Dialogue sans tabous pouvoir-médias

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Maj Kisimba Ngoyi, ministre des Affaires Foncières chargé de l’intérim de celui de la Communication et Médias en mission à l’étranger, a procédé hier mardi 27 avril 2010, dans la salle des conférences du CEPAS à Gombe, à l’ouverture de l’atelier de l’Omec articulé autour du thème « Tolérance zéro et sécurité des journalistes : défis et perspectives ». Ce forum de trois jours (27-29 avril 2010), auquel prennent part une soixantaine de personnes, dont des journalistes, des délégués de la présidence de la République, de la Primature, de plusieurs ministères, des services spéciaux, de la Société Civile, de la magistrature debout et du barreau, sera officiellement clôturé le lundi 03 mai 2010.

Dans son discours de circonstance, le ministre Kisimba a loué l’initiative de l’Omec, compte tenu du contexte post-conflit de la RDC. La sécurité des journalistes est un défi majeur pour le gouvernement, a-t-il confié, avant d’admettre que la presse congolaise est en train de passer des moments difficiles avec des journalistes assassinés. L’exécutif national, a-t-il tenu à souligner, n’est pas insensible aux malheurs des journalistes.

Le gouvernement, a dit Maj Kisimba, n’a aucun intérêt à museler la presse, qu’il considère comme un partenaire privilégié. Il a reconnu le rôle éminent des journalistes en tant qu’informateurs mais aussi médiateurs dans le dialogue social. Aussi leur a-t-il recommandé un maximum de professionnalisme en vue de la production d’une information de qualité.

S’agissant des crimes commis contre les journalistes, il a indiqué qu’ils ne restent pas impunis. Preuve : les assassins de Patience Chebeya, tué au début de ce mois à Beni, ont été jugés et condamnés en procédure de flagrance. La tolérance-zéro n’est donc pas un slogan creux, a tenu à répéter le ministre.

Celui-ci a recommandé aux journalistes d’éviter de franchir les frontières normatives, en versant notamment dans les injures, les calomnies, les accusations sans preuves, le mensonge, comme c’est de plus en plus le cas. Il a loué la présence, au sein de la corporation, d’une poignée de journalistes respectueux de leur éthique et de leur déontologie mais déploré celle d’une flopée de débrouillards ignorants des règles de leur métier.

Enfin, il a rappelé que le défi de la sécurité était un défi collectif, dont la réponse exigeait l’implication de tous.

De son côté, le président de l’Omec, Polydor Muboyayi Mubanga, s’est appuyé sur le message du Chef de l’Etat à la Nation il y a quatre mois, dans lequel il déclarait la guerre aux antivaleurs, pour estimer que les médias avaient la lourde responsabilité de l’accompagner dans la campagne de la tolérance-zéro. Il a fait le malheureux constat selon lequel les professionnels des médias sont constamment menacés, arrêtés, torturés, voire assassinés pour avoir commis le péché de bousculer des certitudes et des intérêts. Bref, les journalistes ont tort d’informer les Congolais, de dénoncer la malgouvernance, les turpitudes des mandataires publics. Trop de tabous empêchent les journalistes de faire correctement leur métier en RDC, s’est plaint le président de l’Omec, qui a admis que la corporation n’est pas exempte de reproches. Tout en revendiquant le droit des journalistes à la protection, Polydor Muboyayi a exhorté ses pairs à rester les otages de l’éthique et de la déontologie. En ce qui concerne la cuisine interne, l’Omec s’adonne régulièrement à l’exercice de l’autoflagellation, dans l’intérêt bien compris du droit du public à la bonne information.

Intervenant à son tour, la Représentante Résidente intérimaire de l’Unesco, Mme …., a insisté sur la liberté d’expression et de la presse comme pilier de la démocratie. Elle a martelé que nul ne peut être inquiété dans le cadre de la libre circulation des idées. L’Unesco, a-t-elle, participe à plusieurs initiatives visant la promotion de la liberté d’expression et de presse, notamment l’institution, à partir de 1993, d’une journée mondiale de la liberté de presse, la création du Groupe Consultatif sur la liberté de presse, la Prix mondial de la liberté de presse, le mémorial des journalistes assassinés.

Elle a annoncé l’élaboration d’un Vade Mecum sur la sécurité des journalistes à l’occasion de cet atelier avant de rendre hommage au tout dernier journaliste victime d’assassinat, à savoir Patient Chebeya.

Elle a donné lecture, à la même occasion, d’un message de la Directrice  générale de l’Unesco réaffirmant l’engagement de son organisme à défendre et promouvoir la liberté de presse, et réclamant un procès juste et des sanctions exemplaires contre les assassins de ce journaliste.

