Dialogue politique : le «glissement» n’est pas tabou …

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Cinq mois après le lancement des consultations nationales par le Chef de l’Etat en vue de sonder les cœurs et de scruter les reins des acteurs de la classe politique et de la société civile sur l’état de la nation, l’organisation du dialogue politique tend de plus en plus à se préciser et à devenir fort probable. Au fond, il y a la question électorale qui préoccupe les esprits après le report sine die des élections locales, municipales, urbaines, provinciales, et à environ une année des législatives et de la présidentielle. Cependant, tous les concernés dans les rangs des formations politiques ne témoignent pas de la volonté de répondre à ce rendez-vous. En réalité, ils redoutent de faire consciemment ou non le lit du « glissement ».
 
Serait-il responsable de faire la politique de l’autruche à ce sujet ?
Après plusieurs décennies de dictature, d’instabilité politique, de déficit existentiel de l’Etat congolais non encore résolu, deux expériences de joutes électorales, … la RDC continue de donner au monde à penser qu’elle est toujours une poudrière. Les Congolais n’ont manifestement pas encore bien assimilé la leçon d’André Gide : « Plutôt que de répéter sans cesse à l’enfant que le feu brûle, consentons à le laisser un peu se brûler. L’expérience instruit plus sûrement que le conseil » (Les Faux-Monnayeurs). Ceci est d’autant plus ahurissant que la RDC est considérée à l’ONU comme l’épicentre de
l’instabilité régionale, la source du mal régional. Ce, au grand dam des chantres de la théorie du complot. D’où l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, un accord d’ « espoir » – au propre comme au figuré – pour la RDC. Ce prochain dialogue politique risque de ne pas suffire pour augurer des lendemains apaisés. En effet, on constate et déplore le manque de courage des uns et des autres de s’interdire de pratiquer la politique de l’autruche. Il faut, en politique surtout, avoir le courage de ses opinions, les porter haut, en débattre en toute responsabilité avec ses partenaires pour autant qu’il s’agit d’assurer la stabilité des institutions. De ce fait, le fameux « glissement » doit cesser utilement d’être tabou.
En clair, la Majorité présidentielle doit savoir et pouvoir exprimer ses intentions et avancer des arguments pour justifier, au nom de l’intérêt collectif, l’importance ou non de faire admettre la prolongation de la durée du bail de l’actuel locataire du Palais de la nation dont il faille impérativement préserver les acquis de l’action politique. La levée du voile jeté sur l’agenda politique de la MP au sujet de la présidentielle pourra persuader l’opposition de ne pas voir « des manœuvres dilatoires partout ». En effet, le glissement offrirait moins d’avantages à l’équipe dirigeante que le changement de Constitution, du reste tombé en désuétude. D’autant plus que sa durée doit être très limitée. Il pourrait, par contre, s’il permet au pays de disqualifier la thèse selon laquelle « la perspective d’élections (…) suggère plutôt troubles et tensions » en RDC. A quoi bon organiser les joutes électorales pour retomber dans le gouffre ? Toutefois, il est erroné de songer à consolider la jeune démocratie congolaise tout en se passant des élections.
Le plus important consiste, pour ainsi dire, moins à se contenter d’organiser les élections qu’à poursuivre, à travers les élections, la stabilité institutionnelle, l’efficacité fonctionnelle de l’Etat et l’affirmation de son utilité existentielle. Ceci requiert de dégager un large consensus national tant les élections n’ont de sens que dès lors qu’il est possible de confronter des projets, des discours, des ambitions visant à servir l’intérêt collectif pour renforcer la volonté de vivre collectif des membres d’une société étatique donnée. A cet effet, le dialogue politique s’impose à tous.
Quant à l’opposition, elle a cessé d’afficher son unité suite aux postures divergentes de ses sociétaires face au dialogue politique avec le pouvoir. Ça se comprend, eu égard à la sociologie politique congolaise fondée sur les suspicions à tous égards, la versatilité, la félinité des acteurs même dans des contextes critiques pour la vie de l’Etat auquel ils disent s’identifier et s’attacher. Après moult années de luttes contre le régime en place, certains opposants redoutent d’annihiler le sens de leur engagement politique aux yeux de leur base. Mais en quoi la non participation au dialogue contribuerait-elle à leur procurer des gains politiques si le pays replongeait dans l’instabilité institutionnelle ?
            C’est ici que se situe la différence entre la politique fondée sur la noblesse et celle axée sur le populisme. Je m’incline devant la mémoire du brillantissime Professeur Philippe Biyoya en rappelant à sa suite que si l’objectif du commerçant est de réaliser des bénéfices, celui du politique est de marquer positivement l’histoire de son pays.
            Or, ce que veut le plus aujourd’hui la RDC est tout sauf la guerre, le chaos. Il n’y a pas mieux pour y parvenir que de dialoguer et, de la sorte, d’exprimer le vœu de sauvegarder les acquis du vivre ensemble des Congolais. Il est ainsi impérieux pour l’opposition d’accepter de discuter rationnellement et en toute responsabilité avec le pouvoir sur les élections, y compris sur les motifs du prétendu « glissement ». Ce, d’autant plus que, dans sa Résolution 2211, le Conseil de Sécurité de l’ONU « invite toutes les parties prenantes (congolaises) à engager un dialogue politique ouvert sur les préparatifs des élections à venir, conformément à la Constitution ».
            L’importance de ce dialogue politique tient donc, à l’impérieuse nécessité de dégager un consensus national nécessaire pour projeter la RDC dans l’avenir et la sauver des risques d’une longue prolongation de sa mise sous perfusion. Pire, de son « implosion », une hypothèse très peu probable. Car l’éclatement de la RDC ne contribuera ni à restaurer la paix régionale, ni à garantir la sécurité de certains pays voisins dont la figuration géopolitique est caractérisée par l’exigüité du territoire national. Il va sans dire que, pour ces pays, la configuration actuelle de l’Etat congolais s’avère plus avantageuse que son éclatement.
            En refusant de participer au dialogue politique en vue de préserver la fragile paix sociale, une frange de l’opposition risque de desservir le pays en créant les conditions susceptibles de précipiter son alanguissement. Elle aura, à sa manière, poussé la RDC à être longtemps taillable et corvéable à merci.  Cette opposition aura, au final, perdu son combat. Voyons plus loin.
Martin ZIAKWAU L.
Internationaliste/CT IFASIC