Dialogue entre Congolais : Ban ki-moon devant un mur : la méfiance !

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IMG_3434Le Secrétaire général de l’ONU, Ban ki-moon, est arrivé à Kinshasa hier mardi 22 février 2016 en fin d’après-midi, après un court transit par la province du Nord-Kivu, à la frontière congolo-rwandaise. On pense qu’il tenait à y toucher du doigt les effets du drame sécuritaire qui frappe, voici plus de 20 ans, cette partie de la République Démocratique du Congo. Officiellement, son séjour dans la capitale congolaise comporte deux volets : économique et politique.

Au plan économique, il est appelé à prendre part à la Conférence sur l’investissement du secteur privé dans les Grands Lacs, prévu du 24 au 25 février 2016 à Kinshasa. Ce forum, indique-t-on, s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba pour la paix, la sécurité et la coopération pour la RDC et la sous-région des Grands Lacs signé le 24 février 2013 par onze Etats membres de cette partie du continent africain. Le souci des Nations Unies est de promouvoir la paix et la prospérité chez les peuples de Grands Lacs à travers des projets économiques intégrateurs concernant sept secteurs prioritaires, notamment les infrastructures, les mines, les télécommunications, l’agro-industrie, l’énergie, le tourisme et les finances.

Mais, en dépit de son impact futur non négligeable sur le social des populations de la RCongo et de ses voisins, cette conférence économique est loin de chasser de la tête du Congolais moyen comme de celles des leaders politiques le spectre d’un dialogue en ballottage depuis plus de six mois et d’un processus électoral totalement bloqué voici une année. Tous les regards sont ainsi tournés vers Ban ki-moon pour un énième round d’écoute des pro et anti-dialogue mais aussi pour une éventualité clarification des contraintes politiques, techniques et financières qui obstruent la voie devant conduire le peuple congolais aux élections démocratiques, transparentes et apaisées. Le principal obstacle à gérer par le Secrétaire général des Nations Unies n’est autre que la méfiance qui s’est installée entre la Majorité au pouvoir et l’Opposition ainsi que les organisations de la Société Civile qui leur sont assujetties. Il reste à savoir si ce haut fonctionnaire onusien a aménagé, dans son agenda de travail, suffisamment de temps pour cerner les contours de la crise politique congolaise.

La Majorité au pouvoir favorable au Dialogue…

Après avoir longtemps boudé la médiation internationale, car perçue comme une atteinte à la souveraineté nationale, la Majorité au pouvoir semble totalement acquise à l’idée d’un dialogue entre acteurs politiques et sociaux congolais, en vue de dégager un consensus autour des questions électorales (réaménagement du calendrier électoral, actualisation du fichier électoral, financement et sécurisation du fichier électoral). Aussi considère-t-elle la présence  de Ban ki-moon à Kinshasa comme l’opportunité tant rêvée pour convaincre les personnalités politiques et acteurs de la société civile du caractère incontournable du dialogue, « seule voie royale pour résoudre la crise politique et sauver le Congo ».

La famille politique du Chef de l’Etat est d’autant à l’aise que la Communauté internationale n’a pas contrecarré l’initiative de la convocation du Dialogue par Joseph Kabila. Elle est même réconfortée en constatant que les Nations Unies, l’Union Européenne, l’Union Africaine et l’Organisation Internationale de la Francophonie souscrivent à son schéma consistant à se mettre d’abord autour d’une table et à débattre des questions qui fâchent après.

Toutefois, elle reste prudente face à une quelconque velléité de marginalisation de son « Autorité morale » ou de « coup de force » contre elle.

L’Opposition toujours dans le doute…

L’Opposition, notamment son « noyau » dur comprenant l’UDPS d’Etienne Tshisekedi, le G7 (Pierre Lumbi, Charles Mwando, Olivier Kamitatu, Gabriel Kyungu, José Endundo, Christophe Lutundula, Dany Banza) et la Dynamique (Martin Fayulu, Joseph Olenghankoy, Jean-Lucien Busa) et le MLC (Mouvement de Libération du Congo) de Jean-Pierre Bemba est toujours dans le doute. L’UDPS, tout en étant partisane du Dialogue, pose des préalables restés jusque-là sans réponses tant lors des consultations de Joseph Kabila que de Saïd Djinnit et d’Edem Kodjo. Elle exige notamment sa convocation formelle par un Facilitateur international expressément désigné par le Secrétaire général des Nations. En outre, ce médiateur international neutre devrait être investi de « pleins pouvoirs », de manière à ce qu’il soit totalement indépendant du pouvoir en place. Par ailleurs l’ordre du jour devrait comporter des questions exclusivement électorales, lesquelles devraient être discutées selon l’esprit et la lettre de la Constitution. Ce parti s’est donné une ligne rouge à ne pas franchir : c’est la date du 27 novembre 2016 pour la tenue des élections présidentielle et législatives nationales.

Quant à l’autre aile radicale de l’Opposition, dans laquelle se recrutent le G7 et la Dynamique, elle rejette catégoriquement le Dialogue, au motif que celui-ci s’apparente à une distraction destinée à conduire le peuple congolais vers le « glissement », entendu comme la prolongation des mandats du Chef de l’Etat et des animateurs actuels des institutions de la République au-delà de 2016.

En lieu et place du dialogue, cette frange de l’Opposition suggère des négociations directes entre la Majorité et l’Opposition autour d’un calendrier électoral réaménagé, lequel devrait tenir compte des délais constitutionnels pour la tenue des scrutins présidentiels et législatifs. Dans ce camp, l’idée de la désignation d’un Président intérimaire dans l’hypothèse de la non organisation de la présidentielle le 27 novembre 2016 fait du chemin.

Face à ces positions figées, Ban ki-moon aura-t-il le temps de jouer le sapeur pompier et de ramener les indécis sur la voie du dialogue ? Ou encore, le poids politique et psychologique de l’Onu, de l’UE, de l’UE et de l’OIF pourrait-il suffir à pousser les anti-dialogue à revoir leurs calculs ? Pronostic interdit.

Kimp