Dialogue : le coup monté par la MP !

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Des participants au séminaire d’échanges entre communicateurs de la majorité présidentielle, tenu 5 au 7/9/2011 à Kinshasa. Radio Okapi/ Ph. John Bompengo

majorité parlementairejoritéLe dialogue devrait démarrer en principe ce jeudi 1er septembre 2016 à Kinshasa, , avec un format de 200 participants, dont 68 de la Majorité Présidentielle, 68 de l’Opposition, 39 de la Société Civile et 25 personnalités à désigner par le Facilitateur, Edem Kodjo. Ce forum devrait durer 15 jours. Son financement est à la charge du gouvernement congolais.

C’est ce qui ressort de la « Feuille de route » adoptée le samedi 27 août par le Comité préparatoire, dont les travaux avaient été ouverts le mardi 23 août par le précité, avec la participation de près d’une cinquantaine d’« experts » venus de la Majorité, de l’Opposition, de la Société Civile, de la présidence de la République, du Gouvernement et du Parlement. Tous les membres du Comité préparatoire sont réputés participants au Dialogue. Un perdiem est garanti à tous les « dialogueurs ».

Comme relevé dans nos précédentes livraisons, une frange importante de l’Opposition, réunie sous le label du « Rassemblement des Forces Politiques et Sociales Acquises au Changement », a opté aussi bien pour le boycott des travaux du Comité préparatoire que pour ceux du dialogue proprement. Ces opposants dénoncent le non respect des préalables soumis en son temps au Facilitateur, à savoir le respect de la Résolution 2277 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, le respect de la Constitution, la libération des prisonniers politiques et d’opinions, la réouverture des médias proches de l’Opposition, la cessation des poursuites judiciaires à caractère politique à charge des membres de l’Opposition, etc.

Le MLC (Mouvement de Libération du Congo) a créé une petite surprise en restant également au bord de la route, estimant le dialogue sans objet et exigeant que la CENI aille droit au but, c’est-à-dire à l’organisation des élections présidentielle et législatives nationales dans les délais constitutionnels.

Au regard de la configuration du Comité préparatoire et du format du Dialogue, avec une participation numérique paritaire Majorité-Opposition, on serait tenté de croire que l’équilibre des forces est garanti entre parties prenantes et que le Facilitateur, avec le concours des co-médiateurs (deux pour la Majorité et deux pour l’Opposition) serait l’arbitre neutre appelé à les départager en cas d’impasse, avec le concours éventuel du Groupe de soutien. On aura
constaté la famille politique du Chef de l’Etat a réussi à embarquer, dans sa vision du pré-dialogue et du dialogue, des acteurs politiques qui se font passer pour de dignes représentants de l’Opposition, dans le pur style des Concertations nationales (septembre-octobre 2013), alors que la réalité sur le terrain est toute autre.

A la lecture de la « Feuille de route » adoptée à Béatrice Hôtel, on a l’impression que les matières à l’ordre du jour répondent effectivement aux attentes de la majorité silencieuse congolaise, et que la Majorité présidentielle ne serait pas dans la logique du « glissement ». En effet, des points tels que l’immunité garantie aux participants au Dialogue, la prise de décisions par consensus, le respect de la Constitution, la révision du fichier électoral,
l’organisation des élections, le financement des élections, la sécurisation du processus électoral, la fixation de la séquence des élections, l’engagement pour l’alternance politique, la décrispation du climat politique, la recherche d’un compromis politique… peuvent donner à penser que le pays pourrait connaître bientôt les élections.
A voir la précipitation avec laquelle Edem Kodjo a lancé les travaux
du Comité préparatoire et le rythme marathon imposé aux participants,
à considérer son souci de boucler le dialogue avant le 19 septembre
2016, échéance constitutionnelle de la convocation du corps électoral
pour l’élection présidentielle, tout porterait à croire que l’ancien
Premier ministre togolais travaillerait pour la tenue de la
présidentielle dans le délai constitutionnel et la passation de
pouvoirs entre le président sortant et entrant au plus tard le 20
décembre 2016.

Agenda caché bien connu

Le Facilitateur du Dialogue et la Majorité Présidentielle ont pris
soin de s’attacher une opposition sociologiquement inopérante auprès
de l’opinion publique congolaise pour faire croire qu’il n’y aurait
pas de passage en force vers le « glissement ». C’est mal connaître
les masses congolaises, politiquement très éveillées et bien
conscientes de l’exécution d’un agenda caché visant une prolongation
de mandat présidentiel pour une durée indéterminée.
Les Congolais d’en-bas ne doutent pas un seul instant que les
conclusions du dialogue vont, à l’instar des 700 résolutions des
concertations nationales, être jetées dans les oubliettes aussitôt
après leur adoption.
L’évocation d’un compromis politique à dégager à l’issue de ce
dialogue pousse à penser à une transition/bis, à défaut d’un nouveau
feuilleton de partage des postes au niveau d’un énième gouvernement de
cohésion ou d’union nationale et des entreprises publiques. Beaucoup
de soi-disant opposant ont du reste accouru à Béatrice Hôtel ou y ont
positionné leurs lieutenants dans la perspective d’un partage futur du
« gâteau national », dans la pure tradition des tables rondes,
conclaves et dialogues de chez nous.

Vers la réédition de l’Accord de l’Hôtel Cascades

Les faucons de la Majorité Présidentielle, connaissant les appétits
gloutons de nombre de leurs partenaires politiques affichant la
casquette d’opposants, semblent faire profil bas et feindre d’être
prêts à tout lâcher. Cela rappelle à la mémoire collective nationale
le décor de l’Accord de Cascades conclu en avril 2002 entre les «
composantes belligérantes » MLC (Mouvement de Libération du Congo) et
Gouvernement de Kinshasa, en pleins travaux du Dialogue Intercongolais
en Afrique du Sud. Avec tout le sérieux du monde, les deux «
composantes » étaient revenues en catastrophe au pays, soutenant que
leur compromis politique était suffisant pour mettre fin au conflit
armé et résoudre la crise politique. Un groupe de travail s’était même
retiré à Matadi pour finaliser la mise en place d’un gouvernement
d’union nationale, avec à sa tête le Chairman Jean-Pierre Bemba. On
connaît la suite. C’est finalement l’ASD (Alliance pour la Sauvegarde
du Dialogue), avec l’UDPS, le RCD et une partie de la Société Civile,
pourtant jugée minoritaire, qui avait fini par prendre le dessus et
contraindre les frondeurs de Kinshasa et Gbadolite à revenir à la
table de négociations en vue de la conclusion de l’Accord Global et
Inclusif de Sun City.
L’échec de l’escapade de l’Hôtel Cascade, cumulé avec celui des
Concertations Nationales, devrait faire réfléchir Kodjo et les
architectes du « glissement » sous le couvert d’une opposition que
l’on sait de pacotille. Demain ou après demain, avoir perdu du temps
et de l’argent, l’on finira bien par se rendre compte des limites d’un
dialogue non inclusif et de la nécessité de revenir vers ceux qui
catalysent réellement les aspirations du peuple congolais, pour lequel
le choix, dans les urnes et à des échéances précises, de son nouveau
Chef de l’Etat, de ses députés nationaux, de ses sénateurs, de ses
députés provinciaux, de ses bourgmestres, de ses chefs de secteurs …
est devenue une fixation.
Kimp

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