On rappelle que la modération de la cérémonie était assurée par Willy Kalengay. Il est prévu, ce matin, les communications de Donat Mbaya (président de Jed), d’un délégué de la Police Nationale et de l’ANR, de Stanis Nkundiye (Secrétaire général du SNPP) et du Bâtonnier national, lesquelles seront suivies des débats puis des travaux en commissions.

                                    Kimp.

Mot d’ouverture de Polydor Muboyayi, Président de l’Observatoire des Médias Congolais: «Notre objectif demeure celui d’obtenir des professionnels des médias qu’ils restent otages des règles qui fondent le métier d’informer»

Il y a quatre mois, à l’occasion du message de vœux de nouvel an du Président de la République à la Nation, les Congolais ont entonné un seul refrain : « la République va changer ! ». A la base de cette conviction : l’engagement des décideurs politiques et du premier d’entre eux de faire échec aux antivaleurs qui gangrènent la société nationale depuis des lustres.

Dans son message, le Chef de l’Etat n’a laissé aucune ouverture à l’ambiguïté. Le pays entame ainsi sa longue marche vers la renaissance grâce à la « Tolérance zéro » désormais considérée comme loi suprême dans la gouvernance de la cité.

La bataille engagée ne sera pas de tout repos. Et pour qu’elle soit porteuse de résultats, il importe d’obtenir l’implication de tous, à commencer par les médias dont on devrait attendre une contribution déterminante dans la vulgarisation des principes et des objectifs recherchés en vue de stimuler l’adhésion de la collectivité à l’action en chantier. Il va s’agir d’assurer la transparence et le respect des principes de responsabilité ainsi que la promotion de l’Etat de droit.

C’est ici que les vrais problèmes commencent. Dans sa mission d’informer, le journaliste est souvent obligé de bousculer des certitudes et, surtout, des intérêts. Invité à donner un contenu à la notion de « Tolérance zéro », il a l’obligation d’investiguer et de livrer à l’opinion des faits qui violent la loi et heurtent la morale publique. Malheureusement, pour avoir dénoncé les détournements, les actes de mauvaise gestion, les violations des droits humains, bref la mal gouvernance, des journalistes sont menacés, jetés en prison, torturés voire assassinés.

Chaque année, nous dénonçons ces faits. Chaque année, nous pleurons des confrères abattus par la lâcheté et la méchanceté humaines. Leur seul tort est d’avoir voulu informer le peuple congolais, propriétaire unique de l’espace géographique dans lequel nous vivons.

Ce tir de barrage contre la diffusion de l’information est une grande interpellation au moment où le journaliste est sollicité pour contribuer à la Tolérance Zéro. Comment peut-il le faire sans courir le risque d’hypothéquer sa liberté? Comment peut-il aider les gestionnaires de la cité à asseoir les nouvelles règles de transparence et de bonne gouvernance sans s’exposer à la violation de son intégrité physique ? Comment peut-il travailler en confiance et en toute responsabilité si les rapports avec les différents services restent gouvernés par le respect des tabous ?

Nous savons, à l’Observatoire des Médias Congolais, que notre corporation n’est pas exempte de reproches.  Mais ce n’est pas une raison pour que ses membres deviennent la cible des arrestations arbitraires, de la torture et des assassinats. Avant d’être journalistes, nous sommes des citoyens d’un Etat et à ce titre, nous avons droit à la protection que confère la loi suprême du pays. Et en tant que journalistes, nous avons droit à une protection supplémentaire ainsi que le rappellent les diverses résolutions des Nations Unies et les prescrits des instruments  internationaux auxquels notre pays est partie. Mais cette protection que l’Unesco rappelle chaque année aux Etats membres des Nations Unies ne peut nous conduire à adopter des comportements irresponsables. Et c’est parce que nous en sommes conscients que nous invitons régulièrement les membres de la corporation à se regarder constamment dans le miroir. A l’OMEC, nous n’hésitons pas d’aller jusqu’à l’auto-flagellation comme l’indiquent  plusieurs de nos communiqués et rapports d’observation. Notre objectif demeure celui d’obtenir des professionnels des médias qu’ils restent otages des règles qui fondent le métier d’informer.

Mais cet effort doit être saisi et compris par tous : décideurs politiques, appareil judiciaire, forces armées, police et services spécialisés. Car c’est en ayant une compréhension commune du bien commun et de la nécessité d’évacuer toutes les passerelles de non-droit qui bloquent l’élévation du peuple et l’avènement de la République en tant que bien public que nous réussirons à donner tout son sens à la campagne de « Tolérance zéro ».

