Dialogue : l’Asadho demande à Tshisekedi de dire la vérité au peuple

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Etiene-TshisekediMonsieur le Président,

Nous vous adressons la présente pour saluer les grands sacrifices (arrestations, brimades, tortures, bannissements, relégation,  résidences surveillées…) que vous-même et certains de vos compagnons  politiques et signataires de la lettre ouverte adressée en 1980 au Président MOBUTU, communément appelée «Lettre de 13 parlementaires », avez consenti pour promouvoir les droits de l’Homme et la démocratie en République Démocratique du Congo, alors que le pays était dirigé de main de fer par le Président MOBUTU.

 Il n’est pas superflu de mentionner que c’est votre  combat pour exiger l’instauration d’une vraie démocratie dans notre pays qui est le socle de l’éveil pour les  droits de l’Homme et la démocratie que nous constatons à travers  toute la République.

          Nous nous en voudrions de ne pas rappeler que l’UDPS, le parti politique dont vous  êtes un des fondateurs et le Président National, a toujours servi comme «une école d’initiation à la vie politique et à la démocratie » en République Démocratique du  Congo.  La preuve est que beaucoup de politiciens que nous avons aujourd’hui dans notre classe politique, à la majorité présidentielle comme à l’opposition, sont passés par l’UDPS.

          Les générations futures garderont toujours à l’esprit que c’est grâce à vous et à votre parti politique que les bases du développement démocratique dans notre pays ont été posées.  Il est impossible de parler du développement démocratique en République Démocratique du Congo sans parler de vous et de l’UDPS.

Cette description fait de vous un personnage à part et de votre parti politique un patrimoine commun pour tous ceux qui aspirent à la vraie démocratie, particulièrement le peuple congolais.

          Cette position particulière que vous-même et l’UDPS occupez en République Démocratique du Congo vous exige toujours une ligne de conduite particulière et fondée essentiellement sur le respect et la prise en compte des aspirations du peuple.

 

Monsieur le Président,

 

          En ce moment où nous vous écrivons,  l’aspiration du peuple congolais est qu’au mois de décembre 2016 , le Président de la République,  Son excellence Joseph KABILA, respecte les termes des articles 70 et 220 de la Constitution de la République Démocratique du Congo, qu’il passe le pouvoir à un(e) autre Congolaise ou Congolais à l’issue d’une élection présidentielle libre, transparente et démocratique organisée dans le délai constitutionnel.

          Le peuple refuse  un troisième mandat pour  le Président  de la République  ou la prolongation de son mandat actuel.  Cette volonté  du peuple a été exprimée de manière non équivoque lors  des manifestations de Janvier 2015 par lesquelles il s’est opposé à toute tentative de «  glissement  » du mandat actuel du Président de la République.

          Très récemment dans le Kongo Central, le Député National NE MWANDA NSEMI, qui sensibilisait les Congolais pour une autre transition de 3 ans, a essuyé des jets de pierres  de la part de la population en colère, considérant son revirement politique en faveur  du Président de la République,  Son Excellence  Joseph KABILA,  comme une trahison.

          Plus les jours passent et plus ce refus d’un troisième mandat ou de prolongation du mandat actuel du Président de la République devient croissant à travers tout le pays.  Quiconque ne reconnaîtra pas ce désir collectif du peuple de voir le Président de la République partir à la fin de son second mandat fera un naufrage politique spectaculaire.

          Il est inacceptable que l’un des partis politiques, l’UDPS, qui s’est battue pour l’instauration d’une démocratie intégrale et pour l’alternance politique dans notre pays, fasse un tel naufrage politique en ce moment particulier de histoire de la République Démocratique du Congo.

Monsieur le Président,

 

          Notre organisation, ASADHO, a toujours soutenu l’idée d’un dialogue entre la Majorité Présidentielle, l’opposition politique et la société civile pour régler certains problèmes politiques qui se posent dans notre pays avant l’organisation de l’élection présidentielle et l’avènement de l’alternance politique de 2016. 

          Nous savons aussi que votre parti politique est pour le dialogue, malgré la divergence de vue qui existe entre l’UDPS  et la Majorité Présidentielle en ce qui concerne le cadre et les modalités pratiques de mise en place dudit dialogue.

          Nous nous sommes félicités des contacts que l’UDPS a eus avec la Majorité Présidentielle au pays comme à l’extérieur pour aplanir les vues sur les points de divergence en ce qui concerne l’organisation du dialogue.  Nous pensons que ces contacts prennent en compte les aspirations du peuple congolais.

          Pour nous,  ces rencontres entre la Majorité Présidentielle et l’UDPS sont utiles pour faire fonctionner la démocratie, car il n’est pas possible de régler les problèmes politiques liés aux élections  si les différents acteurs politiques et sociaux ne se rencontrent pas pour échanger et trouver des solutions qui feraient avancer notre jeune démocratie.

