Dialogue : la clef des crises congolaises

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kabilaL’histoire du Congo, depuis l’aube de l’Indépendance, renseigne que le pays a jusque-là réglé ses problèmes politiques à travers le Dialogue. C’était déjà le cas en janvier 1960, entre la Belgique, puissance coloniale, et le Congo, colonie sous tutelle belge. C’était aussi pareil à la suite des épisodes des sécessions du Katanga et du Sud-Kasaï et des rébellions de Mulele au Kwilu et du trio Gizenga-Soumialot-Gbenye avec la République Populaire du Congo ayant pour capitale Kisangani. On avait connu à l’époque les Conférences de Coquilhatville (Mbandaka), Madagascar et Lovanium entre belligérants congolais. Bref, en dépit des affrontements armés, la véritable paix était conclue autour de la table de négociations.

Pour ne l’avoir pas compris, feu le Maréchal Mobutu avait commis, sous la dictée de ses « conseillers », appelés curieusement alors « Faucons », la bêtise de privilégier l’option militaire face à la « guerre de libération » déclenchée par l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo), soutenue militairement et financièrement par le Rwanda, le Burundi, l’Ouganda, l’Erythrée, l’Angola et plusieurs multinationales. Quant il s’était ravisé à « négocier » avec Mzee Laurent Désiré Kabila sur le navire sud-africain « Outeniqua », au large de Pointe Noire, c’était trop tard. La leçon de l’arrogance et de l’aveuglement des Mobutistes devrait servir de boussole à la classe politique congolaise, toutes tendances confondues.

La main tendue de Kabila

Après l’avoir longtemps ignorée, le Chef de l’Etat a finalement décidé de tendre la main à l’Opposition, à travers toutes ses sensibilités, en lui proposant un Dialogue. A l’étape actuelle de ses consultations, son émissaire est occupé à collecter les cahiers de charges de différents partis et regroupements politiques au sujet du lieu de sa tenue, de sa durée, de son format, de son ordre du jour, de sa finalité. Pour sa part, il a émis le souhait de voir ce forum favoriser le retour de la paix et de la sécurité, booster la stabilité économique, permettre une bonne organisation des élections, recréer la cohésion nationale.

Avant que Joseph Kabila ait répondu aux mémorandums qui continuent de tomber sur sa table, un « camp du refus » du Dialogue a pris corps au sein de l’Opposition politique. Ici se recrutent même des partis politiques ayant échangé avec l’émissaire du Chef de l’Etat et remis au précité leurs cahiers de charges. L’argumentaire développée ici et là est que tout rapprochement avec le pouvoir en place devrait fatalement se traduire par un compromis politique ou, pire, une « compromission politique » fondée sur la mise en route d’une nouvelle période de Transition et partant un glissement de calendrier électoral.

Comme au bon vieux temps de la Conférence Nationale Souveraine, la machine de la diabolisation s’est déjà mise en marche. Quiconque ose dire « oui » au Dialogue, avec ou sans préalables, est automatiquement étiqueté comme « traitre » à la lutte pour la transparence du processus électoral, l’alternance politique, le non glissement du calendrier électoral, le respect de la Constitution, etc. Les opposants au Dialogue continuent de revendiquer, entre temps, un calendrier électoral consensuel, un audit externe du fichier électoral, l’enrôlement de nouveaux majeurs, des garanties de financement du processus électoral, l’ajournement des élections locales, municipales et urbaines au-delà de 2016.

            Les observateurs se demandent comment l’Opposition va obtenir des réponses à ses revendications si elle ferme totalement la porte à toute offre de Dialogue provenant justement de la partie susceptible de bloquer le processus électoral ou de profiter de la politique de la chaise vide pour prendre de nouveau les institutions de la République en otage, par la voie des urnes.

Sauvetage du Congo ou guerre de leadership ?

            En principe, les Congolais devraient avoir pour préoccupation le sauvetage de leur patrie en danger. A lire les signes du temps, le décor de l’implosion semble solidement planté. En revenant à l’option du Dialogue inclusif, après l’échec des Concertations nationales, le Chef de l’Etat est apparemment animé du souci de partager avec les forces politiques et sociales, les idées de nature à « corriger » un processus électoral qui va tout droit vers le mur, mais aussi à éliminer les pesanteurs qui empoisonnent la situation sécuritaire, le climat politique, le climat des affaires, la liberté d’expression et de presse, la gouvernance de l’Etat, les droits de l’homme, etc. Il y a nécessité d’engager des débats de fond sur les questions majeures qui concernent la marche présente et future de l’Etat. Comment les Congolais pourraient-ils sortir de la crise de légitimité ou lever les hypothèques qui pèsent sur le processus électoral s’ils refusent de se mettre autour de la table des négociations ?

            Au lieu de mener des actions de sauvetage du Congo, certains membres de l’Opposition donnent la nette impression de s’être engagés dans la guerre de leadership. Chacun voudrait passer pour l’interlocuteur privilégié de Joseph Kabila, à l’image de Léon Kengo à la veille des Concertations nationales, chargé de répercuter ses messages au sein de cette famille politique, voire de « distribuer » postes et rôles dans la perspective d’une nouvelle « Transition ». Bien que d’aucuns se défendent de lorgner la Primature ou un portefeuille ministériel, certains ne rêvent que de cela. D’où la peur de voir ceux qui passent pour les « grosses pointures » de l’Opposition rafler les dividendes politiques et – pourquoi pas ?- financiers, d’un éventuel Dialogue.

            Mais pendant que ceux qui se prennent pour les leaders de l’Opposition s’entredéchirent autour du sexe des anges, le pays va mal, comme dirait le chanteur du coin. Si l’on ne négocie pas aujourd’hui, demain risque d’être trop tard. Certes, Joseph Kabila ne peut plus se présenter pour un troisième mandat. Mais s’il quitte le pouvoir en laissant derrière lui un Congo malade, à l’image de Mobutu, qu’aura-t-on gagné avec un pays implosé, à la merci des voisins rwandais, ougandais et autres comme en 1996. A cause des turpitudes des « Mobutistes », l’ex-Zaïre peine à refaire son unité, ses institutions, son armée, ses services de sécurité, son économie, son agriculture, son industrie, ses infrastructures de base. Sans système de défense, il s’apparente à un « boulevard » de forces négatives. « Négocier », comme le suggère si bien un ex-Mobutise, serait le moindre mal pour une classe politique qui n’est pas sûre de ce qui peut arriver demain.

                                                                                  Kimp