchage produit aussi d’autres effets négatifs qui se caractérisent par le changement du discours. Sans gêne ni honte, des grandes personnalités en arrivent à renier ce qu’ils ont adoré hier. Il en est ainsi de ceux qui avaient paralysé la ville de Kinshasa durant trois jours soit du 19 au 21 janvier de l’année dernière pour défendre la légalité constitutionnelle. La nation congolaise a compté des nombreux morts, des pertes considérables sur le plan économico-financier des ménages tout comme des entreprises commerciales privées.
Pour leur propre confort, ceux qui avaient appelé les Kinois à marcher  tiennent aujourd’hui un discours aux antipodes de celui qu’ils avaient utilisé à l’époque. Des vrais cameléons qui changent de couleurs que plus personne ne peut le reconnaître. Comment dans ces conditions espérer que le peuple se reconnaisse en eux alors qu’il y a ce passif fait de morts et de blessés sur lesquels ces politiciens crachent aujourd’hui.
Ceux qui pensent qu’on peut sauver le Dialogue avec le débauchage commettent une grave erreur d’analyse. Pire, il s’agit d’une faute politique dont ils seront seuls comptables devant l’histoire.
F.M.