C’est donc compte tenu de ces enjeux que l’OMEC , avec l’appui de l’Unesco, a cru de son devoir de réunir dans le cadre de cet atelier les différents acteurs impliqués dans la sécurisation des journalistes en vue de réfléchir sur ce qui peut être fait ensemble pour promouvoir le droit à l’information garanti au peuple par l’article 24 de la Constitution, et permettre ainsi aux journalistes de jouer pleinement leur rôle de chiens de garde de la démocratie et de porte-parole de la cité.

Pour terminer, je vous invite à vous lever pour observer une minute de silence en mémoire des confrères assassinés. 

Je vous remercie. 

Représentant de l’Unesco : «Cet atelier constitue un moment idéal pour analyser et interroger les droits mais également les devoirs des professionnels des médias»

Le thème de cet atelier est d’une importance primordiale puisqu il porte sur la sécurité des journalistes pour le plein exercice de la liberté d’expression et de la liberté de la presse. Composante des droits humains fondamentaux, la liberté d’expression constitue l’un des piliers de nos sociétés démocratique.

Ainsi l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme stipule :

« Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique 1e droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. »

A travers l’organisation de cet atelier, l’UNESCO continue de défendre la liberté d’expression et à encourager l’indépendance et le pluralisme des médias comme conditions préalables et facteurs majeurs de démocratisation.

Rappelons que l’UNESCO est la seule agence des nations unies dont la mission consiste à défendre la liberté d’expression et la liberté de la presse. En vertu de l’Article premier de son Acte constitutif, notre Organisation est tenue  « d’assurer le respect universel de la justice, de la loi, des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue, ou de religion, que la Charte des Nations Unies reconnaît à tous les peuples ». À cette fin, elle favorise la connaissance et la compréhension mutuelle des nations en prêtant son concours aux organes d’information des masses pour faciliter la libre circulation des idées, par le mot et par l’image .

Ainsi, l’UNESCO, a particulièrement oeuvré pour la proclamation, en 1993 par l’Assemblée générale des Nations Unies, d’une journée mondiale pour la liberté de la presse qui est célébrée le 3 mai tous les ans ; Notre Organisation a facilité, entre autre chose, la création d’un groupe consultatif sur la liberté de la presse dont les membres sont des professionnels des médias reconnus dans le monde entier. Elle a également créé en 1997 le Prix mondial UNESCO/Guillermo Cano sur la liberté de la presse, décerné cette année à la

journaliste chilienne Monica Gotuâlez Mujica. Enfin, nous n’oublierons pas de mentionner le mémorial UNESCO des journalistes assassinés qui nous invite à poursuivre encore et encore nos efforts pour une plus grande sécurité des professionnels des médias.

La liberté d’expression et la liberté de la presse peuvent parfois soulever d’épineuses questions quand le droit à l’information rencontre les principes de protection de la vie privée et des secrets d’état. La calomnie et la diffamation sont autant d’écueils qu’il faut pouvoir combattre en rappelant le code de déontologie des journalistes en RDC à l’élaboration duquel le bureau UNESCO de Kinshasa avait contribué.

Cet atelier constitue, donc, un moment idéal pour analyser et interroger les droits mais également les devoirs des professionnels des médias. Cet atelier sera I’occasion d’élaborer un vade mecum synthétisant les différentes recommandations en matière de législation et de garanties de sécurité pour les journalistes dans l’exercice de leur mission de collecte, de traitement et de diffusion de l’information.

Je ne saurais terminer cette allocution sans évoquer la mémoire des journalistes congolais assassinés. Permettez-moi de reprendre ici publiquement le message de notre Directrice Générale, Madame Irina BOKOVA, après le meurtre de Patient Chebeya, abattu par trois hommes en uniformes à son domicile de Beni, le 3 avril dernier. Patient Chebeya est le cinquième journaliste congolais à être assassiné depuis 2005.

Voici le message de la DG :

« Je condamne le meurtre de Patient Chebeya Bankome. Les attaques de journalistes et de travailleurs des médias constituent des agressions inacceptables envers tous les membres de la société. La liberté d’expression est un droit humain fondamental. Son corollaire, la liberté de la Presse est essentiel à un débat informé ainsi qu à la prise de décision, aussi bien par les citoyens que par les dirigeants politiques. ]e suis convaincue que les efforts entrepris pour traduire les coupables en justice seront fructueux et qu’ils dissuaderont toute nouvelle violence envers les médias ».

Sur ces mots, je souhaite à toutes les participantes et à tous les participants de l’atelier un fructueux travail. Je vous remercie.

Kinshasa, le 27/04/2010

Raphaël Martinez Lattanzio

Représentant a.i. de l’UNESCO en RDC

 

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