          Nous attirons seulement votre attention sur le fait que ces rencontres ne devront pas vous faire ignorer qu’il y a dans ce pays d’autres forces politiques et sociales démocratiques incontournables, qui devront être associées auxdites rencontres pour que l’alternance politique de 2016  se fasse sans atermoiements  ni heurts. Un accord qui serait trouvé uniquement entre l’UDPS et la Majorité Présidentielle ne pourrait pas résoudre les problèmes politiques qui sont engendrés par le refus de la Majorité Présidentielle de préparer de bonne foi l’alternance politique de 2016.

          Le fait que l’UDPS et la Majorité Présidentielle soient les grandes forces politiques de notre pays ne peut les amener à penser qu’elles peuvent régler toutes seules les problèmes politiques actuels. Y croire, c’est faire fausse route.

 

 

Monsieur le Président,

          Nous apprenons que l’UDPS aurait accepté lors de ces rencontres avec la Majorité Présidentielle  la mise en place d’un gouvernement de transition pour régler les questions techniques liées à l’organisation des élections.   Vu les discours contradictoires tenus par les uns et par les autres à ce sujet, il est important que vous-même interveniez pour fixer le peuple sur les conclusions des rencontres entre l’UDPS et la Majorité Présidentielle. Le peuple a le droit de le savoir, car tout ceci aura un impact positif ou négatif sur son quotidien.

En ce moment où le Président de la République, Son Excellence Joseph KABILA,  est sous pression des populations congolaises et la communauté internationale, tout accord entre l’UDPS et la Majorité Présidentielle qui conduirait à la prolongation du mandat du Président de la République serait considéré comme une trahison du peuple par  vous-même et  par l’UDPS.

          Pour l’UDPS qui s’est toujours battue pour le respect des lois de la République,  il serait inconcevable qu’elle cautionne la violation de la Constitution en acceptant un accord qui renverrait l’alternance politique de au-delà de 2016.

 

Monsieur le Président,

          Un tel comportement de la part de l’UDPS sera  considéré comme une bouée de sauvetage offerte à la Majorité Présidentielle qui est, à quelques mois, de la fin de son pouvoir et qui ne veut pas respecter les termes de notre Constitution.

          Un tel comportement est à  rapprocher de celui que Monsieur NGUZ A  KARL I-BOND qui, en 1991, avait trahi le peuple, les forces politiques et sociales démocratiques en acceptant d’être nommé Premier Ministre du Président MOBUTU, alors que ce dernier était coincé de toutes parts par les forces acquises aux changements. Ce débauchage de Monsieur NGUZ A KARL I-BOND a été un coup dur pour la démocratie.

          L’UDPS voudrait-elle prendre pareille voie en ce moment où toutes les forces politiques et sociales démocratiques veulent que le Président de la République et la Majorité Présidentielle respectent tous les délais constitutionnels pour l’alternance politique de 2016 ?

Monsieur le Président,

          Pour conclure, nous rappelons à l’UDPS que tout accord avec la Majorité Présidentielle qui ne prendrait pas en compte les aspirations du peuple de voir le Président de la République partir à la fin de son second serait une trahison,  une violation de la Constitution et une atteinte à la démocratie.

          Nous appelons l’UDPS  à poursuivre, avec les autres forces politiques et sociales démocratiques, le combat pour le respect de la Constitution et l’alternance politique en 2016 et à refuser tout compris qui retarderait cet objectif.

          En ce moment particulier,  aucun intérêt personnel financier ou politique ne peut être mis au-dessus des aspirations du peuple congolais.

          Nous croyons avoir rempli notre devoir citoyen.

          Veuillez recevoir, Monsieur le Président, l’expression de nos  sentiments de profond respect.

 

Pour l’ASADHO

 

Me Jean Claude KATENDE 

 Président National

CI : – A Son Excellence Monsieur le Président de la République ;

– A Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale ;

– A Monsieur le Président du Sénat ;

– A Monsieur le Premier Ministre ;

– A Monsieur l’Ambassadeur d’Afrique du Sud ;

– A Monsieur  l’Ambassadeur des Etats-Unis ;

– A Monsieur l’Ambassadeur de Belgique;

– A Monsieur l’Ambassadeur d’Angola ;

– A Monsieur l’Ambassadeur de la République du Congo ;

– A Monsieur l’Ambassadeur de Grande-Bretagne ;

– A Monsieur l’Ambassadeur des Pays-Bas ;

– A Monsieur l’Ambassadeur de France ;

– Aux Responsables des partis politiques(Tous) ;

– Aux Responsables des organisations non gouvernementales nationales et internationales(Tous).