Deux professeurs de Polytechnique en détention illégale à Makala

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L’espoir pointe peut-être à l’horizon avec l’audience en chambre du conseil qui se tient ce matin au Centre Pénitentiaire et de Rééducation de Makala au sujet de l’affaire sous RMP 3485/ PG/PBP opposant le Ministère Public et les professeurs LUBUNGA Pene Shako et Bertin BAGULA Chibanvunya de la Faculté Polytechnique. Ces éminents professeurs sont détenus à la prison de Makala depuis le 15 février 2010 suite à une dénonciation, les accusant d’avoir détourné les fonds mis à la disposition de la faculté par le Gouvernement en payant tout le personnel au détriment de l’affectation initialement prévue par le donateur.

 

Que s’est-il  réellement passé ? Selon les éléments tirés de la faculté de Polytechnique de l’Université de Kinshasa et des témoignages des agents et membres du conseil de gestion, ces fonds avaient été remis au ministre de l’Enseignement Supérieur et Universitaire qui les avait ensuite déposés au Comité de gestion de l’université de Kinshasa d’autant que la faculté  Polytechnique n’est pas dotée d’une personnalité juridique. Après concertation avec le conseiller du ministre et le recteur de l’université, le doyen LUBUNGA avait convoqué le conseil de faculté qui en sa réunion du 4 septembre 2009, avait débattu de l’utilisation de ces fonds pour le fonctionnement et du redémarrage des activités à la faculté paralysée par le départ des professeurs belges et certains nationaux ayant choisi le secteur privé plus rémunérateur. Il se fait qu’à part les professeurs ordinaires, associés et assistants, il y a à la faculté des laborantins, des préparateurs, le personnel administratif et les sentinelles. C’est donc par souci d’équité et de bon sens que le conseil de faculté avait décidé de payer tout ce monde. Les deux dénonciateurs avaient touché leur part, comme indiqué dans le rapport de paie établi par l’agent payeur de la faculté. Le paiement avait été effectué selon les orientations du Ministre de l’Enseignement Supérieur et Universitaire, les directives du Conseil de Gestion de l’Université et les décisions du conseil de faculté.

Irrégularité de la détention  

Tout d’abord, il s’avère que le magistrat instructeur a présenté les inculpés devant la chambre du conseil sans les avoir avisés au préalable et en l’absence de leurs avocats, ce qui constitue une violation de l’article 30 du Code de la procédure pénale. Ensuite, il n’a pas pris la précaution de requérir au préalable un audit comptable pour pouvoir présenter des indices probants de culpabilité. Et plus grave, il n’a toujours pas entendu le ministre de l’Enseignement Supérieur et Universitaire ou son délégué encore moins le conseil de gestion de l’université de Kinshasa ou le conseil de faculté. Dans la mesure où ce sont ces autorités qui avaient décidé de l’utilisation de ces fonds mis à la disposition de la faculté Polytechnique par le gouvernement. Par ailleurs, malgré l’état de santé fragile des deux inculpés, selon les rapports des médecins traitants et leur rang social, le magistrat instructeur leur a refusé le bénéfice de la liberté provisoire même sous caution.

Règlement des comptes ?

C’est là où les familles et le monde universitaire perdent leur latin et sont d’avis qu’il s’agit d’un simple règlement des comptes commandité par des milieux obscurs utilisant les deux dénonciateurs. Il semble que la toile de fond de cette affaire remonte à une structure de génie civil dénommée CEREMA qui est animée par un collectif des professeurs de la faculté Polytechnique pour les travaux de contrôle de la réfection du Boulevard Lumumba. Une structure qui travaille avec le Bureau Technique de Contrôle du Ministère des Travaux Publics et Reconstruction. Selon un rapport rédigé par le doyen de la faculté Polytechnique et adressé aux autorités du pays sur la situation de cette faculté, « pour apporter une aide et compte tenu des problèmes de la faculté, les professeurs qui sont capables de travailler sur terrain sont associés à cette structure et y participent en fonction de la nature des travaux. Le Collectif utilise le label « CEREMA » et il est versé une contribution à la faculté pour son fonctionnement.

Tous les regards sont donc tournés vers le juge pour ordonner la libération pure et simple de ces deux éminents professeurs car les accusations portées contre eux ne sont pas fondées ni en fait ni en droit. D’une part, ils n’ont jamais géré ces fonds et ensuite leur utilisation a été examinée et décidée par le ministre de tutelle, le comité de gestion de l’université et le conseil de faculté à l’issue d’une réunion tenue le 2 septembre 2009.      

                                Fidèle Musangu

 

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